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Politique - Décryptage

Hariri jette l’éponge : retour sur les développements des deux derniers jours

Bien que prévisible, l’annonce a quand même fait l’effet d’une bombe. Surtout que le Premier ministre désigné a ajouté : « Que Dieu vienne en aide au pays. »

Les Libanais qui avaient gardé un peu d’espoir, surtout après le climat positif véhiculé mercredi soir par les milieux proches de Baabda, ont dû se rendre à l’évidence : il n’y aura pas de nouveau gouvernement présidé par Saad Hariri, et il n’y a aucune entente entre Nabih Berry et Saad Hariri d’un côté, Michel Aoun et son camp de l’autre, sur l’identité de celui qui occupera le Sérail.

Retour sur les développements des deux derniers jours.

Juste avant la visite éclair, mercredi, de Saad Hariri en Égypte, un scénario avait commencé à circuler dans les médias. Il y était notamment question d’un plan élaboré par le Premier ministre désigné et ses proches pour pousser le chef de l’État dans ses derniers retranchements et le contraindre à refuser la formule qui lui sera présentée et lui faire ainsi assumer la responsabilité du blocage gouvernemental. Pour contrer ce scénario, Michel Aoun a choisi d’ouvrir une brèche en proposant à Saad Hariri de discuter de certains noms. Mais cette tentative a rapidement échoué, avec l’annonce faite par le Premier ministre désigné de sa récusation, à l’issue de son second entretien en 24 heures avec le chef de l’État.

Mercredi, après la rencontre matinale entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le Premier ministre désigné, l’avion de Saad Hariri avait atterri en début d’après-midi à l’aéroport de Beyrouth en provenance du Caire. Ce dernier est aussitôt monté dans un convoi officiel et sécurisé, pour se rendre au palais de Baabda. Il n’a pas pris le temps d’informer ses proches de la teneur de ses entretiens avec le président égyptien, ni surtout de se réunir avec son allié et principal appui local, le président de la Chambre Nabih Berry, pour mettre au point avec lui les ultimes détails de la rencontre prévue avec le chef de l’État. Même si les sources proches de Aïn el-Tiné affirment que les deux hommes étaient déjà d’accord sur les grandes lignes de la formule que devait remettre Saad Hariri à Michel Aoun.

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Une fois à Baabda, le chef du courant du Futur affichait une mine sombre qu’il a gardée en sortant de son entretien avec Aoun, au bout de 25 minutes. Ce détail est important car il montre qu’après une longue période de rupture, les deux hommes n’ont pas vraiment pris la peine de discuter des sujets conflictuels, se contentant de rester dans les généralités. Saad Hariri a remis à Michel Aoun l’enveloppe contenant sa nouvelle formule gouvernementale formée de 24 ministres, et ce dernier l’a parcourue rapidement avant de préciser qu’il préférait l’étudier tranquillement, parce que certains des noms qui y figuraient lui étaient totalement inconnus.

Le Premier ministre désigné a pris cette remarque comme une volonté d’atermoyer de la part du président et c’est pourquoi il s’est adressé par la suite aux journalistes en leur disant souhaiter que le chef de l’État lui donne sa réponse jeudi dans la matinée. C’est qu’il avait programmé un entretien télévisé le soir même à 20h40 sur la chaîne al-Jadeed pour évoquer le dossier gouvernemental et annoncer probablement sa décision de renoncer à former le cabinet.

Cet entretien télévisé ayant déjà fait l’objet d’une campagne promotionnelle dans les médias, Baabda connaissait donc les intentions présumées de Saad Hariri. Était-ce donc par simple souci de désamorcer « la bombe » que le Premier ministre désigné se préparait à lancer contre le chef de l’État et son camp dans le cadre de son entrevue télévisée, ou parce que la mouture présentée comportait réellement des éléments intéressants, toujours est-il que les sources proches de Baabda ont parlé d’un « climat positif », laissant même entendre que le chef de l’État souhaitait demander quelques précisions mais pourrait signer le décret de la formation du gouvernement.

Le communiqué présidentiel publié dans l’après-midi même parle de « changements dans le schéma de la distribution des portefeuilles ». Ce qui pousse le président à étudier profondément les équilibres retenus dans cette mouture. Pourtant, selon les informations qui ont fuité au sujet de cette formule et qui n’ont rien à voir avec les précédentes qui ont circulé toute la journée d’hier sur les réseaux sociaux, le Premier ministre désigné aurait gardé pour lui les portefeuilles de l’Intérieur (le juge Walid Akoum), de la Défense (l’ambassadeur Antoine Chedid qui n’est proche ni de Michel Aoun ni du CPL, comme le veut la coutume récente) et de la Justice (Loubna Meskaoui). Pourtant, selon les dernières médiations entreprises par les émissaires chiites avec d’une part le chef du CPL Gebran Bassil et d’autre part le Premier ministre désigné, il avait été convenu d’attribuer le ministère de l’Intérieur à un chrétien proche du chef de l’État, alors que le courant du Futur aurait le portefeuille de la Justice. De même, le chef de l’État devait conserver le portefeuille de la Défense...

