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Moyen-Orient - Syrie

Présidentielle sans suspense pour un 4e mandat d’Assad

Washington et les Européens ont jugé que l’élection n’était pas libre.

Présidentielle sans suspense pour un 4e mandat d’Assad

Des Syriens font la queue pour voter, hier, lors d’une présidentielle où trois candidats étaient en lice. Louai Beshara/AFP

Les Syriens ont voté hier dans les régions sous contrôle du gouvernement pour une présidentielle sans suspense qui doit offrir un quatrième mandat de sept ans à Bachar el-Assad, dans un pays en plein marasme économique ravagé par une décennie de guerre.

Votant dans un ancien bastion rebelle reconquis en 2018, le président a fustigé les critiques des Occidentaux sur le scrutin, Washington et les Européens jugeant que l’élection n’était pas libre.

Dans différentes zones du régime, qui contrôle les deux tiers de la Syrie, les médias étatiques ont montré des images d’électeurs massés devant les bureaux de vote.

Sur décision du haut comité chargé des élections, les bureaux ont fermé à minuit, au lieu de 19h, en « raison de l’important afflux » des électeurs, et les résultats sont attendus dans les 48 heures après la fin du scrutin.

Si, officiellement, le pays compte un peu plus de 18 millions d’électeurs, leur nombre est en réalité plus bas, la guerre ayant morcelé le pays et entraîné la fuite à l’étranger de millions de personnes. Plus de 12 000 bureaux de vote ont été aménagés dans les zones gouvernementales, selon le ministère de l’Intérieur.

Il s’agit de la seconde présidentielle depuis le début en 2011 d’une guerre impliquant une multitude de belligérants et puissances étrangères. Né de la répression de manifestations prodémocratie, ce conflit a fait plus de 388 000 morts.

À l’Université de Damas, des étudiants venus voter ont scandé les traditionnels slogans pro-Assad : « Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour toi Bachar. »

Face à lui, deux personnalités considérées comme des faire-valoir sont en lice : l’ex-ministre et parlementaire Abdallah Salloum Abdallah et un membre de l’opposition tolérée par le pouvoir, Mahmoud Mareï. Le scrutin exclut de facto les figures de l’opposition en exil, très affaiblie, la loi électorale imposant aux candidats d’avoir vécu en Syrie dix ans consécutifs.

C’est un leurre

Washington et plusieurs puissances européennes ont condamné une élection qui « ne sera ni libre ni juste ». « On sait que cette élection n’est pas une vraie élection (...) il y a énormément de Syriens qui sont déplacés qui ne voteront pas, énormément de Syriens qui sont réfugiés qui ne voteront pas, a dit sur France 2 le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. C’est un leurre. »

« Vos opinions ne valent rien », a répliqué M. Assad qui avait été propulsé au pouvoir en 2000, succédant à son père Hafez, décédé après 30 années d’un règne sans partage.

L’émissaire de l’ONU pour la Syrie Geir Pederssen a également critiqué une élection qui se tient « en vertu de la Constitution actuelle ». Or, « cela ne fait pas partie du processus politique stipulé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité » de l’ONU qui appelle à une transition politique en Syrie avec comme point de départ la rédaction d’une nouvelle Constitution.

Accompagné de son épouse Asma, M. Assad a voté à Douma, ville de la Ghouta orientale, ancien fief rebelle près de Damas reconquis en 2018 et où le pouvoir avait été accusé d’avoir mené une attaque chimique meurtrière.

Reconstruction ?

Dans une nation polarisée par la guerre, les régions autonomes kurdes du Nord-Est ignorent le scrutin. Tout comme le dernier grand bastion jihadiste et rebelle d’Idleb (Nord-Ouest) qui abrite quelque trois millions d’habitants. Dans la ville d’Idleb, des centaines de personnes ont manifesté en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire notamment : « Pas de légitimité pour Assad et ses élections ». Dans la province de Deraa (Sud), berceau du soulèvement de 2011 reconquis par le régime, une « grève générale » a été observée dans plusieurs localités pour dénoncer le scrutin, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Si les combats ont aujourd’hui baissé en intensité, l’élection de 2021 intervient en plein marasme économique, avec une dépréciation historique de la monnaie, une inflation galopante et plus de 80 % de la population vivant dans la pauvreté, selon l’ONU. Dans un pays aux infrastructures en ruines, Bachar el-Assad se présente comme l’homme de la reconstruction, après avoir enchaîné les batailles militaires avec l’appui de la Russie et de l’Iran.

En 2014, M. Assad avait obtenu plus de 88 % des voix selon les résultats officiels. Cette présidentielle était la première élection faisant concourir plusieurs candidats. Auparavant, Bachar et son père Hafez étaient désignés par des référendums où bien souvent le oui l’emportait à plus de 97 % des voix.

Source : AFP


Les Syriens ont voté hier dans les régions sous contrôle du gouvernement pour une présidentielle sans suspense qui doit offrir un quatrième mandat de sept ans à Bachar el-Assad, dans un pays en plein marasme économique ravagé par une décennie de guerre.
Votant dans un ancien bastion rebelle reconquis en 2018, le président a fustigé les critiques des Occidentaux sur le scrutin,...

commentaires (1)

Les gouvernements des puissances occidentales qui contestent à juste titre la légitimité de la réélection de Bachar el-Assad portent une part de responsabilité dans le sort du peuple syrien. C’est uniquement la population qui souffre aujourd’hui des sanctions imposées au régime qui n’ont aucune chance de le faire tomber. Les pétromonarchies arabes qui avaient soutenu les groupes jihadistes semblent en avoir pris acte en renouant avec lui. Quant au Liban il a intérêt à la reconstruction de la Syrie qui ouvrirait la voie au retour des réfugiés dans leur pays en dépit de la capacité de nuisance du régime de Bachar el-Assad qui a d’ailleurs fortement diminué.

Tabet Ibrahim

08 h 45, le 27 mai 2021

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Commentaires (1)

  • Les gouvernements des puissances occidentales qui contestent à juste titre la légitimité de la réélection de Bachar el-Assad portent une part de responsabilité dans le sort du peuple syrien. C’est uniquement la population qui souffre aujourd’hui des sanctions imposées au régime qui n’ont aucune chance de le faire tomber. Les pétromonarchies arabes qui avaient soutenu les groupes jihadistes semblent en avoir pris acte en renouant avec lui. Quant au Liban il a intérêt à la reconstruction de la Syrie qui ouvrirait la voie au retour des réfugiés dans leur pays en dépit de la capacité de nuisance du régime de Bachar el-Assad qui a d’ailleurs fortement diminué.

    Tabet Ibrahim

    08 h 45, le 27 mai 2021

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