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Économie - Carburant

Des propriétaires de générateurs manifestent pour du mazout « au prix officiel »

Selon des témoignages relayés à « L’Orient-Le Jour » ces dernières semaines, il existe en effet un « marché noir du mazout » où les prix sont deux, trois, voire quatre fois plus élevés que ceux fixés par le ministère de l’Énergie.

Des propriétaires de générateurs manifestent pour du mazout « au prix officiel »

Des générateurs dans la région du Kesrouan. Photo P.H.B.

Cela fait désormais une dizaine de jours que l’accalmie constatée au niveau de l’approvisionnement du pays en essence dure, avec la réouverture de plusieurs stations-service et même parfois de plusieurs pompes à essence par point de vente – ce qui était devenu pour beaucoup d’automobilistes un souvenir lointain.

Cela reste en revanche plus compliqué pour le mazout, à en croire les propriétaires de générateurs venus protester hier devant le ministère de l’Énergie et de l’Eau contre la pénurie de ce carburant. Ils étaient moins d’une cinquantaine postés devant le bâtiment officiel entre 11h et midi, obstruant brièvement la circulation sur la Corniche du fleuve de Beyrouth à ce niveau. Ils ont réclamé que les chargements de mazout arrivant au Liban soient distribués « de manière équitable et au prix officiel » en prenant en compte leurs besoins et qu’ils ne profitent pas aux « commerçants qui s’arrogent des monopoles ni aux contrebandiers ». Ce rassemblement n’était pas le seul de la journée. Au Liban-Nord, des propriétaires de groupes électrogènes ont coupé la route principale de Koura à Samriya avec leurs véhicules et des pierres. D’autres propriétaires ont tenu un sit-in à Sofar, dans le caza de Aley, pour réclamer de pouvoir se fournir en mazout au prix fixé par l’État.

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Selon des témoignages relayés à L’Orient-Le Jour ces dernières semaines, il existe en effet un « marché noir du mazout » où les prix sont deux, trois, voire quatre fois plus élevés que ceux fixés par le ministère de l’Énergie. Certaines sources concordantes accusent même – sans éléments tangibles – les distributeurs de carburant, les propriétaires de générateurs, et même certains partis politiques d’organiser la pénurie pour servir divers objectifs, notamment celui d’obtenir une hausse des prix. Pour rappel, les tarifs des générateurs ont bondi de 49 % en un mois pour les factures de juillet (1 975 livres par kilowatt/heure, sans compter les frais annexes). Une hausse qui peut être répercutée de manière différente d’un exploitant à un autre, selon des témoignages recueillis.

Rejet de responsabilité de la part de la BDL
Toujours est-il que la mobilisation des propriétaires de générateurs s’inscrit dans un contexte de crise de plus en plus éprouvant pour les ménages et les entreprises libanaises. Les importations de carburant, dont le mazout, sont subventionnées par des mécanismes mis en place par la Banque du Liban (BDL), qui puise dans les réserves de devises du pays pour les financer, permettant ainsi de limiter la hausse des prix en livres de ces produits, provoquée par la dépréciation de la monnaie (entre 20 000 et 21 000 livres pour un dollar hier, alors que le taux officiel est encore de 1 507,5 livres). Dans un communiqué publié le 30 juillet, la BDL avait rejeté toute responsabilité dans les problèmes d’approvisionnement d’Électricité du Liban (EDL) en carburant ou du pays en mazout en fournissant quelques chiffres (708 millions de dollars pour importer de l’essence et du mazout déboursés en juillet, selon elle). La Banque centrale accuse régulièrement le gouvernement de ne pas lutter contre les contrebandiers qui détournent d’importantes quantités de carburant importé au Liban vers la Syrie, où il se vend encore plus cher que sur le marché noir libanais.Les propriétaires de générateurs privés sont des exploitants illégaux mais tolérés par les autorités, vu qu’ils fournissent du courant aux foyers libanais pendant les heures de coupure d’EDL, l’établissement public ne disposant pas, en temps normal, de capacités suffisantes pour répondre à la demande, avec 1 800 mégawatts (MW) pouvant être déployés pour une demande en requérant autour de 3 000, en fonction des saisons. Selon une étude publiée par la Banque mondiale en 2020, près de 40 % du courant fourni en 2019 provenait des générateurs, contre 22 % en 2008, comme nous le soulignions dans un article publié le 12 juillet dernier dans nos colonnes.

