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Société - Interview express

Halimé Kaakour révèle dans un ouvrage les obstacles à la candidature des Libanaises aux législatives

« Lebanese Women, Journey to the Parliament » s’adresse en anglais et en arabe aux futures candidates aux législatives de 2022, mais aussi aux mouvements de l’opposition afin qu’ils ne répètent pas les politiques délibérément discriminatoires de la classe au pouvoir.

Halimé Kaakour révèle dans un ouvrage les obstacles à la candidature des Libanaises aux législatives

Halimé Kaakour lors de la signature de son ouvrage, il y a quelques jours, à l’Université Saint-Joseph. Photo fournie par H.K.

Elle fait partie de ces activistes politiques que l’on écoute avec respect. Non seulement parce que ses propos traduisent clairement le fond de sa pensée. Mais parce que cette docteure en droit public, également professeure en droit et en sciences politiques à l’Université libanaise, base son discours sur une connaissance approfondie des dossiers, renforcée par des recherches de terrain. Halimé Kaakour, féministe engagée, est aussi spécialiste des droits de l’homme et des questions liées au genre. Son engagement politique et militant, c’est en 2015 qu’elle l’a développé avec la crise des déchets. Et en 2018, elle a suivi pas à pas le parcours des candidates aux législatives et aux municipales, qu’elle a contribué à former et avec lesquelles elle-même a été formée. En revanche, elle ne s’est pas présentée au scrutin. Au terme d’un minutieux travail d’enquête, l’experte vient de publier son premier ouvrage avec le soutien d’ONU-Femmes, Lebanese Women, Journey to the Parliament (Femmes libanaises, parcours jusqu’au Parlement). Rédigé en anglais avec traduction arabe, l’ouvrage, qui démontre les obstacles politiques, économiques, confessionnels et culturels à la candidature des Libanaises au dernier scrutin et présente des solutions aux problèmes posés, entend préparer les futures candidates aux prochaines échéances électorales, prévues en mai 2022.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? Et quel est votre constat ?

Je suis partie de la nécessité de dissiper les malentendus concernant les femmes en politique, mon objectif étant de rassembler dans un ouvrage le vécu des candidates aux législatives de 2018, analysé de manière quantitative et qualitative. Un ouvrage adressé à chaque femme désireuse de se lancer en politique, lui permettant d’identifier les écueils qu’elle pourrait rencontrer, de réagir face à chaque situation et d’éviter le manque de préparation des candidates précédentes. Ce livre s’adresse aussi à chaque mouvement de l’opposition née de la thaoura du 17 octobre 2019 afin qu’il ne répète pas les politiques délibérément discriminatoires de la classe au pouvoir, et envisage des listes inclusives comportant des femmes et des jeunes.

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À partir d’entrevues avec 75 candidates sur 86, j’ai constaté que la moitié d’entre elles (52 %) étaient soutenues par leur proche famille, alors que seulement 26 % bénéficiaient du soutien à la fois de leur proche famille et de leur famille élargie. C’est dire la pression qu’elles enduraient lorsqu’elles envisageaient de se présenter contre la classe politique au pouvoir. À titre d’exemple, on les accusait de priver la famille des services délivrés par des hommes politiques, comme l’embauche de proches dans la fonction publique. Mon enquête m’a également permis de comprendre que la formation de ces femmes était incomplète. Si elles ont bien été formées à développer leur programme électoral, la collecte de fonds leur était totalement étrangère. Et nombre d’entre elles ont eu honte ou peur de solliciter des financements pour mener à bien leur campagne, contrairement à leurs adversaires de sexe masculin. Enfin, 78,6 % des candidates ont été victimes de violence sexiste durant la période électorale, qu’il s’agisse de violence physique ou morale. De même, lorsque les médias leur ont donné la parole, les questions posées étaient largement discriminatoires, liées à leurs compétences et leur capacité en tant que femmes à assumer un rôle politique de pair avec leurs occupations familiales plutôt qu’à leur programme électoral. Souvent même, elles étaient interrompues.

Quel est votre rôle dans la vie politique actuelle ? Envisagez-vous de vous présenter aux prochaines législatives ?

Je joue deux rôles, vu que j’ai une double casquette. Je suis d’abord experte en droits humains et en genre. Mon rôle est de faire la lumière sur les discriminations pour que tous, partis du pouvoir, opposants et indépendants, tiennent compte de mes recommandations concernant le genre. Et qui plus est dans les préparatifs aux prochaines élections, la construction de listes inclusives, l’élaboration de leur agenda électoral, le choix des candidates, mais aussi de directeurs de campagne sensibilisés aux questions du genre. Il est important que le soutien nécessaire soit accordé aux femmes candidates afin qu’elles soient conscientes de ce qui les attend et qu’elles reçoivent le soutien de leurs colistiers. Car si la violence envers les femmes en politique vient majoritairement des adversaires (69 %), elle peut aussi venir des colistiers (12 %).

Je suis aussi opposante à la classe au pouvoir. Je vais continuer à l’être jusqu’à la mise en place de vraies réformes intérieures. Je pourrais donc présenter ma candidature pour les prochaines législatives. Mais je pourrais aussi soutenir des candidats en travaillant au sein d’une campagne comme je l’ai fait en 2018 au sein de la campagne « Tahalof watani » (Alliance nationale). Je n’ai pas encore pris ma décision. Une chose est sûre, je serai sur le terrain pour appliquer mes idées. C’est donc en tant qu’opposante que j’ai distribué mon ouvrage à tous les groupes d’opposition en insistant sur la nécessité de changer nos méthodes et ne pas faire les mêmes erreurs que les partis au pouvoir. Je suis certaine qu’ils m’écouteront. Nous devons être inclusifs, encourager les femmes à se présenter, et encourager les femmes et les hommes à travailler ensemble.

Où vous situez-vous par rapport à l’appel à unifier les rangs lancé il y a deux jours par 16 mouvements de la thaoura ?

J’étais sur place au moment de l’appel à l’opposition à unifier ses rangs (au siège du Bloc national libanais à Beyrouth, NDLR). Je soutiens physiquement et moralement cette coalition des seize regroupements de la contestation populaire. De la Thaoura, ont émergé de nombreux mouvements. On ne peut plus donc faire les choses comme en 2018. Nous devons utiliser de nouveaux moyens de coordination. L’opposition lance des appels. De ces appels, émergent pour l’instant deux fronts avec des divergences de points de vue importantes. Un terrain d’entente devra être trouvé par le dialogue et des points communs mis en valeur, à la condition que ces divergences soient analysées et filtrées. C’est ainsi que les choses se déroulent actuellement. Et c’est une pratique saine. Parce que nous allons faire face à des échéances électorales, véritables outils d’alternance. L’objectif, lui, reste le changement.


Elle fait partie de ces activistes politiques que l’on écoute avec respect. Non seulement parce que ses propos traduisent clairement le fond de sa pensée. Mais parce que cette docteure en droit public, également professeure en droit et en sciences politiques à l’Université libanaise, base son discours sur une connaissance approfondie des dossiers, renforcée par des recherches de...

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