Le bâtonnier Melhem Khalaf a suivi le pape durant tout son périple en Irak. Photo DR
Le bâtonnier de l’ordre des avocats, Melhem Khalaf, ne pouvait pas concevoir qu’il ne serait pas présent lors de la visite du souverain pontife, lui qui a connu l’Irak et les Irakiens dans leurs pires moments, lorsqu’il était à la tête de l’ONG Offre-Joie, depuis l’explosion à l’église Notre-Dame de la Délivrance à Bagdad en 2011 jusqu’à l’hégémonie de Daech sur plusieurs régions, dont la plaine de Ninive. À partir de 2011, il avait commencé à s’y rendre régulièrement pour leur témoigner sa solidarité. En 2012, il a fondé Offre-Joie Irak, avec un groupe de jeunes du pays pour aider à reconstruire et à renouer les liens entre les fils d’une même patrie.
« Lorsque j’ai appris que le pape François comptait se rendre en Irak, je me suis dit que je devais être présent lors de cette visite. Mais rien n’avait été encore décidé, confie Melhem Khalaf. La date de la visite – qui s’est déroulée le week-end dernier – n’a été confirmée que peu de temps avant sa tenue. J’ai donc été pris de court, mais je ne pouvais pas laisser passer cette occasion. »
Le bâtonnier commence par contacter Offre-Joie Irak, puis les autorités religieuses chrétiennes du pays, qu’il connaît personnellement en raison de ses multiples visites sur place. Il arrive à Bagdad vendredi dans la nuit. Entre-temps, les responsables d’Offre-Joie Irak lui avaient obtenu un laissez-passer pour la messe que François a célébrée le lendemain dans la capitale irakienne.
Melhem Khalaf commence sa journée par une rencontre avec son homologue irakien avant de se rendre à la messe. Comme il y avait trois ceintures de sécurité devant la cathédrale, et que les lignes téléphoniques étaient coupées, il n’arrive pas à entrer en contact le curé qui devait l’attendre pour lui remettre le laissez-passer. Il reste debout à regarder passer les convois. Soudain, un évêque français, membre d’Œuvre d’Orient, le reconnaît et lui demande de venir avec lui dans la cathédrale en fête pour ce rendez-vous avec le pape François.
« Je n’ai jamais vu autant de joie en Irak, comme ce jour-là, raconte-t-il. Les gens étaient euphoriques. C’était poignant. »
Après la messe, le principal souci du bâtonnier – qui a soudain revêtu les habits d’Offre-Joie, l’association qu’il avait fondée avec quelques amis en 1985 et qui avait travaillé dans les quartiers les plus défavorisés à Tripoli, mais aussi à Beyrouth et au Sud, avant de s’étendre vers l’Irak – était de se rendre à Erbil pour y assister à l’office divin du lendemain.
Ayant vécu l’exode avec les Irakiens puis le retour et la reconstruction, la visite du pape dans ce pays était pour lui comme un vœu. Le dernier avion pour Erbil est toutefois à 17h, alors que la messe se terminait à 19h30. Il décide de prendre la route (6 heures de trajet), mais découvre qu’un couvre-feu a été imposé pour trois jours. Il intègre finalement le convoi des évêques et arrive à Kirkouk dimanche dans la matinée, avant de se diriger ensuite vers Erbil où il se rend directement au stade Francesco Hariri (en Irak, les Hariri sont chrétiens), pour la messe papale.Le séjour de Melhem Khalaf est rythmé par les rencontres du pape avec la population. Autant de rendez-vous intenses, pleins d’émotion, au cours desquels les gens semblaient vivre un rêve éveillé. « Les Irakiens se sont pendant longtemps sentis abandonnés du monde entier, livrés à la violence, et voilà qu’un homme, le pape, leur rappelait qu’il y a une autre alternative : le dialogue, l’ouverture et la fraternité », lance-t-il. Selon lui, ce discours s’inscrit dans la stratégie du Vatican au Moyen-Orient et elle figurait déjà dans l’Exhortation apostolique consacrée pour la première fois à un pays : le Liban (1997).
« Le Vatican, dit-il encore, est en train de donner un sens à la vie, pas seulement pour les chrétiens, mais pour tout homme qui croit que la violence et la haine ne mènent nulle part. L’Irak était délaissé dans sa souffrance, il est en train de revivre. Avec la visite à Ur, le Vatican est revenu au message premier de la rencontre de Dieu avec l’homme. Ce qu’a dit le pape aux Irakiens, c’est qu’ils doivent être les témoins de l’espérance dans ce coin du monde. Il a redonné sa place prépondérante à la boussole des valeurs, avec en tête la solidarité qui permet d’arriver à la République de l’Homme. » Un des moments forts de la visite, selon lui, c’est aussi le passage du pape à Mossoul en ruine. Cette visite était d’un grand symbolisme, l’image d’une renaissance concrétisée par le père Emmanuel qui a reconstruit son église sur les décombres laissés par Daech. Là, le pape a dit à ceux qui sont venus l’entendre : « J’ai vu la réalité de ce que vous vivez. Mais il y a le devoir d’espérance... »
« De Bagdad à Erbil, en passant par Kirkouk et la plaine de Ninive (Qaraqosh et les neuf localités chrétiennes qui l’entourent), les croix étaient partout, non pas comme un défi, mais comme un retour à l’espoir, à la volonté d’être avec l’autre et de bâtir ensemble l’avenir », relate le bâtonnier. Pour lui, la présence du souverain pontife en Irak est un message clair aux chrétiens de la région d’être les initiateurs du vivre-ensemble, « et ce vivre-ensemble, ajoute-t-il, doit être un choix de vie ». Le pape, poursuit le bâtonnier, a voulu montrer aux Irakiens, et à travers eux aux peuples de la région, qu’il y a un autre chemin que celui de la violence et de la haine. « Son message a ainsi trois volets : le premier, c’est de demander aux gens de porter l’espérance, le deuxième, c’est de leur dire de rester sur leur terre et de ne pas renoncer à leurs racines. Et le troisième, c’est de leur assurer qu’ils ne sont pas seuls », explique le bâtonnier qui, à la faveur de cette visite, s’est aussi rendu à l’école fondée par Offre-Joie à Erbil et il a vu les Petites Sœurs de Jésus à Aïn Kawa.
Il a aussi rencontré la congrégation des Frères de la Croix à Qaraqosh, où les religieux dorment par terre. À Qaraqosh dont la population a été poussée à l’exode, à partir du moment où elle a été totalement investie par Daech, la vie est revenue.
« On ne peut pas bâtir l’avenir sur la peur et l’exclusion, conclut Khalaf, qui précise que le pape a jeté des ponts entre les sunnites et les chiites, entre les Kurdes et les Arabes, entre les ethnies et les religions. Il s’est adressé à l’humanité entière, à travers l’Irak... et demain, il le fera à partir du Liban. » Encore faudrait-il que les Libanais croient encore en eux-mêmes.
« Lorsque j’ai appris que le pape François comptait se rendre en Irak, je me suis dit que je devais être présent lors de cette...



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Ce monsieur est digne de devenir notre futur président bien que je rêve qu’une femme puisse également y arriver. Ce qui est remarquable chez lui ,c’est son authenticité, intégrité et surtout son manque de sarcasme qui est devenu « the Lebanese trademark « . Je peux comprendre et concevoir qu’il puisse sentir une joie à travers toute cette cruauté et noirceur et cela est même rassurant car on doit entretenir un vif espoir pour ne pas sombrer dans l’obscurantisme ambiant.
20 h 46, le 12 mars 2021