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Économie - Crise

La pénurie de médicaments persiste malgré la décision du ministère de lever les subventions

Parallèlement à la liste de plus de 1 500 produits pharmaceutiques en vente libre importés qu’il ne subventionnerait plus au taux officiel de 1 507,5 livres le dollar, le ministère de la Santé a fait part d’une décision floue décrivant le taux auquel ces médicaments devront désormais être achetés et vendus.

La pénurie de médicaments persiste malgré la décision du ministère de lever les subventions

Pour dénoncer la situation de pénurie de médicaments, de nombreuses pharmacies ont observé des jours de grève ces dernières semaines à travers le Liban. Anwar Amro / Archives AFP

Deux semaines se sont écoulées depuis que le ministère de la Santé a décidé de mettre un terme aux subventions sur de nombreux médicaments importés dans ce qui semble être une tentative pour stabiliser l’approvisionnement en médicaments disponibles sur le marché libanais. Nombre de pharmaciens assurent néanmoins que leurs étagères sont plus vides que jamais. Interrogés par L’Orient Today, neuf pharmaciens de Tyr (Liban-Sud), de la région du Grand Beyrouth et de Jbeil (Mont-Liban) expliquent que si, avant cette décision du ministère, ils recevaient une quantité négligeable de médicaments importés de la part des distributeurs, ils en reçoivent désormais encore moins, voire pas du tout.

« Nous n’avons reçu aucun médicament des distributeurs depuis la décision du ministère. Au moins, avant, nous obtenions des médicaments, même au compte-gouttes », déclare un pharmacien de la région de Tyr, qui a requis l’anonymat. « Nos étagères sont vides et nous n’avons rien reçu depuis que la décision a été prise. Notre situation est catastrophique », renchérit le propriétaire de la pharmacie Allcare, à Hazmieh, à la sortie de Beyrouth.

Le 16 juillet, le ministère de la Santé a publié une liste, attendue depuis longtemps, de médicaments en vente libre importés qu’il ne subventionnerait plus au taux officiel de 1 507,5 livres libanaises pour un dollar américain, alors que la crise économique du Liban, entamée il y a deux ans, continue de sévir. Plus tôt le même jour, le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, avait annoncé que les subventions resteraient en place pour les médicaments contre les maladies chroniques et les troubles neurologiques, ainsi que pour les préparations pour nourrissons et les vaccins. Parallèlement à la liste, qui comprend plus de 1 500 produits pharmaceutiques, le ministère a fait part d’une décision peu claire décrivant le taux auquel ces médicaments devront désormais être achetés et vendus.

Un choix « amer »
Cette décision du ministère intervient alors que les pharmaciens luttent depuis des mois pour ravitailler leurs étagères et répondre aux besoins de leurs clients. Avec la diminution des stocks et la dévaluation brutale de la monnaie nationale sur le marché parallèle, les pharmaciens, les importateurs et même le ministère de la Santé accusent la Banque du Liban (BDL) d’être la cause principale des pénuries de médicaments. Tous trois précisent que le retard de la banque centrale dans les paiements des subventions explique que des stocks de médicaments insuffisants arrivent au Liban et que ceux qui sont importés sont conservés dans des entrepôts jusqu’à ce que les importateurs puissent être assurés d’en percevoir le paiement. Les tentatives de la BDL pour rassurer les importateurs sur le fait que les paiements étaient en cours de traitement n’ont rien donné puisque les lettres de crédit aux fournisseurs n’auraient, à plusieurs reprises, pas abouti. Mais la récente liste du ministère des médicaments non subventionnés et le taux préconisé auquel les importateurs devraient les vendre aux pharmacies ont encore plus semé la confusion. En effet, la décision du ministère de la Santé stipule que les importateurs doivent vendre les médicaments de sa nouvelle liste à un taux de 12 000 livres pour un dollar, justifiant cette décision au motif que les importateurs auraient acheté les médicaments qu’ils vendront désormais aux pharmaciens au cours des cinq premiers mois de 2021. Jusqu’à fin mai, la livre se négociait en dessous de 13 000 livres pour un dollar et, selon le ministère du moins, ni les importateurs ni les pharmaciens ne subiraient de pertes s’ils « libéraient leurs stocks ».

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Selon une source au ministère de la Santé interrogée par L’Orient Today, la décision vise à « temporairement résoudre le problème (des pénuries) avec ce lot (de médicaments achetés de janvier à mai) afin de ne pas avoir à totalement lever les subventions ». Elle souligne aussi que le ministère a reçu un montant limité de dollars pour régler le problème des subventions et que cette proposition est la meilleure possible. « Que pouvez-vous faire lorsque la BDL vous donne 50 millions de dollars et vous demande de proposer un plan de subvention ? » interroge-t-elle.

Bien qu’il n’y ait pas de statistiques sur les coûts des subventions, la BDL a payé environ 1,105 milliard de dollars en 2020 pour subventionner les médicaments et du matériel médical, selon les chiffres publiés par le ministère de l’Économie et du Commerce en décembre dernier. « Le moins que l’on puisse dire sur notre décision, c’est qu’elle est amère, mais telle est la situation du pays », déclare la source, ajoutant que le ministère est prêt à revoir la décision du 16 juillet si un meilleur un plan est proposé pour résoudre le problème des pénuries tout en subventionnant partiellement les médicaments essentiels.

