C’est le deuil dans les rues de Beyrouth. Un Liban, longtemps enfoui sous les ailes misanthropes d’Azraël, commémore misérablement ses martyrs. Les pleurs se mêlent aujourd’hui au sang peignant les rues. Colère et mélancolie s’entrelacent. Haine devient répulsion qui devient acharnement.
L’espoir, ancien refuge face aux démences, voit ses pierres s’abattre sur une terre pourpre, imbibée par le sang d’un peuple souffrant. Ce soi-disant asile ne se réduit qu’à un entassement de poussière, insignifiante. Plus une colombe dans un ciel où les hordes de corbeaux rôdent… Certes, le peuple demeure aujourd’hui acteur d’une tragédie, où toute galbe de vie finit par devenir objet d’une fatalité inexorable. Événements farouches se sont abattus impitoyablement sur un peuple déjà accablé, voire moribond, qui chaque jour craint la mort de ses bien-aimés. Le Liban est donc victime d’une forme unique de misère faisant succomber ses habitants.
Mais ce peuple, sur le point d’atteindre l’extrémité d’un gouffre inévitable, est-il vraiment uni ? Est-il prêt à se délaisser de son hétérogénéité pour subsister ? Inopportunément, en ce jour qui devrait nous rallier, nous rencontrons au sein de ces ruelles, témoins d’un meurtre inéluctable, de multiples contestations politiques et religieuses. Les marées et courants de l’histoire ne nous ont-ils pas assez montré que vivre avec une haine grandissante envers nos discordants ne mène qu’à l’effondrement ? N’avions-nous pas appris que l’histoire devrait mettre en exergue les erreurs du passé afin que ces dernières ne soient guère répétées ? Et la guerre civile libanaise ?
Aujourd’hui, c’est aux mères moroses qu’on offre nos condoléances les plus pures. Ces pauvres ont perdu le fruit de leur vie, le sens de leur espoir, leur présent divin. Elles qui avaient passé de longues nuits à endurer leurs cris aigus… Elles qui s’affolaient lorsque leurs enfants tardaient à répondre à leurs appels redondants lors d’une soirée… Elles qui se fatiguaient à préparer leurs mets préférés… Elles voient à présent leurs esprits innocents s’élancer vers le haut tel l’envol gracieux et paisible des colombes blanches.
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