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Lifestyle - This is America

La culture amish, championne de l’immunité collective

Vivant en quasi autarcie, à l’écart de tout progrès, cette communauté de Pennsylvanie est parvenue à effectuer une percée dans le combat contre le Covid-19.

La culture amish, championne de l’immunité collective

Le fermage, principale ressource de revenus de la communauté amish. Photo d’illustration Bigstock

La semaine dernière, une nouvelle a surpris les Américains : « La communauté amish, résidant en Pennsylvanie, est devenue la première du pays à atteindre une immunité collective après avoir été touchée à 90 % par le coronavirus au printemps dernier, après un important service religieux. » Ce phénomène de société est bien surprenant, car il intervient dans un groupe de 300 000 personnes, vivant au rythme des siècles passés, refusant tout progrès, dans un pays fonctionnant au gré des innovations technologiques. Depuis des siècles, la communauté amish s’est isolée de l’agitation du monde extérieur et de sa modernité. Ni téléphones ou ordinateurs dans les maisons, le transport se fait à cheval, en carriole et en buggy, un genre de diligence. Côté « mode », les vêtements cousus maison restent la norme. Et même à présent que le coronavirus fait rage dans l’ensemble du pays, il y a chez eux une résistance aux diktats imposés par la pandémie. Les chefs des amish ont malgré tout pris conscience de la menace que constituait le virus pour leur mode de vie profondément communautaire. À l’encontre de leurs us et coutumes, ils se sont pliés aux gestes barrières, acceptant distanciation et port de masque, fermant les écoles et interrompant les services religieux bihebdomadaires pour venir à bout de la pandémie dans leur communauté. Tout cela dans le but d’éviter autant que possible la vaccination, qui constitue une entorse de plus à leurs valeurs culturelles, et à laquelle ils avaient été forcés de se soumettre, par le passé, après une épidémie de polio en 1979 et de rougeole en 1991.

Le buggy, un des moyens de locomotion des amish. Photo d'illustration Bigstock

Une existence low-tech dans un océan high-tech

Jusqu’à présent, les amish peuvent s’enorgueillir d’être la première composante du melting pot à avoir réussi une immunité collective contre le Covid-19. Leur solidarité et leur esprit communautaire aidant, ils ont pu appliquer à la lettre les mesures de prévention basiques, que beaucoup n’arrivent toujours pas à maîtriser. D’autant plus que, par principe, les amish refusent de faire des examens médicaux préventifs, une bonne santé relève uniquement, selon eux, de la volonté divine. Leur choix de vivre en dehors de toute modernité puise sa source dans leur ferme croyance que la terre doit rester la plus ressemblante à celle que Dieu a créée.Cette communauté a toujours privilégié les médecines traditionnelles, comme la naturopathie ou la réflexologie, ne recourant à la médecine moderne que dans des cas graves. Leur alimentation est très riche en matières grasses et en sucre, puisqu’ils consomment beaucoup de viande, de pommes de terre, de pain, de gâteaux et d’œufs. Malgré cela, ils sont moins victimes d’obésité que la majorité des Américains et des Canadiens. D’après des chercheurs de l’Université du Tennessee, aucun des fermiers amish n’est obèse et seulement 9 % des femmes de la communauté le sont.

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Cette bonne forme physique s’explique par le grand nombre de travaux manuels qu’ils effectuent au quotidien, qu’il s’agisse des hommes comme des femmes. Les amish, notamment les enfants, marchent beaucoup et se promènent très souvent pieds nus. Leur activité physique serait six fois plus importante que celle d’un adulte moyen en Amérique du Nord. Dans la communauté, les risques de contracter un cancer sont faibles, car ils consomment leurs propres produits biologiques, ne fument pas et ne boivent pas. Leur mode de vie reste unique et fascinant, puisqu’ils parviennent à mener aujourd’hui une existence des plus low-tech, simple, pacifique et austère, dans un océan turbulent de 333 millions de citoyens américains ne jurant que par la high-tech. Les amish les surnomment « English », un terme englobant tous ceux qui n’appartiennent pas à leur communauté. La plupart des familles parlent dans leur foyer un dialecte allemand connu sous le nom de Pennsylvania German et ne pratiquent l’anglais qu’à l’extérieur. Quant aux jeunes amish, ils ne font pas d’études universitaires. Après l’école complémentaire, les garçons choisissent une profession solide et les filles font leur apprentissage de future femme au foyer.

Des fillettes amish vivant en Pennsylvanie de façon simple et à l’écart de la vie moderne. Mladen Antonov/AFP

Viscéralement attachés à leur autonomie

Ce mouvement religieux, axé sur le labeur, l’ordre, la rigueur et la modestie, a été fondé en Suisse vers la fin du XVIIe siècle par un anabaptiste nommé Jackob Amman. Allant à l’encontre de l’église réformée officielle, en particulier pour leur non-violence et leur pratique des valeurs évangéliques, ils ont longtemps été considérés comme des dissidents dangereux. Ils se sont alors réfugiés en Alsace d’où, à nouveau, ils ont été expulsés en 1712 à la suite d’un édit de Louis XIV. La communauté amish prend finalement la direction de l’Amérique du Nord où le nombre de ses membres est en très forte augmentation dans les lieux où ils se sont fixés, principalement la Pennsylvanie, l’Ohio et l’Indiana. Vivant quasiment en autarcie, les amish, dont les hommes sont aisément reconnaissables à leur longue barbe dépourvue de moustache (car dans les années 1800, elle était portée par les riches et les militaires qu’ils désapprouvent vivement), se mêlent aux « English », leurs voisins non-amish, dans les épiceries, leurs lieux de travail et autres espaces publics. S’ils préfèrent que leur territoire ne devienne pas un lieu touristique, ils ne refusent pas que des outsiders visitent leurs marchés de produits organiques, ou qu’ils leur commandent des meubles en bois faits main, leur grande spécialité. Ce commerce constitue une grande source de revenus, pour eux, en plus du fermage. Ces pièces généralement en bois de chêne sont conçues pour durer des siècles, dit-on. Attachés viscéralement à leur autonomie, les amish affichent leur méfiance à l’égard du gouvernement des États-Unis et essaient de vivre autant que possible hors de son système. Ils refusent notamment de faire partie de la Sécurité sociale ou de souscrire à une assurance. Il semblerait que ce mode de vie hors du commun et leur grande discipline leur aient permis d’enregistrer une première victoire contre la pandémie. 


La semaine dernière, une nouvelle a surpris les Américains : « La communauté amish, résidant en Pennsylvanie, est devenue la première du pays à atteindre une immunité collective après avoir été touchée à 90 % par le coronavirus au printemps dernier, après un important service religieux. » Ce phénomène de société est bien surprenant, car il intervient dans...

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On devrait leur envoyer kelloun ya3ni kelloun pour un stage de remise en question Avec un ticket aller sans retour

Elime 11

10 h 15, le 11 avril 2021

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Commentaires (1)

  • On devrait leur envoyer kelloun ya3ni kelloun pour un stage de remise en question Avec un ticket aller sans retour

    Elime 11

    10 h 15, le 11 avril 2021

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