Cette même source souligne cependant également que, compte tenu du fait que les conditions actuelles ne sont apparemment pas acceptables pour les importateurs, l’un des scénarios en cours de discussion consiste à supprimer le taux de 12 000 livres imposé aux distributeurs pour vendre leurs stocks aux pharmacies et leur permettre plutôt de les vendre au taux du marché parallèle. La source indique que cela résoudrait le problème de la pénurie, suggérant que les importateurs vendraient ensuite leurs stocks aux pharmacies sans craindre de subir des pertes.

Toutefois, celle-ci prévient également que même si les médicaments en vente libre se retrouvent à nouveau sur le marché sans être subventionnés, les médicaments subventionnés, eux, devraient rester rares car les problèmes concernant les paiements antérieurs entre la BDL et les importateurs devraient probablement persister. « Si vous voulez trouver une solution pour les prix des médicaments, vous devez résoudre le problème des subventions entre la BDL et les importateurs », conclut-elle.

Faux espoirs

Le député Fadi Alame, membre de la commission parlementaire de la Santé, est lui aussi d’accord sur la nécessaire adhésion des importateurs à toute solution et que le fait qu’aucun plan ne peut être mis en œuvre avec succès si les importateurs ne l’avalisent pas. « Ce sont eux qui décident si les conditions leur conviennent ou non pour payer les importations, donc une telle décision ne peut être mise en place sans leur approbation », explique-t-il à L’Orient Today.

Le rebond significatif de la livre par rapport au dollar lundi dernier, dans le sillage de la nomination de Nagib Mikati en tant que Premier ministre chargé de former un gouvernement, était de bon augure pour trouver une solution au problème. En effet, la livre s’échangeant à 16 500 livres pour un dollar sur le marché parallèle, la source du ministère de la Santé signalait que des portes pourraient s’ouvrir pour une solution à la pénurie de médicaments en vente libre.

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« Je suis très optimiste car le taux de la livre devrait chuter à 12 000 livres ou même moins, ce qui permettrait aux importateurs d’acheter simplement les médicaments au prix du marché et de les vendre selon le taux que nous avons fixé, qui est de 12 000 livres », présageait ainsi la source. « Même si le taux était légèrement supérieur, je ne pense pas que ce serait un problème pour les importateurs car ils pourront toujours faire des bénéfices de cette manière », ajoutait-elle. Mais deux jours plus tard, ses espoirs s’évanouissaient alors que la livre chutait à nouveau par rapport au dollar. Elle s’échangeait à un peu plus de 19 000 livres hier sur le marché parallèle.

De son côté, le chef du syndicat des importateurs de produits pharmaceutiques, Karim Gebara, s’accroche à l’espoir que la BDL revienne sur sa décision et subventionne les médicaments en vente libre au taux de 12 000 livres, tout en avertissant également que cela ne résoudra pas tout les problèmes. « Ce sur quoi il faut insister, c’est que les médicaments pour les maladies chroniques, les patients atteints de cancer et autres, ne seront pas subventionnés à 12 000 livres et resteront complètement en rupture de stock », dit-il à L’Orient Today.

Malgré le problème entre la BDL et les importateurs, le pharmacien de Tyr estime que le gouvernement pourrait prendre des mesures qui permettent effectivement de réduire les pénuries de médicaments. « Le gouvernement devrait créer un plan pour soutenir la fabrication locale de médicaments que nous sommes en mesure de produire. Il peut également interdire l’importation de tout médicament ayant son équivalent générique local et encourager l’augmentation du nombre d’importateurs afin que le secteur ne soit pas monopolisé », explique-t-il.

Le président de l’ordre des pharmaciens, Ghassan el-Amine, exprime, quant à lui, son opposition aux grèves en cours des pharmacies, appelant plutôt la BDL et les importateurs de médicaments à négocier une solution au problème. « Les grèves n’ont rien donné. Le problème se situe entre les importateurs et la BDL, qui sont en négociations, et je pense que tous deux ne peuvent pas se permettre de ne pas rapidement trouver une solution », martèle M. el-Amine.

Mais alors que les importateurs, le ministère et la BDL tergiversent, le personnel des pharmacies continue de ne pouvoir répondre aux demandes de clients souvent frustrés et en colère. « Nous nous excusons et nous leur disons que c’est la situation et pas nous (qui les empêchons d’accéder aux médicaments). Parfois, aussi, nous les envoyons vers une plus grande pharmacie qui, selon nous, pourrait avoir les médicaments dont ils ont besoin », raconte un employé de la pharmacie Drugstore à Baabda.

*Cet article a été initialement publié en anglais par « L’Orient Today » le 28 juillet 2021 et mis à jour avant publication.



Deux semaines se sont écoulées depuis que le ministère de la Santé a décidé de mettre un terme aux subventions sur de nombreux médicaments importés dans ce qui semble être une tentative pour stabiliser l’approvisionnement en médicaments disponibles sur le marché libanais. Nombre de pharmaciens assurent néanmoins que leurs étagères sont plus vides que jamais. Interrogés par...

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L’incompétence dans sa forme la plus brillante dont le résultat est malheureusement la mise en danger de la vie de milliers de personnes malades. En France, il aurait été depuis fort longtemps déféré devant la justice

Liberté de Penser

09 h 29, le 02 août 2021

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Commentaires (1)

  • L’incompétence dans sa forme la plus brillante dont le résultat est malheureusement la mise en danger de la vie de milliers de personnes malades. En France, il aurait été depuis fort longtemps déféré devant la justice

    Liberté de Penser

    09 h 29, le 02 août 2021

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