Rechercher
Rechercher

Économie - Restrictions bancaires

La plupart des banques ont bien baissé les plafonds de retrait en livres

Depuis novembre 2019, les « mesures temporaires exceptionnelles » de la BDL ont permis aux banques d’imposer des contrôles informels des capitaux aux déposants.

La plupart des banques ont bien baissé les plafonds de retrait en livres

L’entrée du siège de l’Association des banques du Liban, à Beyrouth. Photo M.A.

C’est peu dire que les nerfs des déposants libanais sont de plus en plus mis à rude épreuve par la crise dans laquelle le pays s’enfonce depuis près de deux ans.

En moins d’une semaine, leurs incertitudes ont été décuplées par plusieurs épisodes de l’actualité financière, qu’il s’agisse du bras de fer la semaine dernière entre le Conseil d’État et la Banque du Liban (BDL) au sujet du maintien ou non des retraits de « lollars » à 3 900 livres pour un dollar, ou de la publication cette semaine, toujours par la banque centrale, d’un mécanisme somme toute très complexe pour retirer ces mêmes « lollars » en dollars.

Si ces deux dossiers ont eu un fort écho dans les médias, c’est de manière beaucoup plus discrète que plusieurs banques commerciales ont décidé de réduire les plafonds de retrait en livres imposés à leurs clients. Une tendance qui s’était déjà manifestée par le passé et qui a été révélée à L’Orient Today par des déposants, ainsi que des employés travaillant pour différents établissements du pays, notamment plusieurs des plus grandes enseignes en termes d’actifs et de dépôts (les banques alpha, selon les classifications de Bankdata qui étaient régulièrement mises à jour avant la crise). Selon une source bancaire contactée hier, « la plupart » des établissements ont réduit ces plafonds entre la semaine dernière et cette semaine.

Baisse drastique

La Banque libano-française (BLF), qui disposait de l’une des limites de retrait les plus élevées du pays, a ainsi entériné une baisse drastique de son plafond pour les petits déposants : de 30 millions de livres à 5 millions par mois, soit six fois moins que la limite initiale. Les gros déposants de la banque peuvent, quant à eux, désormais retirer 15 millions ou 25 millions de livres par mois, selon le montant du compte, a déclaré un employé de la BLF. En parallèle, la banque avait également relevé le plafond de conversion possible de « lollars » à 3 900 livres pour un dollar, via la circulaire n° 151, à 5 000 dollars. Ce qui veut dire que sur les près de 20 millions de livres que les clients de la banque peuvent convertir chaque mois, seul un quart pourra être retiré en espèces sur la même période pour les petits déposants.

Lire aussi

Ce qu'il faut savoir sur le complexe mécanisme de la BDL pour transformer des « lollars » en dollars

Autre exemple, la BLOM Bank a, elle, déclaré avoir fait passer son plafond de retrait mensuel en livres – toutes opérations confondues – pour les petits déposants de 25 à 15 millions. Même topo pour des établissements tels qu’Intercontinental Bank of Lebanon (IBL Bank), le Crédit libanais et Creditbank – également classés parmi les banques alpha avant la crise – qui auraient tous réduit de moitié leur limite de retrait quotidienne en livres. Le plafond quotidien d’IBL Bank est ainsi passé d’un million à 500 000 livres – soit environ 38 dollars au taux du marché parallèle qui a récemment dépassé la barre des 13 000 livres –, tandis que le Crédit libanais et Creditbank l’ont fait passer de 2 millions à un million de livres, selon les clients des banques respectives. La limite mensuelle de ce dernier établissement s’élève désormais à 6 millions de livres au lieu des 8 millions autorisés une semaine plus tôt, selon plusieurs témoignages de clients.

Quelle que soit la taille de la banque ou l’ampleur de ses réductions sur les retraits, tous les titulaires de comptes avec qui L’Orient Today s’est entretenu ont déclaré qu’ils n’avaient reçu aucune communication de leur banque détaillant l’actualisation de ces limites et affirment les avoir découvertes au moment d’effectuer des retraits.

Enfin, plus récemment, des établissements qui n’avaient pas encore modifié leurs plafonds de retrait en livres ont informé leurs clients cette semaine des mises à jour effectuées. Cela a notamment été le cas de Byblos Bank (5 millions de livres par mois et par compte, au lieu de 10 millions), de la SGBL (3 millions par semaine et 6 millions par mois), ou encore de Bank Audi (quatre nouvelles tranches, 6 millions de livres par mois pour les dépôts inférieurs à 15 millions ; 8 millions de livres par mois pour ceux de moins de 150 millions ; 12 millions de livres pour ceux inférieurs à 450 millions ; et 20 millions de livres par mois pour ceux au-dessus).

