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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

En matière d’espionnage, l’Iran passe à la vitesse supérieure

Le satellite Kanopus-V, fabriqué en Russie, est équipé d’une caméra haute résolution qui pourrait décupler les capacités de surveillance de la République islamique.

En matière d’espionnage, l’Iran passe à la vitesse supérieure

Lancement d’une fusée iranienne porteuse d’un satellite, dans un lieu tenu secret, le 1er février 2021. Photo File AFP

Trop technique pour faire le buzz, la nouvelle a fuité de manière discrète. La vente d’un système satellitaire, qui serait en cours de finalisation entre Moscou et Téhéran, pourrait pourtant changer la donne en matière d’espionnage dans la région. Elle permettrait notamment à l’Iran de surveiller de près, et de manière continue, les cibles stratégiques de son choix au Moyen-Orient ou au-delà. Le satellite Kanopus-V, fabriqué et lancé en Russie, est en effet équipé d’une caméra haute résolution qui pourrait décupler les capacités d’espionnage de la République islamique en fournissant des images d’infrastructures militaires – américaines, israéliennes, ou autres.

Bien que la nouvelle ait été confirmée par des sources citées par le Washington Post, rien n’a encore filtré officiellement. « Ni la Russie ni l’Iran n’ont annoncé la coopération », indique à L’OLJ Jeffrey Lewis, expert sur la non-prolifération nucléaire et professeur à l’Institut Middlebury pour les études internationales à Monterey en Californie. Des zones d’ombres persistent également quant aux détails de l’opération. Les capacités exactes du satellite – initialement vendu à des fins civiles mais dont un usage militaire peut être fait – font partie des inconnues. « C’est pour cette raison que des responsables américains tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois », explique Ruslan Trad, analyste et cofondateur de la revue politique De Re Militari. « Nous y sommes : l’accord a probablement déjà été conclu et on peut s’attendre à ce que le système fonctionne d’ici peu », poursuit-il.

Si Washington redoute tant une concrétisation de la vente, c’est qu’elle contribuerait à une amélioration nette des capacités militaires iraniennes et représenterait une victoire pour Téhéran qui cherche depuis plusieurs années à mettre en orbite un satellite de reconnaissance militaire. « Depuis 2015, il y aurait eu des tentatives pour développer des dispositifs locaux », indique Ruslan Trad. L’Iran, qui se procurait jusque-là des images satellitaires via l’intermédiaire de compagnies privées, « était contraint de composer avec les priorités des autres, sans compter que dans certains cas les sites photographiés doivent être tenus secrets », explique Jeffrey Lewis.

« Pas assez pour renverser la balance »

Depuis 2018, les plus hauts dignitaires iraniens, parmi lesquels des dirigeants du corps des gardiens de la révolution iranienne, se sont investis dans les négociations avec la Russie afin d’accélérer l’obtention d’une telle technologie. « La coopération n’est donc pas totalement une surprise », ajoute Jeffrey Lewis, qui précise également que les deux pays avaient conclu dès 2014 un accord d’assistance dans le domaine. L’acquisition viendrait également appuyer d’autres technologies récemment acquises, notamment des missiles balistiques et drones capables de frapper avec précision des cibles éloignées. « Des systèmes qui seront une aide certaine, mais qui ne seront pas suffisant pour renverser l’équilibre (régional) en termes de capacités militaires », nuance Ruslan Trad.

Les alliés régionaux de Téhéran, avec qui il partage déjà certaines informations militaires et sécuritaires, feront également partie des premiers bénéficiaires de la transaction. « L’équipement n’est pas le plus puissant, mais il est suffisant pour servir les intérêts de l’Iran et de ses milices, tout particulièrement au Yémen et en Syrie », estime Ruslan Trad. Outre le soutien aux milices présentes en Syrie ou encore aux rebelles houthis au Yémen, les informations collectées pourraient également représenter un atout de taille pour le Hezbollah au Liban et les milices irakiennes comme le Kataëb Hezbollah ou Asaib Ahl el-Haq.

Ces ramifications régionales sont ainsi au cœur des préoccupations américaines, notamment en Irak où des intérêts américains ont été régulièrement attaqués depuis l’assassinat du général iranien Kassem Soleimani, tué par une frappe américaine en Irak le 3 janvier 2020. « Les autres pays de la région ont des forces militaires très capables, mais l’Iran dispose d’un atout supplémentaire : ses milices. C’est une chose d’avoir une ligne de front, c’en est une complètement différente d’avoir un front au-delà des frontières », poursuit Ruslan Trad, pour qui l’apport d’un nouveau réseau d’information disponible à tout moment représentera un défi de taille pour les adversaires de Téhéran.

C’est à Vienne que Téhéran pourrait néanmoins pâtir de cette nouvelle acquisition. La capitale autrichienne accueille depuis début avril des pourparlers entre Washington et Téhéran afin de relancer l’accord sur le nucléaire, quitté unilatéralement par Donald Trump en 2018. Côté américain, une frange certes minoritaire mais néanmoins existante fait pression pour qu’une réintégration de l’accord se fasse à condition que Téhéran revoie à la baisse ses ambitions régionales. Une fois obtenus, les systèmes satellitaires pourraient ainsi être perçus comme « un signal que les Iraniens ne plieront pas sous la pression, ni à Vienne ni ailleurs », observe Ruslan Trad.

La contribution russe à l’équipement iranien pourrait également accentuer les tensions avec Washington, alors même que le président Joe Biden s’apprête à rencontrer Vladimir Poutine pour la première fois. Les deux pays étaient à couteaux tirés depuis les accusations de cyberespionnage portant sur les élections américaines de 2016. Mais le fossé grandissant avec Washington ne sera probablement pas suffisant pour dissuader Moscou de continuer sur sa lancée, d’autant que l’Iran est un acteur capable de « donner accès plus largement au Moyen-Orient et au golfe Persique » tout en « détournant l’attention » d’autres terrains sources de contentieux, comme en Ukraine, conclut Ruslan Trad.


Trop technique pour faire le buzz, la nouvelle a fuité de manière discrète. La vente d’un système satellitaire, qui serait en cours de finalisation entre Moscou et Téhéran, pourrait pourtant changer la donne en matière d’espionnage dans la région. Elle permettrait notamment à l’Iran de surveiller de près, et de manière continue, les cibles stratégiques de son choix au...

commentaires (2)

Mamma mia .......

Eleni Caridopoulou

00 h 27, le 13 juin 2021

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Commentaires (2)

  • Mamma mia .......

    Eleni Caridopoulou

    00 h 27, le 13 juin 2021

  • du diable si quelqu'un est assez avise pour expliquer l'imbroglio fantastique des relations russo, sino,americano,turco, arabo iraniennes !

    gaby sioufi

    12 h 18, le 12 juin 2021

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