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Nos lecteurs ont la parole

La conscience tranquille

Toute vérité n’est pas bonne à dire, me répète ma mère depuis mon plus jeune âge. À court d’idées, elle prend sa « créativité à deux mains » et m’ordonne un matin, avant de me laisser prendre l’autocar numéro 6 du Collège Notre-Dame de Jamhour : « Tu tournes ta langue sept fois avant de parler, non mais vraiment je ne plaisante pas, maman ! Sept fois. À la 8e fois, tu auras pris assez de recul pour dire ce que tu as à dire. Je ne veux plus entendre de prof se plaindre, tu m’entends Yasmine ? » Ce jour-là, elle s’était fait un peu d’espoir. Sa petite fille aux boucles châtains allait se transformer en élève modèle, qui disait « oui monsieur, merci monsieur » quand il le fallait. Bien évidemment, c’était une tentative sans succès.

Le 13 juin 2021, c’était au tour de Gebran Bassil de recevoir son « tfeh-aleik ». Il le mérite bien d’ailleurs. Faute de temps et de moyens surtout, je n’ai pas pu lui dire pourquoi… « Tfeh-aleik ».

« Tfeh » parce que le peuple libanais vit sous un stress inhumain, alors que tu te trimbales dans un restaurant huppé de Batroun, le sourire jusqu’aux tempes, accompagné de quelques « Johnny Bravo » qui ne servent à rien. D’ailleurs, ils n’ont même pas été capables de tabasser proprement une jeune fille de 1m59, 52 kilos. Ils sont bien entraînés, dis-donc. Tu les entraînes où ? Avec le Hezb, ton… « copain » ? Celui avec lequel tu t’es allié pour parvenir à la présidence, tout en engouffrant le peuple libanais dans un cauchemar sans fin et tout en faisant du Liban un petit Iran aux dehors libéraux ? À l’international, les dirigeants libanais sont détestés. Vous n’avez de crédibilité aux yeux de personne. Aucun État ne trouve l’intérêt de s’allier à votre système dictatorial. Entre-temps, la seule entité que vous parvenez à terroriser, c’est le peuple libanais.

« Tfeh » parce que si on doit ouvrir les dossiers du nombre d’effractions et délits que tu as commis pour arriver à tes fins, on n’en finirait pas.

« Tfeh » parce qu’après la destruction de Beyrouth le 4 août 2020, toi dirigeant d’un parti soi-disant chrétien, tu ne t’es même pas adressé sincèrement au peuple libanais pour présenter tes excuses, pour leur promettre de retracer la vérité, et surtout pour démissionner, puisque tu es une des raisons derrière ce crime humanitaire…

« Tfeh » parce qu’après avoir ordonné tes semblants de bodyguards de battre un citoyen libanais ; et là je ne parle ni de femme, ni d’homme, ni d’enfant. Ce n’est pas pire de battre une femme. Être un citoyen suffit pour que l’acte soit outrageux. Après voir commis cette erreur, tu incites tes partisans à faire pareil ?

« Tfeh » parce que quand je vivais à l’étranger, la diaspora de 2e et 3e génération libanaise me demandait : « Mais qui est cet homme qui réserve les restaurants les plus chers et qui débarque en jet privé. Se paye-t-il ça avec l’argent de l’État ? »

« Tfeh » parce que dans ton dernier communiqué du dimanche, tu t’adresses au peuple affamé, tout en étant vêtu d’une chemise Burberry ! Au moins aies la décence de t’habiller modestement.

Je rêve un jour de constituer un État où chaque dirigeant est élu du fait de son expertise dans le domaine, de son amour pour son pays et de son désintérêt à s’enrichir à travers des salaires colossaux. Oui, je semble idéaliste face à cette ancienne génération qui ne voit le Liban qu’à travers les mille et une nuances et ramifications dont il est l’esclave. Je sais bien qu’aucun État est parfait, que beaucoup d’hommes au pouvoir se remplissent les poches d’une certaine façon. Mais il y a une différence entre s’enrichir sans donner au peuple, et s’enrichir tout en redonnant au peuple ses droits humains et sa dignité. Nos dirigeants sont souillés car ils n’ont rien donné en retour, ils ont tout volé. Ils ont laissé un petit bout de terre aussi mirobolant que le Liban se transformer en bidonville.

Est-ce que Dieu est juste ? Je ne sais pas. Mais il y’a toujours une fin à tout. Ce sera ou la fin de la classe politique corrompue, ou la fin d’un Liban libre et prospère. Entre-temps, n’arrêtons pas de nous battre, reprenons notre terre. Que l’on prévale ou pas, nous aurons au moins la conscience tranquille.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Toute vérité n’est pas bonne à dire, me répète ma mère depuis mon plus jeune âge. À court d’idées, elle prend sa « créativité à deux mains » et m’ordonne un matin, avant de me laisser prendre l’autocar numéro 6 du Collège Notre-Dame de Jamhour : « Tu tournes ta langue sept fois avant de parler, non mais vraiment je ne plaisante pas, maman ! Sept fois. À la 8e fois, tu auras pris assez de recul pour dire ce que tu as à dire. Je ne veux plus entendre de prof se plaindre, tu m’entends Yasmine ? » Ce jour-là, elle s’était fait un peu d’espoir. Sa petite fille aux boucles châtains allait se transformer en élève modèle, qui disait « oui monsieur, merci monsieur » quand il le fallait. Bien évidemment, c’était une tentative sans succès.Le 13 juin 2021, c’était...
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