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Culture - Peinture

Quand « L’Orient-Le Jour » inspire les artistes-psychologues...

À quelques jours d’intervalle, le journal aura été le sujet d’œuvres artistiques réalisées par deux psychologues de profession, artistes par passion. Une troublante coïncidence. 

Quand « L’Orient-Le Jour » inspire les artistes-psychologues...

La une de « L’OLJ » après le passage du pinceau de Lucy Individual. Photo DR

Certes, ce n’est pas la première fois que L’Orient-Le Jour fait l’objet d’interventions et de détournements artistiques. Parmi les artistes qui se sont inspirés de ce journal, on peut citer Nada Sehnaoui qui en a repeint les unes tout au long de l’année 1999, ou encore Sirine Fattouh dont le travail sur les archives, sous forme de fausses annonces publiées dans ses colonnes en 2016, avait fait couler beaucoup d’encre…


« L’Orient-Le Jour I », une peinture comme un jour naissant signée Michel Gribinski. Photo DR

Néanmoins, quand la même semaine une étudiante libanaise en master de psychologie s’attaque en peinture au contenu de ses pages et, deux jours plus tard, un psychanalyste et peintre français informe la direction du quotidien qu’il a baptisé deux de ses toiles L’Orient-Le Jour I et L’Orient-Le Jour II (en s’excusant de n’avoir pas au préalable pris l’autorisation de le faire), l’on se dit qu’il y a là quelque chose à décoder. Nous les avons contactés pour tirer de leurs propos des éléments de réponse.


Quand les articles de « L’OLJ » interpellent les artistes... Photo DR


Impressionné par l’intégrité de ce quotidien

« C’est un ami qui, au premier coup d’œil jeté sur l’huile aux tonalités rosées que je venais de terminer, m’a dit “ce tableau devrait s’appeler L’Orient-Le Jour” », révèle Michel Gribinski. Un choix étonnant en ces temps de presse sombre… Le peintre et psychanalyste français tente une explication : « Cette toile abstraite et vaporeuse, qui suggère quelque chose comme un jour naissant, a dû évoquer à mon ami un souvenir lié à l’ambiance du Liban au début des années 1970, à la douceur de ce pays à l’époque où il y a vécu. »

Bien que ne connaissant pas le pays du Cèdre, Michel Gribinski a, pour sa part, « saisi la balle au bond », dit-il. « J’ai tellement aimé ce titre, je l’ai trouvé tellement poétique que je l’ai également donné à un second tableau peint dans la même veine. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé qu’il aurait fallu prendre l’autorisation de la direction du quotidien libanais. Et je m’en suis excusé. »

Entre-temps, les deux toiles qui faisaient partie de la récente exposition (justement intitulée « La couleur du rose ») de Michel Gribinski à la galerie Couteron à Paris en mai 2021 ont été vendues. Leur auteur ne sait pas si les acquéreurs sont libanais ou pas. En revanche, depuis leur réalisation, cet artiste, intellectuel, médecin psychanalyste, mais également écrivain et ex-éditeur d’une collection chez Gallimard ainsi que de la revue Penser-Rêver, est devenu un lecteur assidu de L’Orient-Le Jour. « Je suis très impressionné par l’intégrité de ce quotidien, par la lutte qu’il mène pour éviter la faillite politique du pays. Certes, je ne suis qu’un lecteur récent, mais mon sentiment est que votre journal ne fait pas de concessions.