Plusieurs sources contactées – clients comme employés – ont, quant à elles, assuré que leurs banques n’ont pas encore modifié leurs limites de retrait – en nommant spécifiquement Saradar Bank, Bankmed.

Depuis le début de la crise, les banques du pays ont imposé puis durci des restrictions s’apparentant à un contrôle des capitaux de facto à leurs clients, en l’absence de tout cadre légal spécifiquement adopté par le Parlement (ce type de mesure contrevenant notamment au respect de la propriété privée consacré par la Constitution). Les premières limites ont commencé à apparaître dès la fin de l’été 2019 (il s’agissait alors principalement d’une baisse des retraits de dollars en espèces), mais, dans le sillage de la contestation populaire massive du 17 octobre de cette même année, le phénomène s’est accéléré.

Après avoir fermé leurs portes pendant près d’un mois en discontinu, les établissements du pays ont en effet rouvert leurs agences à la mi-novembre 2019 en annonçant des « mesures temporaires exceptionnelles » émises par l’Association des banques du Liban (ABL). Un ensemble de restrictions qui ont principalement visé les transferts à l’étranger, les opérations de conversion dollar/livre – qui étaient jusqu’ici presque automatiques – ou les retraits en dollars (qui ont finalement été définitivement suspendus par l’ensemble des banques en mars 2020). Les plafonds des retraits en livres étaient alors restés inchangés.

Risque de décote

Environ un an plus tard, en octobre 2020, l’ABL a annoncé un plafonnement « temporaire » des retraits en livres, suite à la décision de la BDL de mettre en place un mécanisme de rationnement des liquidités dans cette monnaie. Concrètement, la banque centrale avait réduit la limite de livres que les banques pouvaient puiser dans leurs propres comptes courants chez elle pour servir leurs clients en ne leur laissant d’autre choix que de retirer ce qui leur manque des dépôts à terme qu’elles y détiennent également et sur lesquels elles gagnent des intérêts importants – 7 à 10 % par an. Face au tollé provoqué par l’annonce de cette mesure, dont l’objectif affiché était de reprendre le contrôle sur une masse monétaire en expansion quasi exponentielle pénalisant davantage la valeur d’une livre en chute constante, un accord entre l’association et la banque centrale visant à normaliser la situation avait alors rapidement été annoncé.

Lire aussi

Retrait des « lollars » : jeu de dupes ou association de malfaiteurs ?

La récente décision de certaines banques de limiter à nouveau les plafonds de retrait en livres a été prise, elle, en réaction à un resserrement similaire à celui d’octobre, et a été actée il y a deux semaines par la BDL, selon deux banquiers qui ont souhaité garder l’anonymat. À leur tour, les banques commerciales n’ont eu d’autre choix que de réduire les limites de retrait de leurs clients, rapporte l’un d’entre eux.

Le problème, c’est qu’en voulant limiter la masse monétaire en circulation, la mesure de la BDL a des implications négatives indirectes sur la valeur des dépôts en livres, dans la mesure où l’assèchement des liquidités qui en résulte réduit la valeur des chèques en livres qui se négocient désormais avec une décote de 8 %. Par exemple, les déposants de livres peuvent actuellement émettre un chèque d’un million de livres et le vendre sur le marché pour 920 000 livres. Un resserrement des limites ne fera qu’accentuer cette dépréciation des livres en banque par rapport à celles en circulation.

La BDL n’avait pas pu être jointe pour commenter jeudi dernier (au moment de la publication de l’article par L’Orient Today, NDLR). BLOM Bank n’a pas souhaité faire de commentaires. Ce qui semble certain, c’est que le traitement des comptes en « dollars frais » – les dépôts en devises placés dans les banques commerciales après le 9 avril 2020 et protégés par la circulaire n° 150 de la BDL adoptée au cours de ce même mois – est pour le moment toujours inchangé.

Dans le but de stabiliser la valeur marchande de la livre, la BDL a utilisé jeudi dernier Sayrafa, sa plate-forme de change, pour injecter des dollars dans les banques commerciales afin de couvrir certaines importations indispensables. L’objectif de cette opération est de réduire la quantité de billets en livres hors des coffres de la BDL, qui est désormais plus de six fois plus élevée qu’elle ne l’était à l’été 2019, lorsque la monnaie nationale a commencé à perdre de sa valeur par rapport au dollar (toujours indexé à 1 507,5 livres). La BDL a enfin annoncé la semaine dernière qu’elle vendrait à nouveau des dollars aux banques commerciales jeudi.

(Cet article a été initialement publié en anglais par « L’Orient Today » le 2 juin 2021 et a été mis à jour avant publication).

