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Économie - Crise

Le Liban se dirige inexorablement vers le black-out

Les navires-centrales que l’État loue depuis 2013 ont arrêté de fournir du courant à EDL depuis vendredi.

Le Liban se dirige inexorablement vers le black-out

Si aucun changement n’a lieu au niveau de la suspension de l’avance de 300 milliards de livres libanaises à Électricité du Liban (EDL), les centrales électriques pourraient arrêter leur production d’ici au 22 juin. Photo M.A.

L’entreprise Karpowership, filiale libanaise de l’opérateur turc Karadeniz, à qui l’État libanais loue deux navires-centrales, a annoncé vendredi qu’elle cessait d’alimenter le Liban en courant, mettant ainsi à exécution une menace lancée il y a quelques jours afin de protester contre des impayés de la part de l’État et contester des poursuites en justice dont elle fait l’objet. Or, les deux navires-centrales, qui opèrent au Liban depuis 2013, fournissent jusqu’à 25 % de son électricité, selon l’entreprise. Cette décision fait donc craindre un black-out total dans un Liban en grave crise économique et qui souffre d’un important déficit chronique en alimentation électrique.

Électricité du Liban (EDL) avait déjà mis en garde il y a deux semaines contre un rationnement généralisé et sévère du courant, après la suspension d’une avance pour payer son approvisionnement en carburant. Elle enregistre une baisse de 200 MW de sa production de courant, de 1 250 à 1 050 MW, à la suite de la suspension par le Conseil constitutionnel des effets de la loi n° 215/2021 qui devait permettre de débloquer une avance de 300 milliards de livres libanaises (200 millions de dollars au taux officiel de 1 507,5 livres le dollar), votée en mars pour payer une partie des navires-citernes commandés par le fournisseur de courant. Une suspension décidée à la suite d’un recours présenté par des députés des Forces libanaises, qui s’opposaient à l’octroi de cette avance. De plus, étant déjà en sous-régime, les deux barges turques (l’Orhan Bey et le Fatmagül Sultan) fournissaient depuis un certain temps 240 mégawatts (MW) de courant à l’État, au lieu de 380 prévus, en raison de la difficulté de l’établissement public à se procurer du carburant. Une source proche du dossier a en outre indiqué à L’Orient-Le Jour qu’EDL pourrait également désactiver aujourd’hui d’autres groupes électrogènes (20 à 30 MW) s’il n’y avait pas de changement au niveau de l’approvisionnement en carburant. Ainsi, faute de solution, le rationnement d’électricité sera progressivement augmenté, jusqu’à l’arrêt total des centrales électriques d’ici au 22 juin prochain, a averti EDL la semaine dernière.

Environnement plein de risques

Dans son communiqué de vendredi, Karpowership se disait « désolé de mettre à l’arrêt les moteurs de ses navires-centrales après avoir déployé tous ses efforts pour éviter cela ». « Nous avons fait preuve de flexibilité durant 18 mois avec l’État libanais et nous avons assuré le courant électrique sans obtenir les montants qui nous sont dus et sans aucun plan de paiement, car le Liban traverse une période très difficile. Toutefois, aucune compagnie ne peut travailler dans un tel environnement plein de risques directs et injustifiables », a expliqué la société.

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Réagissant à la décision de Karpowership, Électricité du Liban (EDL) a confirmé que la société turque a mis ses moteurs à l’arrêt à 8h vendredi matin à Zouk et Jiyé, entraînant une perte de 240 mégawatts (MW) d’alimentation en courant. EDL explique ensuite qu’elle a activé plusieurs groupes électrogènes dans les centrales à moteurs inversés de Zouk et Jiyé et dans une centrale à Tyr, ce qui devrait assurer une production supplémentaire de 130 MW « afin de compenser partiellement le déficit entraîné par la suspension des moteurs des navires-centrales ».

Dès mardi, le président de la commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l’Énergie et de l’Eau, Nazih Najm, avait prévenu que le Liban pourrait être plongé dans l’obscurité dès la fin de cette semaine si Karpowership mettait sa menace à exécution. L’État loue à la filiale de Karadeniz deux navires-centrales, l’Orhan Bey et le Fatmagül Sultan, depuis 2013, amarrés à Jiyé (Chouf) et Zouk Mosbeh (Kesrouan), respectivement au sud et au nord de Beyrouth, qui déploient une capacité de 370 mégawatts (MW), soit près d’un quart des capacités totales disponibles dans le pays.

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Le gouvernement libanais a des arriérés de paiements de dix-huit mois vis-à-vis de l’entreprise, pour un montant de 180 millions de dollars. En outre, Karpowership est dans le collimateur de la justice depuis mars dernier après le déclenchement d’enquêtes par le juge d’instruction de Beyrouth, Rony Schéhadé, pour faits de « corruption » et de « blanchiment d’argent », qui a interrogé Ralph Fayçal, représentant de Karpowership au Liban et les intermédiaires Fadel Raad et Hassan Amhaz. Le procureur général financier Ali Ibrahim a, lui, interdit en fin de semaine dernière à la société turque de faire sortir du territoire ses deux navires-centrales, afin de garantir que la filiale de l’opérateur turc Karadeniz ne se déroberait pas à son obligation de payer 25 millions de dollars à l’État au cas où la justice confirmerait sa participation à des « transactions financières et opérations de courtage litigieuses ». Le directeur de Karpowership, Ralph Fayçal, qui faisait partie des personnes aux arrêts depuis plusieurs semaines dans le cadre de cette affaire, a récemment été libéré sous caution. Les sources proches du dossier contactées évoquent une affaire « totalement politique », le secteur de l’électricité en général, et celui de la location des navires-centrales en particulier, ayant régulièrement alimenté des tensions entre les partis au pouvoir.

