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Scènes de crime

Incapables de relever le moindre défi, d’initier même un début de progrès : hier, à Paris, c’est ce que s’accordaient à dire des responsables libanais, les chefs de diplomaties française et américaine. Les deux bords se promettaient en outre d’agir ensemble pour faire pression sur ces personnages.

Pour infamant qu’il soit déjà, ce portrait-robot reste pourtant incomplet, et par trop indulgent. Car aucune débilité mentale, aucune fainéantise crasse ne sauraient expliquer, à elles seules, la léthargie officielle face au naufrage institutionnel, financier et socio-économique du Liban. Que ce soit à dessein, par lâcheté, par goût effréné du pouvoir ou par vénalité, que ce soit par action ou par omission, ces dirigeants ont littéralement assassiné le pays dont ils avaient la charge. Ils ont contraint leurs administrés à livrer tous les jours bataille pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires ; c’est de crimes de guerre qu’ils doivent, en quelque sorte, répondre. Ils sont coupables de policide, néologisme venu s’ajouter aux génocides, ethnocides et autres calamités meublant le jargon des sciences politiques, et qui désigne la destruction programmée d’une entité, cité ou nation…

Un Trésor public asséché par la mal gouvernance et la corruption, une monnaie nationale qui a perdu 90 % de sa valeur, les avoirs des citoyens confisqués par les banques : c’est d’un hold-up du siècle qu’est victime le peuple libanais, et pas seulement par l’ampleur insensée du butin. Cette colossale escroquerie est aussi la plus longue en termes de durée. Non contents en effet de s’être acharné, des années durant, à piller la caisse, voilà maintenant que l’on puise sans vergogne dans ce qui reste de nos biens pour bricoler, çà et là, de dérisoires bouche-trous : pour tenter d’amortir, par une nouvelle et criante arnaque, les dévastateurs effets des filouteries passées.

C’est ainsi à un État failli, insolvable, que la Banque du Liban est sommée de prêter(?) de précieuses devises ; et ces devises, c’est forcément dans les réserves obligatoires – autrement dit dans les sacro-saints dépôts bancaires – qu’elle va devoir les prélever. Cette intolérable atteinte aux droits des gens, qui nécessitait une requête formelle du pouvoir exécutif, était concoctée jeudi, en comité restreint réuni au palais présidentiel. Le terne chef du gouvernement démissionnaire y brillait par son absence ; optant toutefois pour le plat mi-chair mi-poisson, il se résignait hier à endosser la forfaiture.

Le plus grave, ce n’est pas, bien sûr, les états d’âme de Hassane Diab. Les fonds lâchés par la BDL vont permettre d’importer pour quelques petites semaines de carburants. Le fuel est destiné à une électricité qui a déjà englouti des dizaines de milliards de dollars en grossiers expédients techniques et notoires prévarications. Quant à l’essence, dont la grave pénurie est devenue une affaire de dignité, mais aussi de sécurité, nationales, la plus grosse partie ira en contrebande en Syrie. Et si, avec un peu de chance, il reste quelques sous dans les fonds de tiroirs, ces vertueux aigrefins promettent enfin des cartes d’approvisionnement aux familles nécessiteuses. Un Parlement complice y a veillé, le clientélisme politique fera le reste, c’est d’une nouvelle forme d’achats de scrutins qu’est en voie de s’enrichir, dans un pays ruiné, la tradition électorale.

Jamais, en vérité, fraude officielle n’aura fait autant de petits. De monstrueux petits.

Issa GORAIEB

[email protected]


Incapables de relever le moindre défi, d’initier même un début de progrès : hier, à Paris, c’est ce que s’accordaient à dire des responsables libanais, les chefs de diplomaties française et américaine. Les deux bords se promettaient en outre d’agir ensemble pour faire pression sur ces personnages.Pour infamant qu’il soit déjà, ce portrait-robot reste pourtant incomplet,...