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Courants alternatifs

On roule nettement plus vite, mais des étapes supplémentaires sont venues allonger – et corser – un rallye qui, déjà, n’avait rien d’une promenade : ainsi en est-il de l’initiative française pour le Liban, dont le rythme, mais aussi la portée et l’ampleur nouvelles viennent d’être déclinés, sur place, par le chef du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian.

Le coup d’accélérateur, ce n’est pas seulement l’interdiction de fouler le sol français qui a frappé un nombre encore indéterminé de personnages politiques de diverses appartenances, et qui pourrait être suivie de sanctions supplémentaires, d’ordre financier cette fois. On notera au passage qu’il était grand temps de voir la France passer de la parole aux actes ; car depuis le temps que l’on criait au loup, les barons de la mafia libanaise avaient apparemment fini par ne plus y croire.

Toujours est-il que ce qui est carrément nouveau tient en ces deux points capitaux : un rejet de la caste politique traditionnelle, que l’on veut croire absolu, définitif, sans appel ; et une main largement tendue aux forces incarnant une volonté de changement, notamment celles issues de la rébellion populaire d’octobre 2019.

Moins d’une demi-heure passée avec chacun du président de la République, du chef du législatif et du Premier ministre désigné… Comme si leur sèche brièveté n’était pas assez éloquente en soi, ces rencontres ont été expressément qualifiées de protocolaires, le mot diplomatiquement correct pour qualifier une corvée aussi inutile que pénible. Et encore, ces marques de colère et de peu de considération, les dirigeants libanais n’y avaient droit qu’en raison de leur acharnement à perpétuer l’impasse politique, à bloquer sciemment la formation d’un gouvernement car trop occupés à se disputer des portions de pouvoir. À quand donc le jour béni où on les questionnera enfin sur leurs vieux et scandaleux antécédents, sur leur corruption effrénée et leur incompétence qui ont saigné à blanc le pays ?

En recourant à une solution alternative, en plaçant ostensiblement ses espoirs sur l’opposition et la société civile libanaises, la France se montre tout d’abord fidèle à ses idéaux de liberté et de démocratie. Ayant désespéré d’un establishment irrécupérable, irrémédiablement ancré dans sa médiocrité, elle offre aux forces de changement un baptême du feu, une première reconnaissance internationale. Elle ne le fait pas sans prendre certains risques, éventualité que le président Emmanuel Macron n’écartait guère d’ailleurs, dès le premier jour de son pari. On peut parier en effet qu’à Paris même comme à Beyrouth, il se trouvera des âmes chagrines pour crier à l’ingérence dans les affaires internes du Liban. Or c’est précisément à un tel reproche que Jean-Yves Le Drian paraissait répondre par anticipation, quand il accusait les responsables libanais de non-assistance à population en détresse : félonie qui fait très précisément de l’ingérence un devoir.

Tout cela ne rend que plus énorme la responsabilité qui échoit aux partis, groupements et associations adoubés hier par la France. Les défis et échéances sont tout désignés : les élections législatives, que les dirigeants pourraient être tentés de repousser sous mille prétextes ; et, dans la foulée, la prochaine élection présidentielle, qu’on a vu saboter plus d’une fois dans le passé.

Unis dans un même opprobre, mis dans le même sac d’indignité, les auteurs de nos misères seront prompts à enterrer leurs querelles, à seule fin de préserver l’ordre ancien : lequel n’était en réalité que désordre, chaos institutionnel et prévarication. C’est au même devoir de coordination, de cohésion, de clairvoyance – mais aussi d’action, et même d’audace – que sont condamnées les forces du changement.


Issa GORAIEB

[email protected]


On roule nettement plus vite, mais des étapes supplémentaires sont venues allonger – et corser – un rallye qui, déjà, n’avait rien d’une promenade : ainsi en est-il de l’initiative française pour le Liban, dont le rythme, mais aussi la portée et l’ampleur nouvelles viennent d’être déclinés, sur place, par le chef du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian.
Le coup...