La location de ces barges avait été présentée comme une solution temporaire pour combler le déficit de production d’EDL, le temps que le pays construise des centrales permanentes. Un chantier qui n’a finalement jamais été mené en raison des conflits d’intérêts des différentes parties au pouvoir, ne laissant d’autre choix au pays que de continuer à compter sur Karpowership.




L’entreprise Karpowership, filiale libanaise de l’opérateur turc Karadeniz, à qui l’État libanais loue deux navires-centrales, a annoncé vendredi qu’elle cessait d’alimenter le Liban en courant, mettant ainsi à exécution une menace lancée il y a quelques jours afin de protester contre des impayés de la part de l’État et contester des poursuites en justice dont elle fait...

commentaires (9)

Petite question à 250 piastres, a l'image des employés " des chemins de fer au Liban " payés a ne rien faire ... Les employés EDL prendront ils la même voie ? petit exemple, pour moi, simple citoyen lambda, depuis le mois de décembre 2020, je n'ai pas réglé une seule facture de consommation ... Tout simplement à cause de ses agents qui brillent par leur absence, compte non tenu des branchements illégaux qui alimentent notamment la banlieue sud pour plus de 80% ainsi que les organismes officiels ( Palais présidentiel, parlement et autres qui n'honorent pas leurs factures ) . Dans les régions du Metn et et Kesrouan ) il y a probablement, pour le moins, 200000 foyers logés à la même enseigne à attendre une problématique facture,..

c...

19 h 26, le 17 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • Petite question à 250 piastres, a l'image des employés " des chemins de fer au Liban " payés a ne rien faire ... Les employés EDL prendront ils la même voie ? petit exemple, pour moi, simple citoyen lambda, depuis le mois de décembre 2020, je n'ai pas réglé une seule facture de consommation ... Tout simplement à cause de ses agents qui brillent par leur absence, compte non tenu des branchements illégaux qui alimentent notamment la banlieue sud pour plus de 80% ainsi que les organismes officiels ( Palais présidentiel, parlement et autres qui n'honorent pas leurs factures ) . Dans les régions du Metn et et Kesrouan ) il y a probablement, pour le moins, 200000 foyers logés à la même enseigne à attendre une problématique facture,..

    c...

    19 h 26, le 17 mai 2021

  • Chaos total au Pays du Cèdre. Qu’attendent ces mafieux responsables de cette situation pour démissionner, comme dans n’importe quel état respectable face a une crise pareille? Ceci dit, n’oublions pas que nous sommes au Liban... notre notoriété de «rogue state » a franchi nos frontières.

    CW

    18 h 51, le 17 mai 2021

  • Blackout est un gros mot, synonyme de perte grave de signes de vie d'un pays. On n'a pas besoin de provoquer le chaos total avec ses conséquences sécuritaires, et un désordre social grave. Si, malgré tout, cela arrive, il n'y aura plus aucune légitimité, ni loi, et les responsabilités, aux sommets, seront engagées, dans un crime contre l'humanité, avec toutes ses conséquences au niveau local et international. Alors, prenez garde, messieurs les grands.

    Esber

    16 h 47, le 17 mai 2021

  • Les rats ont déjà creusés leur trous !

    Wow

    13 h 33, le 17 mai 2021

  • Le noir au propre et au figuré! La boucle est bouclée...

    Politiquement incorrect(e)

    11 h 53, le 17 mai 2021

  • la corruption de cette mafia a ete jusqu'a refuser de reajuster le prix du courant electrique tel que EDL aurait du faire payer aux citoyens depuis des decennies POURQUOI? pour que ces mafieux ne s'attirent pas la colere de leurs pauvres suiveurs naifs sinon pire encore . pareil aujourdh'ui en ce qui concerne les subventions decidees par des connards

    gaby sioufi

    10 h 35, le 17 mai 2021

  • 1-Le gouvernement libanais a des arriérés de paiements de dix-huit mois vis-à-vis de l’entreprise, pour un montant de 180 MILLIONS de $ 2-la JUSTICE libanaise sequestre les 2 navires turques tant que la Ste ne verse pas 25 MILLIONS de $ .... DROLE D'EQUATION n'est ce pas !

    gaby sioufi

    10 h 31, le 17 mai 2021

  • Et si on imposait un black-out total et définitif à tous ces corrompus professionnels et nocifs qui se targuent des titres: chef d'Etat, de gouvernement et de parti, ministre, président, député etc., en les enfermant tous là où ils ne pourront plus nous nuire ? De préférence dans un même endroit fermé...ainsi ils pourront se bagarrer, s'accuser et s'insulter à volonté...et nous...on saura faire le nécessaire pour sauver notre pays !!! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 57, le 17 mai 2021

  • Voilà ce qui arrive lorsque les gens au pouvoir privilégient les solutions populistes aux solutions réfléchies... bande d’incompétents! Criminels!

    Gros Gnon

    05 h 30, le 17 mai 2021

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