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Monde - Birmanie

Des députés déchus compilent un dossier sur les violations des droits humains

Des députés déchus compilent un dossier sur les violations des droits humains

Des personnes manifestent contre le coup d’État militaire, le 6 avril 2021, à Kyain Seikgyi, dans l’État Karen, dans l’est de la Birmanie. Karen Information Center/AFP

Des députés déchus du parti d’Aung San Suu Kyi vont transmettre à l’ONU des dizaines de milliers de preuves de violations « à grande échelle » des droits humains en Birmanie alors que le chef de la junte a assuré pour sa part résoudre la crise de « manière démocratique ». Près de 600 civils – dont une cinquantaine d’enfants et d’adolescents – ont été tués depuis le coup d’État du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan pourrait être plus lourd : quelque 2 700 personnes ont été arrêtées. Beaucoup, sans accès à leurs proches ou à un avocat, sont portées disparues. Au moins 13 manifestants ont été tués hier par les forces de sécurité, selon plusieurs médias. Selon le site d’informations Myanmar Now, 11 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées hier lors d’un rassemblement à Kale, dans le nord-ouest du pays, et deux autres ont péri à Bago, près de Rangoun.

Exécutions extrajudiciaires, tortures, détentions illégales : « Notre comité a reçu 180 000 éléments (...) montrant des violations à grande échelle des droits humains par les militaires », a affirmé hier un groupe de résistance baptisé CRPH (Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l’organe législatif birman). Ces éléments vont être transmis au mécanisme indépendant d’enquête sur la Birmanie des Nations unies, a ajouté le CRPH qui regroupe des députés déchus de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, entrés dans la clandestinité.

Un avocat, Robert Volterra, a dit avoir rencontré hier au nom du CRPH des enquêteurs des Nations unies pour discuter des atrocités dont les militaires sont accusés. Il a affirmé que cette réunion avait marqué « le début d’un dialogue » et que plusieurs autres étaient programmées « pour les prochains jours ». Une porte-parole de l’IIMM a confirmé qu’une rencontre avec son chef, Nicholas Koumjian, avait bien eu lieu, sans autres précisions.

« Crimes contre l’humanité »

Le principal expert indépendant mandaté par l’ONU, Tom Andrews, avait déjà dénoncé mi-mars de probables « crimes contre l’humanité ». Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, assure, lui, résoudre la crise « de manière démocratique », des propos rapportés hier par Global New Light of Myanmar, un journal contrôlé par l’État. Le mouvement de désobéissance civile, avec des dizaines de milliers de travailleurs en grève contre le régime militaire, « cherche à détruire le pays (...) en paralysant le fonctionnement des hôpitaux, écoles, routes, bureaux et usines », a-t-il ajouté. Le général ne recense que 248 victimes dans les rangs des protestataires depuis le coup d’État. Seize soldats ont été tués et 260 blessés, selon lui.

Les forces de sécurité poursuivent cependant leur répression sanglante. Au moins trois personnes ont été abattues et plusieurs blessées hier à Kalay (Nord-Ouest) quand l’armée a tiré sur des manifestants cachés derrière des barricades de fortune. Les militaires « ont utilisé des lance-roquettes et il pourrait y avoir d’autres victimes », a déclaré à l’AFP un membre de l’association Women For Justice, sous couvert d’anonymat par peur des représailles. L’accès à internet reste coupé pour une majorité de la population, la junte ayant ordonné la suspension des données mobiles et des connexions sans fil.

Une centaine de personnalités – chanteurs, mannequins, journalistes – sont visés par des mandats d’arrêt, accusées d’avoir diffusé des informations susceptibles de provoquer des mutineries dans les forces armées. « Quand elle ne trouve pas ceux qu’elle recherche, l’armée prend en otages des membres de leur famille », a déploré l’AAPP. « Beaucoup de personnes sont tuées lors des interrogatoires », ajoute l’ONG.

« État défaillant »

La Birmanie risque de devenir « un État défaillant à moyen terme », a relevé mardi soir l’agence de notation financière Fitch. « L’escalade de la violence à l’encontre des civils et des milices ethniques montrent que la Tatmadaw (nom des forces armées birmanes, NDLR) perd de plus en plus le contrôle du pays », a-t-elle estimé.

Malgré les violences, la mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas. À Mandalay, deuxième ville du pays, des grévistes sont descendus hier dans les rues, certains faisant le salut à trois doigts, en signe de résistance, d’après des images diffusées sur les réseaux sociaux. Et une dizaine de factions ethniques armées ont apporté leur soutien au mouvement prodémocratie.

Mais les généraux font la sourde oreille aux condamnations et profitent des divisions de la communauté internationale. Les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont sanctionné le régime. La Chine et la Russie, alliées traditionnelles de l’armée birmane, ont rejeté l’idée de mesures coercitives, Moscou souhaitant même renforcer sa coopération militaire avec le pays. À Rangoun, la capitale économique, des manifestants ont brûlé un drapeau chinois, d’après des images postées sur Facebook, pour protester contre le soutien accordé selon eux par Pékin à la junte militaire au pouvoir. Une usine textile à capitaux chinois y a également été incendiée hier, sans faire de blessés.

Sources : agences


Des députés déchus du parti d’Aung San Suu Kyi vont transmettre à l’ONU des dizaines de milliers de preuves de violations « à grande échelle » des droits humains en Birmanie alors que le chef de la junte a assuré pour sa part résoudre la crise de « manière démocratique ». Près de 600 civils – dont une cinquantaine d’enfants et d’adolescents – ont...

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