Le taux dollar/livre se rapproche d’un nouveau pic
Il était difficile de déterminer avec précision le niveau exact du taux de change dollar/livre sur le marché parallèle hier, compte tenu des différences sensibles d’une source à l’autre. Seule certitude, ce taux, resté plutôt stable depuis le pic à plus de 15 000 livres pour un dollar enregistré en mars, est en nette hausse depuis le début du mois et flotte désormais au-dessus de la barre des 14 500 livres dans un climat de crise et d’incertitude accrue liée à l’actualité financière du pays, renforcée par de possibles opérations de spéculation. Une tendance à la hausse que ni les annonces concernant l’intégration des banques à Sayrafa ni la publication mardi d’une nouvelle circulaire (n° 158) – qui doit en principe permettre dès le mois prochain aux déposants de retirer une partie de leurs fonds en devises bloqués par les restrictions bancaires – ne semblent pour l’instant être en mesure d’inverser. Le moment où cette hausse a commencé à se confirmer a coïncidé avec le bras de fer qui a opposé la semaine dernière la Banque du Liban au Conseil d’État qui, saisi d’un recours, avait suspendu à titre conservatoire la circulaire n° 151 publiée par la banque centrale permettant aux déposants de décaisser au taux de 3 900 livres pour un dollar sur leurs comptes en devises bloqués depuis le début de la crise il y a près de deux ans. Une suspension que la BDL n’avait pas tardé à répercuter, entraînant un mouvement de panique des Libanais, avant de se rétracter le lendemain suite à une réunion à Baabda entre le chef d’État Michel Aoun, le gouverneur de la BDL Riad Salamé et le président du Conseil d’État, le juge Fadi Élias. Avant cet épisode, la monnaie nationale stagnait depuis environ deux mois dans une fourchette oscillant entre 12 500 et 13 000 livres le dollar. Le focus est désormais placé sur la circulaire n° 158 que les banques n’ont pas encore mise en œuvre et qui devrait alimenter d’ici là les échanges entre l’Association des banques du Liban et la banque centrale.

C’est peu dire que les nerfs des déposants libanais sont de plus en plus mis à rude épreuve par la crise dans laquelle le pays s’enfonce depuis près de deux ans.
En moins d’une semaine, leurs incertitudes ont été décuplées par plusieurs épisodes de l’actualité financière, qu’il s’agisse du bras de fer la semaine dernière entre le Conseil d’État et la Banque du Liban...

commentaires (4)

A QUOI SERT DE COMMENTER SI L,OPINION PUBLIQUE N,A PAS D,ACCES AU LABYRINTHE DES REACTIONS... ET SI LA HONTEUSE CENSURE DU JOURNAL DES COMMENTAIRES DE SES ABONNES S,APPLIQUE TOUJOURS. CENSURER C,EST FAIRE TAIRE ET FAIRE TAIRE EST UN CRIME.

LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

20 h 32, le 10 juin 2021

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • A QUOI SERT DE COMMENTER SI L,OPINION PUBLIQUE N,A PAS D,ACCES AU LABYRINTHE DES REACTIONS... ET SI LA HONTEUSE CENSURE DU JOURNAL DES COMMENTAIRES DE SES ABONNES S,APPLIQUE TOUJOURS. CENSURER C,EST FAIRE TAIRE ET FAIRE TAIRE EST UN CRIME.

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    20 h 32, le 10 juin 2021

  • C’est loin d’être fini mes chers compatriotes. Ils continueront à pousser le bouchon aussi loin que vous le tolérez jusqu’à ce que vous décidiez de vous défendre. Vous êtes encore loin de ce que votre imagination a pu vous prévoir. La maltraitance et l’humiliation sont leurs nouvelles armes et votre patience ne fait que les aiguiser pour mieux pour saigner. BON COURAGE.

    Sissi zayyat

    17 h 31, le 10 juin 2021

  • C’est loin d’être fini mes chers compatriotes. Ils continueront à pousser le bouchon aussi loin que vous le tolérez jusqu’à ce que vous décidiez de vous défendre. Vous êtes encore loin de ce que votre imagination a pu vous prévoir. La maltraitance et l’humiliation sont leurs nouvelles armes et votre patience ne fait que les aiguiser pour mieux pour saigner. BON COURAGE.

    Sissi zayyat

    17 h 31, le 10 juin 2021

  • Finalement il s'est avere avec la pantalonnade des circulaires 151 puis 158 que le conseil d'etat dans son ensemble est compose de fripouilles. Le nettoyage des ecuries d'augias doit commencer par le judicaire.

    Michel Trad

    09 h 29, le 10 juin 2021

Retour en haut