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Culture - Exposition

Féministes émancipées et glamour : les divas du monde arabe brillent à Paris

À partir d’aujourd’hui mercredi 19 mai et jusqu’au 25 juillet, l’Institut du monde arabe se pare de strass et de paillettes pour accueillir sa nouvelle exposition événement qui met à l’honneur Oum Kalsoum, Feyrouz, Dalida, Warda, et autres grandes artistes de la musique et du cinéma arabes du XXe siècle.

Féministes émancipées et glamour : les divas du monde arabe brillent à Paris

L’installation « Futur antérieur » de Nabil Boutros est une série de photomontages dérivés des films égyptiens des années soixante. ©Nabil Boutros

Des robes à paillettes, des bijoux étincelants, mais aussi des extraits de concerts, de films, d’entretiens, des affiches de concerts ou encore des unes de journaux... La trajectoire inédite et palpitante que propose l’exposition Divas, d’Oum Kalsoum à Dalida, plusieurs fois reportée et enfin accessible dès aujourd’hui mercredi 19 mai, est à la hauteur des attentes d’un public friand de musiques et de voix mondialement connues, associées à des femmes aux allures glamour et sensuelles, et aux destinées romanesques. D’ailleurs, bien avant la date d’ouverture de l’exposition, un certain nombre d’objets, comme des carnets ou des pochettes, inspirés par les chanteuses arabes les plus renommées et illustrés par la jeune artiste libanaise Raphaëlle Macaron, ont été mis en vente en ligne : en quelques jours, ils étaient en rupture de stock, c’est dire toute l’actualité d’un âge d’or qui fait encore rêver aujourd’hui. Néanmoins, la scénographie proposée va bien au-delà d’une simple reconstitution folklorique ; elle propose une analyse musicologique, mais aussi sociétale et culturelle, sur laquelle s’articule le développement sans précédent d’une scène artistique féminine puissante et créatrice.

L’itinéraire mis en place est chronologique et propulse d’emblée les visiteurs dans l’effervescence des rues du Caire dans les années 1920. « Nous avons voulu mettre en scène l’importance des pionnières féminines sur la scène artistique et montrer la manière dont elles ont ouvert la voie aux grandes divas arabes », précise Hanna Boghanim, qui a pris en charge avec Élodie Bouffard le commissariat de l’exposition. Elle ajoute : « Au début des années 1920, Le Caire est une ville très cosmopolite, elle constitue le cœur intellectuel et artistique du monde arabe. Le vinyle permet de développer une musique plus structurée et plus accessible, et les femmes vont jouer un rôle déterminant, comme Mounira al-Mahdiya qui est considérée comme la reine de l’extase musicale, le tarab, et qui est la première femme musulmane à monter sur scène. Elle va même s’arroger le droit de jouer des rôles destinés aux hommes, remplaçant Mohammad Abdel Wahab dans Marc-Antoine et Cléopâtre. À cette époque, de nouveaux espaces se développent, comme les salles de concert ou les cabarets, dont l’un est fondé par Badia Massabni qui est d’origine syro-libanaise. C’est elle qui va formaliser la danse orientale telle qu’on la connaît aujourd’hui. Elle va réunir une cinquantaine de grandes danseuses pour ce projet, dont Samia Gamal et Tahiya Carioca. » « Des femmes vont s’illustrer en tant que productrices aussi bien qu’en réalisatrices, actrices ou musiciennes. Baghida Hafez, par exemple, produit le premier long métrage muet égyptien, Layla fille du désert ; en 1932, sort le premier film parlant égyptien, La Chanson du cœur, qui a été restauré par la cinémathèque et dont on peut voir des extraits », ajoute la commissaire de l’exposition.

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Les visiteurs sont séduits par la magie de ces années folles cairotes qui leur font découvrir l’émergence d’un cinéma en plein essor. Un espace inattendu et un peu en retrait est particulièrement réussi, celui d’un salon bourgeois de l’époque dont la bibliothèque imposante rassemble des textes auxquels les femmes pouvaient avoir accès, avec des ouvrages de May Ziadé, Kacem Amine, Mikhaïl Naïmy ou Fouad al-Boustany. « Cet espace nous permet de contextualiser le sujet, et d’expliquer l’importance des mouvements nationalistes de l’époque ainsi que le rôle joué par les femmes. Le salon est un espace d’émancipation essentiel, il permet de rencontrer des intellectuels, de débattre et d’accéder à une vraie modernité. Sur les murs, sont exposées des photos de celle qui va théoriser le mouvement féministe, Hoda Chaaraoui, laquelle va fonder en 1925 la revue L’Égyptienne  », explique celle qui a également réalisé l’exposition « Trésors de l’islam » en Afrique, en 2017.

