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Stéréotypes foireux

Il n’y a pas à dire, ce pays est perclus de réflexes foireux monomaniaques. À chacune des étapes majeures de la cascatelle de tuiles qui nous tombent dessus depuis 46 ans, il se trouve immanquablement un bouvier officiel venu justifier son existence par une saillie tellement prévisible, qu’elle en devient un stéréotype à graver sur le marbre d’une dalle de cimetière.

– Coupures de courant : elles datent de 1975, au tout début de la guerre civile. Elles ont été inventées par le vénéré et regretté Misbah Natour aux nom et prénom prédestinés, à l’époque patron d’EDL. Cet ancêtre des planqués de l’office public a depuis fait des petits et les prétextes du rationnement ne se comptent plus : en hiver, parce que les turbines des centrales sont bouchées par les sacs poubelles ; en été, parce que les transformateurs disjonctent à cause de la surcharge ; à l’automne et au printemps parce que les isolants se ratatinent en raison de l’humidité. Sans compter les épisodes farfelus de fuel frelaté, de fuel non conforme et de fuel impayé. Maintenant au moins, plus besoin de prétexte, les caisses sont aussi vides que la conscience de ceux qui ont pompé dedans. Et dire que le Basileus en son temps avait promis de rendre l’électricité tellement bon marché, que seuls les riches auraient eu les moyens de s’éclairer à la bougie !

– Pénurie d’essence : c’est la plus enrichissante sur le plan intellectuel. Discuter avec son pompiste du cours du Brent sur le marché de Rotterdam au milieu des torves qui font tapisserie, il n’y a rien de tel pour digérer les salivations du ministre au nom d’éternuement, qui proposait à ces salauds de pauvres de troquer leur guimbarde contre un âne pour se déplacer… À le regarder lui, on peut dire que la nature ne l’a pas loupé !

Heureusement qu’il n’est pas rancunier.

– Pénurie de médicaments : alignés devant les pharmacies, les patients pauvres ont enfin appris à devenir des pauvres très patients… Libanais, soyez malades selon vos moyens. Les petites maladies ne coûtent pas très cher encore, alors pensez-y !

Face à ce tombereau de linge sale qui égaye notre quotidien, Mongénéral du Château et ses bidasses du Conseil de défense n’ont rien trouvé de plus prioritaire que de « se tenir prêts » à faire face à tout débordement dans la rue. Les avions, l’artillerie, les hélicos et les chars ce sera pour plus tard… Et le premier qui tend la main pour demander à manger sera fusillé ! Cette mobilisation guignolesque aura au moins l’avantage de virer provisoirement les troufions statiques qui jouent les pots de fleurs devant les bâtiments publics et les clapiers de luxe des croûtons de la politique. Une ornementation kitsch qui doit déjà coûter un bras et deux reins.

Qu’il est bon de se sentir gouverné !

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Il n’y a pas à dire, ce pays est perclus de réflexes foireux monomaniaques. À chacune des étapes majeures de la cascatelle de tuiles qui nous tombent dessus depuis 46 ans, il se trouve immanquablement un bouvier officiel venu justifier son existence par une saillie tellement prévisible, qu’elle en devient un stéréotype à graver sur le marbre d’une dalle de cimetière.– Coupures...

commentaires (4)

ET LES GENS " INTELLIGENTS " CONTINUENT À CIRER LES CHAUSSURES DE LEUR MAÎTRE. ILS ADORENT D'ÊTRE HUMILIÉS.

Gebran Eid

17 h 33, le 02 juillet 2021

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • ET LES GENS " INTELLIGENTS " CONTINUENT À CIRER LES CHAUSSURES DE LEUR MAÎTRE. ILS ADORENT D'ÊTRE HUMILIÉS.

    Gebran Eid

    17 h 33, le 02 juillet 2021

  • "les patients pauvres ont enfin appris à devenir des pauvres très patients"...juste un échantillon du génie de Gaby décrivant la misère que les libanais subissent...

    Wlek Sanferlou

    14 h 24, le 02 juillet 2021

  • C’est tellement réaliste et profond ce que M. Nasr écrit que ça vaut toutes les analyses politiques de tous les spécialistes et avec un style unique.

    Sissi zayyat

    10 h 01, le 02 juillet 2021

  • Un mot :GÉNIAL

    LA VERITE

    01 h 25, le 02 juillet 2021

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