Tout en étant, par ailleurs, d’une très grande tolérance. Et c’est là qu’on peut trouver le lien avec ma peinture abstraite, qui est d’une honnêteté intellectuelle complète », affirme celui qui est revenu en 2014 à la peinture, sa passion première. Avec, semble-t-il, l’ardeur du réprimé…


« L’Orient-Le Jour II », une huile sur toile de Michel Gribinski. Photo DR


Les yeux du journal

Lucy Maldjian, elle, n’est pas à proprement parler une artiste. Sauf que cette jeune Libanaise d’origine arménienne de 21 ans qui poursuit un master en psychologie à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) aime bien s’exprimer au moyen de l’art… À travers un mélange de figurations organiques, de faciès caricaturaux, de lignes et de motifs naïfs griffonnés sur des feuilles libres et des petits carnets, elle peint de manière spontanée, dit-elle, « l’acte de penser ». « Je rends visible ce qu’il y a dans mon esprit singulier », écrit-elle d’ailleurs dans le statut de son fil Instagram, baptisé Lucy Individual, sur lequel elle poste ses dessins. Mais si elle aime dévoiler graphiquement ses pensées, « c’est surtout pour recueillir les impressions des gens, capter ce qui les touche et essayer de comprendre, d’interpréter ce à quoi ils s’identifient », précise-t-elle.

Le ton est donné. De l’impulsivité, de la curiosité envers les autres et un brin d’extravagance habitent le pinceau de Lucy Maldjian.

Le jeudi 23 juin 2021, cette lectrice de L’Orient-Le Jour en version papier s’arrête sur un article en page culture intitulé « Partir, rester, créer et s’engager… Et vous, que choisiriez-vous ? »


« Cet article a remué en moi des émotions instinctives », avoue Lucy Maldjian. Photo DR

« Cette interrogation qui revient de manière lancinante autour de moi, qui me poursuit, au point que je la reçois comme un jugement, presque un blâme pour ne pas vouloir partir, m’a interpellée. Elle a remué en moi des émotions instinctives qui, elles, ont déclenché mon envie d’expérimenter le journal en tant que support et médium artistique », confie-t-elle. « J’ai alors choisi les articles sur lesquels je suis intervenue. Celui précité donc, ainsi que deux autres papiers en page économie. L’un intitulé “Beyrouth, 3e ville la plus chère au monde” que je trouvais paradoxal dans le sens où les chiffres qu’il alignait me semblaient aux antipodes de la réalité de la pauvreté dans laquelle s’engouffre le pays, et “Qui pilote l’avion Liban ? ” dont j’avais aimé le titre. »

À partir de là, Lucy se laisse aller à exprimer ses ressentis, en reformulant à sa manière, un peu en mode automatique, le sens des textes imprimés. Elle fait disparaître certains passages sous des plages de couleurs vives, superpose à d’autres des motifs et des griffonnages, ou encore surligne des mots, détourne des phrases… et balade sur l’ensemble des pages ses personnages singuliers aux regards sinon exorbités, du moins surdimensionnés. « Ils représentent, chez moi, ce qu’est un journal pour ses lecteurs. Un média qui leur “vend des yeux”. En d’autres termes, qui leur apporte un regard neutre et objectif sur les événements », indique la jeune femme. Une interprétation dont on ne remettra pas en cause le bien-fondé. Mais dont on tire la conclusion suivante : quand l’art s’approprie et questionne la presse, le résultat est souvent étonnant, et toujours éloquent...


Certes, ce n’est pas la première fois que L’Orient-Le Jour fait l’objet d’interventions et de détournements artistiques. Parmi les artistes qui se sont inspirés de ce journal, on peut citer Nada Sehnaoui qui en a repeint les unes tout au long de l’année 1999, ou encore Sirine Fattouh dont le travail sur les archives, sous forme de fausses annonces publiées dans ses colonnes en...

commentaires (1)

Eh oui! Lancer des commentaires dans cette section est une thérapie bénéfique! Même si certains de ceux-là ne sont pas publiés, le plaisir de les rédiger reste là ..... Merci OLJ!

Wlek Sanferlou

14 h 59, le 11 juillet 2021

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Commentaires (1)

  • Eh oui! Lancer des commentaires dans cette section est une thérapie bénéfique! Même si certains de ceux-là ne sont pas publiés, le plaisir de les rédiger reste là ..... Merci OLJ!

    Wlek Sanferlou

    14 h 59, le 11 juillet 2021

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