Affiche du film « Le Vendeur de bagues » (« Bayyaa' al-khawâtem) avec Feyrouz, réalisé par Youssef Chahine, Liban, 1965. Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawdé

L’âge d’or des divas et leurs réminiscences contemporaines

La deuxième partie est peut-être la plus attendue, est centrée sur quatre figures emblématiques, Oum Kalsoum, Warda, Asmahan et Feyrouz. « On a privilégié une approche plus intimiste en rassemblant des objets qui leur ont appartenu, mais aussi des entretiens, des extraits de films et de concerts... Tout un parcours sonore a été mis en place pour accompagner la découverte des chanteuses, qui aboutit à la reconstitution d’une scène de concert, pour incarner ce qui les réunit toutes : cette capacité à mener leur public jusqu’à une forme d’extase musicale. Chacune correspond à une histoire un peu différente du monde arabe : Warda raconte une histoire d’exil, Oum Kalsoum a dû imposer sa carrière dans une famille très traditionnelle, Asmahan était une princesse druze et a vécu comme une espionne, et la carrière de Feyrouz relate en filigrane la douloureuse guerre du Liban », explique celle qui insiste sur la longue investigation qu’a demandée la préparation de l’événement, notamment dans les pays d’origine des chanteuses où les deux commissaires ont rencontré des proches, des amis ou des voisins qui leur ont transmis de nombreux éléments présents dans l’exposition.

Photographie de Tahiya Carioca dans le film « Un amour de danseuse » (« Gharâm raqissa), réalisé par Helmi Rafla, Égypte, 1949. Beyrouth, collection Abboudi Bou Jawdé

Le troisième moment du parcours réactive l’âge d’or du cinéma égyptien entre les années 40 et la fin des années 60. « L’Égypte devient le troisième producteur de films du monde. On parle de Nilwood, et cela va permettre à de nombreuses artistes féminines d’être sur le devant de la scène : elles deviennent de grandes divas, étant à la fois actrices, danseuses et chanteuses. Ce sont les comédies musicales qui ont le plus de succès, et certains spectacles sont projetés sur trois écrans au fil de l’exposition, accompagnant les objets personnels, les unes de journaux ou les affiches de Hind Rustom, Leila Mourad, Souad Hosni, ...

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Cependant, toute cette liberté affichée concernait une partie de la société et participait à véhiculer une certaine image de l’Égypte », nuance celle qui est également chargée de collections à l’IMA. La fête semble avoir été de courte durée, et les photos des immenses salles de spectacle contraintes de fermer dans les années 70 font entendre un silence éloquent. « Il s’agit bien de la fin d’une époque, l’Égypte n’est plus le centre intellectuel et artistique du monde arabe, les photos de Fouad el-Khoury, dans les années 80, qui représentent Tahiya Carioca dans sa loge décrépie, sont révélatrices. Malgré tout, cette période revit dans les créations artistiques contemporaines », souligne Hanna Boghanim. Ainsi, l’épilogue de l’exposition met en valeur cette inspiration vivante que constituent les divas sur la scène artistique : on peut découvrir le travail de l’artiste iranienne Shirin Nesbat autour d’Oum Kalsoum et sa dimension insaisissable, ainsi que le Mur des curiosités de Lamia Ziadé, qui met en scène un héritage hétéroclite et vivant, incarnant une intériorité mouvante. La Dernière Danse de Randa Mirza et Waël Kodeih propose une installation musicale et holographique qui crée un jeu de miroir avec l’exposition elle-même. En s’inspirant de ces icônes, des artistes, comme Nabil Boutros ou Youssef Nabil, expriment une forme de nostalgie, mais peut-être aussi une réflexion politique et féministe, sur une époque contemporaine moins chatoyante qui a bien besoin de rêver à des divas, d’Oum Kalsoum à Dalida.


Des robes à paillettes, des bijoux étincelants, mais aussi des extraits de concerts, de films, d’entretiens, des affiches de concerts ou encore des unes de journaux... La trajectoire inédite et palpitante que propose l’exposition Divas, d’Oum Kalsoum à Dalida, plusieurs fois reportée et enfin accessible dès aujourd’hui mercredi 19 mai, est à la hauteur des attentes d’un public...

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Tahiyya carioca une des plus belles femmes que j ai jamais vu et une danseuse du ventre hors pairs jamais égalée même pas par Nadia Jamal

Robert Moumdjian

04 h 49, le 19 mai 2021

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Commentaires (1)

  • Tahiyya carioca une des plus belles femmes que j ai jamais vu et une danseuse du ventre hors pairs jamais égalée même pas par Nadia Jamal

    Robert Moumdjian

    04 h 49, le 19 mai 2021

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