En même temps, Saad Hariri avait aussi promis de procéder à une rotation dans la distribution des portefeuilles régaliens excepté celui des Finances à la demande de Nabih Berry, qui voulait ainsi consacrer définitivement l’attribution des Finances à la communauté chiite. Or, dans la mouture présentée, la distribution des ministères régaliens reste la même : l’Intérieur aux sunnites, la Défense aux grecs-orthodoxes, les Affaires étrangères aux maronites, les Finances aux chiites. Ce qui répond à une demande faite par le CPL concernant les critères unifiés : soit on change tous les portefeuilles régaliens, soit on les maintient tels quels. Mais sur une échelle plus large, le Premier ministre désigné avait donné la Santé aux sunnites (Firas Abiad) et les Télécoms à un chrétien (Firas Abi Nassif) et choisi le Dr Abbas Halabi pour les druzes.

La première impression du chef de l’État, selon les milieux proches de Baabda, était donc « positive », mais certains points devaient être éclaircis. Si Saad Hariri acceptait d’en discuter avec le président de la République, ce dernier devait signer le décret le plus tôt possible. Mais s’il refusait et maintenait son premier scénario de l’annonce de sa récusation dans le cadre d’un entretien télévisé, la situation serait bien plus compliquée...

Jusqu’à l’arrivée de Saad Hariri au palais de Baabda jeudi à 16 heures, les milieux proches du président étaient divisés. Certains étaient convaincus que Saad Hariri ferait tout ce qu’il pourrait pour pousser le chef de l’État à refuser la formule qui lui avait été présentée, afin de rejeter sur lui la responsabilité du blocage. Ce alors qu’il sait qu’il ne peut pas former un gouvernement sans avoir obtenu l’aval des Saoudiens, traditionnellement la couverture arabe du Premier ministre au Liban. Mais d’autres pensaient au contraire qu’il fallait donner une chance aux discussions avec Saad Hariri, car la situation du pays et les conditions de vie des Libanais sont devenues insupportables et que, finalement, si le chef de l’État faisait des concessions au président du Conseil désigné, la responsabilité de ce dernier dans l’action du cabinet serait plus grande...

Le suspense n’a pas duré longtemps. Au bout de 20 minutes d’entretien, Saad Hariri a annoncé qu’il n’était pas possible de s’entendre avec Michel Aoun et qu’il renonçait donc à former le gouvernement. Chaque camp va désormais rejeter sur l’autre la responsabilité du blocage... pendant que les Libanais sont plus que jamais envoyés en enfer.


Bien que prévisible, l’annonce a quand même fait l’effet d’une bombe. Surtout que le Premier ministre désigné a ajouté : « Que Dieu vienne en aide au pays. »
Les Libanais qui avaient gardé un peu d’espoir, surtout après le climat positif véhiculé mercredi soir par les milieux proches de Baabda, ont dû se rendre à l’évidence : il n’y aura pas de...

commentaires (4)

Vous vous faites des soucis appelez les ayatollahs iraniens et le gouvernement sera fait et le Liban sera la république bananière…

Eleni Caridopoulou

18 h 49, le 16 juillet 2021

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Commentaires (4)

  • Vous vous faites des soucis appelez les ayatollahs iraniens et le gouvernement sera fait et le Liban sera la république bananière…

    Eleni Caridopoulou

    18 h 49, le 16 juillet 2021

  • Certains amis me surprennent vraiment en pensant que les gouverments au Liban se font et se défont à l'intérieur de la cuisine libanaise ! Je rappelle que nous sommes a Taef ! Ce n'est pas le CPL qui a donné un coup de grâce au haririsme! C'est MBS lui-même . Le CPL au contraire , a essayé de sauver Hariri lorsque MBS l'avait emprisonné ...mais c'etait une tres grosse erreur de leur part : çà n'a fait qu'envenimer leur relation avec MBS ... et une fois Cheikh Saad libéré , au lieu de remercier ceux qui l'ont sauvé du grapin séoudien , il a pensé récupérer la caution de MBS en tirant a boulets rouges sur ses sauveteurs ... Mais il a fini par se mettre à mal avec tout le monde !

    Chucri Abboud

    15 h 34, le 16 juillet 2021

  • Pas lu l'article mais j'suis sûr que la conclusion est que c'est la faute à saad malgré les bonnes intentions du mich... dommage que leurs parents aient trépassés et que personne n'est plus là pour les corriger...

    Wlek Sanferlou

    13 h 47, le 16 juillet 2021

  • Et qui avait promis l’enfer aux libanais ? Au fait l’enfer qu’on avait connu en 1989/1990 est un paradis à celui qu’on vit depuis le fameux compromis de 2016 mis en place essentiellement pour satisfaire l’ego de Michel Aoun après qu’il eut bloqué l’élection présidentielle durant 2 ans et permettre au duo Hariri/Bassil de piller le pays. Ceci dit, l’ensemble des dirigeants politiques sont tout autant responsables de l’effondrement du pays car ils étaient tous plus ou moins complices pour pouvoir profiter plus ou moins du partage des miettes laissées par le duo précité.

    Liberté de Penser

    09 h 10, le 16 juillet 2021

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