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Histoire d’asiles

Non, il ne suffira pas de s’indigner du culot monstre dont ont fait preuve, jeudi, les électeurs locaux de Bachar el-Assad. Ce n’est pas assez faire que de dénoncer l’intolérable provocation que représentait, pour un grand nombre de Libanais, ce carrousel de véhicules arborant bruyamment des emblèmes à la gloire du régime de Damas. Il serait d’ailleurs superflu d’évoquer l’ampleur du contentieux qu’est venu raviver dans les mémoires l’indécent rodéo : une longue et brutale occupation, d’impitoyables bombardements de quartiers peuplés, tout un chapelet d’assassinats politiques, et aussi des centaines de citoyens déportés et tombés dans la trappe des affaires classées, au grand déshonneur des autorités libanaises…

Or, les échauffourées de jeudi n’auront été qu’un épisode – sujet toutefois à dangereuse répétition – si les leçons n’en sont pas très vite tirées par un peu tout le monde. D’office s’estime exempté de cet exercice un pouvoir politique qui a battu tous les records de nullité dans son traitement de la cascade de crises dont souffre le pays. Mais qu’en est-il en revanche de tous ces organes dits de sécurité et qui ont omis de prévenir un enchaînement d’actions et de réactions pourtant couru d’avance? Comment a-t-on pu imaginer que des convois autorisés à afficher avec arrogance et défi des symboles aussi controversés pouvaient traverser sans encombre des régions du pays particulièrement marquées par le syndrome syrien ?

Loin des stériles polémiques partisanes qu’a suscitées ce jeudi de fièvre, le fait est que le spectacle de réfugiés syriens s’en allant plébisciter Assad, de gré ou de force, dépasse l’entendement. Si leurs suffrages étaient sincères, s’ils n’avaient pas été arrachés par le chantage et la menace, ils ne devraient avoir aucun mal à s’en retourner vivre en toute sécurité dans l’une des zones contrôlées par leur leader adulé. Voilà bien qui, en toute logique, devrait les dessaisir de leur statut de réfugiés forcés, d’exilés par nécessité, et faire d’eux des résidents par choix délibéré : des immigrés à peine camouflés, percevant une assistance internationale et en mesure néanmoins de rechercher toute autre source de subsistance. Pour cette raison s’impose, de toute urgence, un minutieux contrôle de la répartition de ces aides, onusiennes ou autres.

Il reste que ces travailleurs étrangers ne sont pas tous des réfugiés. Depuis des décennies en effet, les tâches les plus frustes, dans les villes comme dans les campagnes, dans le bâtiment comme dans l’agriculture ou l’industrie, sont presque invariablement le lot de ces travailleurs. Même si ce phénomène découle d’un problème sociétal, même si l’appauvrissement accéléré de la population libanaise peut un jour atténuer l’anomalie, cette masse est aisément mobilisable à tout moment, comme on vient d’en voir l’effarante démonstration.

Terre d’accueil, d’hébergement, d’abri, d’asile, le Liban se trouve bien mal payé de sa vocation millénaire, maintenant que plus du tiers de sa population est constitué de réfugiés. Au plus fort de la guerre du Liban, Abou Ayad, bras droit de Yasser Arafat, prétendait faire passer par Jounieh la route de Jérusalem ; et c’est un message de la même veine, adressé cette fois au pays tout entier, que porte la fantasia électorale à laquelle vient de se livrer, avec force ruades, le cheval de Troie syrien.

Lucidité, clairvoyance, conscience : c’est ce que requérait la gestion d’une telle histoire de fous. Les amis de la Syrie qui nous gouvernent n’ont jamais obtenu, pour autant, le rapatriement de ces réfugiés dont il est clair que Damas ne veut pas. Ils ont été tout juste bons à solliciter la compassion et la générosité du monde. Sourds aux complaintes du peuple, comment seraient-ils capables de percevoir le tic-tac de la bombe à retardement ?

Parlant d’asile, c’est là qu’on les verrait (et enverrait) bien.

Issa GORAIEB

[email protected]


Non, il ne suffira pas de s’indigner du culot monstre dont ont fait preuve, jeudi, les électeurs locaux de Bachar el-Assad. Ce n’est pas assez faire que de dénoncer l’intolérable provocation que représentait, pour un grand nombre de Libanais, ce carrousel de véhicules arborant bruyamment des emblèmes à la gloire du régime de Damas. Il serait d’ailleurs superflu d’évoquer...