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Un ratio qui pourrait bien avoir augmenté ces derniers mois car la situation a radicalement empiré avec la crise. EDL, dont les tarifs ont été figés sur la base d’un baril à une vingtaine de dollars depuis les années 1990 et qui n’a toujours pas été réformé malgré les nombreux problèmes structurels, doit en effet compter sur les avances du Trésor – votées par le Parlement, ordonnées par le ministère des Finances et réglées par la BDL, là aussi via ses réserves de devises – pour acheter son carburant.

Pas d’ouverture de lignes de crédit de la part de la BDL
La crise que traverse le pays depuis presque deux ans a mis à mal ce processus, obligeant EDL à réduire drastiquement sa voilure pour fournir 840 MW actuellement, selon une source proche de l’établissement. Celle-ci a confirmé que la BDL n’avait toujours pas débloqué de nouvelles lignes de crédit pour acheter du carburant ou certaines pièces et produits nécessaires à la maintenance que demande l’établissement public qui avait lancé un avertissement samedi dernier. Il n’y a pas non plus de nouvelles claires concernant le carburant devant être obtenu dans le cadre du récent accord conclu entre le Liban et l’Irak. Contacté le 25 juillet, le ministère avait indiqué que la première cargaison de carburant obtenue à travers cet accord devait être livrée une dizaine de jours plus tard. Le rationnement en électricité est, lui, aussi variable d’une région à l’autre et seules quelques rares régions reçoivent plus de 4 heures de courant par jour.

Pour ne rien arranger, le fournisseur n’a plus de centre de commande national du réseau depuis la destruction de cet équipement installé dans son siège social par la double explosion meurtrière qui a ravagé Beyrouth et son port le 4 août 2020, tandis que le processus de collecte des factures a été retardé de plusieurs mois suite à la catastrophe, ce qui rend la situation actuelle encore plus précaire. Enfin, la dépréciation brutale de la crise de liquidités en devises des banques du pays – à laquelle ces dernières ont réagi en restreignant l’accès des déposants à leurs comptes en devises depuis l’automne 2019 – a encore plus amenuisé les capacités à s’équiper d’EDL, ainsi que de ses prestataires de services privés chargés de la collecte des factures et de la maintenance du réseau.

La hausse des coupures et les problèmes d’approvisionnement en mazout du pays ont, de fait, poussé de nombreux propriétaires de générateurs à réduire eux aussi leur production, en éteignant leurs « moteurs » plusieurs heures par jour, quitte à laisser les Libanais dans l’obscurité complète et à la merci de la chaleur estivale. Une contrainte qui a même touché les organisations les plus robustes à l’image de l’ancienne concession Électricité de Zahlé (EDZ), qui a dû un temps réduire sa production, ou encore la Byblos Advance Energy (BAE) créée par les actionnaires de la concession Électricité de Jbeil (EDJ), qui a annoncé hier l’arrêt partiel de ses générateurs, dès vendredi, « en raison d’une augmentation de 25 % du courant fourni et de la hausse des températures ». Sans surprise, le rationnement des générateurs varie lui aussi d’une région à l’autre, selon les témoignages qui nous parviennent. Le rationnement semble particulièrement sévère dans le Akkar (Liban-Nord) où plusieurs institutions publiques et privées ont menacé de fermer leur portes. Une situation qui ne pourra qu’empirer, faute de réformes structurelles profondes du secteur de l’électricité au Liban.

Hausse du prix en livres du gaz, baisse de ceux de l’essence et du mazout

Alors que les pénuries d’hydrocarbures se poursuivent dans un Liban en pleine crise, le ministère de l’Énergie a ajusté hier les prix en livres des principaux carburants importés comme il a l’habitude de le faire chaque semaine, mais avec un jour de retard en raison de la première commémoration du 4 août.

Selon les nouveaux tarifs, le bidon de 20 litres d’essence à 95 octane est toujours fixé à 75 600 livres libanaises et celui à 98 octane, qui coûtait 77 800 livres, est passé à 77 700 livres, après une baisse de 100 livres. Le mazout, quant à lui, s’échange à 57 100 livres pour un bidon de 20 litres, son tarif ayant diminué de 400 livres. Le prix de la bonbonne de gaz a, lui, augmenté de 3 000 livres pour atteindre 56 600 livres.

Au cours du mois de juillet, les prix des carburants avaient fortement augmenté après une baisse des subventions de l’État sur les importations d’hydrocarbures.



Cela fait désormais une dizaine de jours que l’accalmie constatée au niveau de l’approvisionnement du pays en essence dure, avec la réouverture de plusieurs stations-service et même parfois de plusieurs pompes à essence par point de vente – ce qui était devenu pour beaucoup d’automobilistes un souvenir lointain. Cela reste en revanche plus compliqué pour le mazout, à en croire...

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