Le rassemblement à la place des Nations à Genève, samedi dernier. Photo ANI
Alors que le mouvement de contestation s’est essoufflé depuis des mois au Liban, à l’étranger, la diaspora ne veut toujours pas lâcher prise. Samedi, dans le cadre d’une action coordonnée et organisée depuis plusieurs semaines, des Libanais de Paris, Genève, Montréal et Los Angeles se sont donné le mot pour revenir à la charge et réclamer un changement du système politique en place et de la classe politique libanaise.
Dans ces villes, auxquelles s’est également joint le quartier d’Achrafieh à Beyrouth du côté Libanais, la mobilisation était plutôt timide mais le ton déterminé. Même s’ils n’étaient que quelques centaines alors que les organisateurs espéraient une mobilisation plus importante, les protestataires ont réclamé haut et fort que l’avenir du Liban puisse être décidé par de nouvelles élites et non plus par l’establishment traditionnel qui doit rendre compte de ses actes, alors que s’effondrent l’État et l’économie. À Paris, à Genève comme à Los Angeles, les protestataires ont brandi leurs slogans inscrits sur des pancartes géantes et exigé un gouvernement souverainiste susceptible de mettre en œuvre leurs revendications majeures.
Ces revendications visent à la réédification de l’État et sont résumées ainsi par le Mouvement des citoyens libanais dans le monde (MCLM) et ses partenaires associatifs, dont Adel, le Collectif libanais de France et Plateform1 : l’application de toutes les résolutions du Conseil de sécurité sur le Liban ; la neutralité positive du Liban ; un plan exhaustif pour redresser les finances de l’État et la récupération des sommes spoliées ; un code qui prévoirait le vote électronique pour les résidents et expatriés ; et des élections législatives organisées sous l’égide des Nations unies.
Parrainage de l’ONU
Conscient de la difficulté de contourner les écueils de la loi électorale en vigueur depuis le scrutin législatif de 2018, une proportionnelle doublée d’un seuil électoral concocté à la juste mesure des chefs de file traditionnels, le Collectif des ONG de l’étranger, qui s’est constitué dans le sillage de la révolution du 17 octobre, a réclamé l’adoption d’une nouvelle loi électorale plus juste et représentative.
« Nous n’étions pas tous enchantés par cette dernière requête, sachant notamment que les députés vont tergiverser à l’infini s’il va s’agir de voter une nouvelle loi », commente Élian Sarkis, cardiologue résidant à Paris et membre fondateur du MCLM. « C’est l’avis de la majorité qui a fini par l’emporter », explique-t-il.
« Notre rassemblement est destiné à clamer notre refus d’être pris en otage par une classe politique corrompue et asservie qui a perdu toute légitimité », commente pour sa part Marianne el-Khoury, avocate résidant à Paris. « C’est aussi pour exprimer notre refus de voir le Liban perdre son identité », peut-on lire dans un communiqué publié par le Collectif des ONG. « Que personne ne doute du fait que le Liban renaîtra grâce à tous les Libanais libres et indépendants, et à sa jeunesse qui bouillonne d’idées et de projets », conclut le texte.
Avec un retour en force du leitmotiv qui avait marqué les premiers temps du mouvement de contestation d’octobre 2019, « Kellon ya3ni kellon » (Tous sans exception), les organisateurs espéraient quand même rallier des Libanais de plusieurs horizons politiques, dont les partisans des Forces libanaises et du Parti socialiste progressiste, qui pouvaient être éventuellement séduits par l’idée du changement réclamé, comme le souligne l’un des organisateurs.
Au Trocadéro à Paris, ils n’étaient toutefois que quelques dizaines. Idem à Genève, Montréal et Los Angeles où les Libanais, pourtant nombreux dans ces grandes villes, ont boudé le rassemblement. Pour les organisateurs, cette faible mobilisation serait la pandémie de coronavirus, dans la mesure où l’Europe vient juste de lever le confinement. Très actifs à Montréal, les Libanais ont l’intention d’envoyer une lettre au Premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de soutenir les revendications du collectif, souligne Manal Jomaa, avocate. « Il faut rester mobilisés, et être à la hauteur des attentes et des défis. Sinon, le Liban est fini », commente pour L’Orient-Le Jour Élian Sarkis.
À Achrafieh
Au Liban, le mouvement a été relayé par des protestataires indépendants rassemblés notamment sous l’égide de l’association
LebaneseDNA (Lebanese Diaspora Network Association) fondée par un avocat, Antoine Saad. Ce dernier explique à L’OLJ que les participants au rassemblement ne relevaient aucunement des Forces libanaises. Sur place, il a prononcé une allocution franchement anti-Hezbollah. Parmi la foule, des groupes venus du Akkar et de Tripoli, principalement sunnites, qui ont rejoint la place Sassine.
Dans son discours, Antoine Saad a évoqué l’ambition de construire « le Liban-rêve afin que plus personne ne puisse violer l’identité, la terre et l’âme du peuple libanais », une allusion claire au parti chiite et à son emprise sur le pays. Un Liban qui, a-t-il laissé entendre, doit regagner sa souveraineté sur les 10 452 kilomètres carrés, un slogan cher à Bachir Gemayel, président élu de la République assassiné en 1982. « Nous aspirons à l’édification d’un Liban-rêve afin que soit mis un terme à l’occupation du pays grâce aux armes illégales », a ajouté le juriste, alors que les protestataires scandaient de slogans anti-Hezbollah. Il s’en est pris, par la même occasion, au président de la République Michel Aoun et à son équipe qu’il n’a pas ménagée de ses critiques et a accusée d’avoir ramené le Liban à une situation similaire à celle qui prévalait à la fin des années 80, lorsque Michel Aoun avait été chassé du palais de Baabda sous les bombardements de l’armée syrienne. « Vous avez vendu le Liban au wilayet al-faqih en contrepartie d’un poste », a-t-il notamment lancé au chef de l’État.




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Chère Madame Jeanine Jalkh, la photo en-tête de votre article et celle de la Place des Nations, à Genève, et non à Achrafieh ! Les Libanais y étaient aussi au rendez-vous samedi 5 juin 2021 pour une manifestation en appui au Liban. Dont acte ! - Irène Saïd
09 h 10, le 07 juin 2021