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Monde - Focus

Un hindou pour ange gardien de l’église arménienne de Dacca

Un hindou pour ange gardien de l’église arménienne de Dacca

Shankar Ghosh, gardien de l'église de la Sainte-Résurrection à Dacca, le 11 février 2021. Rehman Asad/AFP

Aux premiers rayons de soleil, Shankar Ghosh, membre de la communauté hindoue de Dacca, au Bangladesh, se signe la poitrine comme chaque jour depuis plusieurs décennies avant d’ouvrir les lourdes portes de la vieille église apostolique arménienne dont il est l’ange gardien. L’église de la Sainte-Résurrection a été érigée en 1781 à Dacca, capitale de ce pays d’Asie du Sud à majorité musulmane, où une communauté d’Arméniens s’était établie au XVIe siècle. Commerçants, avocats, fonctionnaires, les Arméniens avaient pris, au fil des générations, une part importante dans la vie de la communauté locale avec laquelle des liens étroits avaient été tissés.

Dans les années 80, M. Ghosh, qui n’était qu’un jeune ouvrier dans une usine de jute, noua une relation d’amitié avec la famille d’Arméniens qui la dirigeait. Par son intermédiaire, il fit la connaissance du gardien de l’église arménienne, Michael Joseph Martin, dont il devint proche. Ce dernier finit par proposer au jeune hindou de l’assister dans sa mission. L’offre acceptée, l’hindou s’installa en 1985 dans l’enceinte de l’église qu’il ne quittera plus. « C’était la maison de Dieu et je savais qu’aucun autre travail ne me conviendrait mieux », explique M. Ghosh, aujourd’hui âgé de 61 ans. En 2014, M. Martin, dernier Arménien connu à vivre au Bangladesh, s’apprêtant à quitter le pays pour aller vivre au Canada, confia les clés de l’église à son protégé. M. Ghosh n’en deviendra le gardien officiel qu’en 2020, après le décès à l’âge de 89 ans de son vieux mentor.

« Un devoir sacré »

« J’aime ce travail. C’est un devoir sacré qui m’incombe, explique M. Ghosh, qu’il s’agisse d’une église, d’un temple ou d’une mosquée, je crois qu’on y sert un seul Dieu. » Son fils de 30 ans est aujourd’hui l’historien attitré de l’église, située dans le quartier Armanitola où vivait autrefois la communauté arménienne. Son entretien est financé par un groupe d’Arméniens d’outre-mer, dirigé par Armen Arslanian, un homme d’affaires de Los Angeles. « La famille Ghosh tient une place spéciale dans notre église », déclare ce dernier.

Cernée de rues étroites et encombrées, bordées de petits immeubles résidentiels et de marchés, l’enceinte de l’église, avec son jardin arboré, fait figure de havre de paix, à l’abri de la cacophonie des klaxons et de l’agitation de la ville. Les offices religieux, faute de fidèles, n’y ont plus cours depuis plusieurs décennies sauf à Pâques et à Noël, où chaque année un prêtre catholique célèbre une messe.

Pourtant, chaque matin, M. Ghosh sort de sa résidence, où il vit avec sa femme, son fils et sa fille, et s’en va ouvrir les portes de l’église. Il illumine l’autel de bougies où il prie pour les 400 Arméniens gisant dans le petit cimetière longeant l’édifice. Le gardien hindou aime à se promener entre les tombes dont la plus ancienne date de 1714, près de laquelle fut bâtie l’église des décennies plus tard. Quelques auxiliaires l’aident à maintenir le site en état, nourrissant au passage une poignée de chiens errants qui y ont trouvé refuge.

Il veille aussi à fleurir la tombe de Veronica, l’épouse de Michael Joseph Martin, décédée à Dacca en 2005, dernière de la communauté arménienne à avoir été enterrée dans ce cimetière. M. Ghosh espère que la dépouille mortelle de son vieil ami rejoindra un jour celle de sa femme. « Sa place est ici, dans ce lieu magnifique », estime-t-il, confiant souhaiter y être à son tour inhumé le jour de sa mort venu. « Je prie seulement pour que l’on me réserve le même traitement que celui que j’ai accordé à tous ces (défunts). »

Shafiqul ALAM/AFP


Aux premiers rayons de soleil, Shankar Ghosh, membre de la communauté hindoue de Dacca, au Bangladesh, se signe la poitrine comme chaque jour depuis plusieurs décennies avant d’ouvrir les lourdes portes de la vieille église apostolique arménienne dont il est l’ange gardien. L’église de la Sainte-Résurrection a été érigée en 1781 à Dacca, capitale de ce pays d’Asie du Sud à...

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