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Ingénieries vaticanes


Le pape, combien de divisions ? Pour archiconnue qu’elle soit, cette moqueuse boutade de Staline s’impose irrésistiblement à l’esprit, lors de chacune des initiatives planétaires qu’entreprend le minuscule État du Vatican, dont les effectifs militaires, la pittoresque garde suisse, se limitent, de fait, à 135 hommes. Un demi-siècle après l’imprudente raillerie de l’Ivan des temps contemporains, c’est un immense pape polonais, Jean-Paul II, qui ouvrait, comme on sait, une première et fatale brèche dans l’infranchissable rideau de fer communiste. Plutôt que de s’attacher à abattre les murs qui les cloisonnent comme du vulgaire bétail, c’est à jeter des ponts entre les humanités souffrantes que s’est voué et dévoué, quant à lui, le pape François. C’est néanmoins sur un même et grandiose idéal de fraternité que convergent avec la même majestueuse humilité, nantis de la même autorité morale, ces deux puissants fleuves : ces deux déclinaisons de l’ingénierie vaticane.

En tout point historique est, à l’évidence, cette première visite en Irak qu’entamait hier, en dépit de ses risques sécuritaires et sanitaires, un chef de l’Église catholique. La venue de cet homme de paix est certes un formidable geste de compassion et d’amour pour tout un peuple plongé depuis des années dans une débauche de violence. Elle réconforte et rassure particulièrement cependant les chrétiens et autres minorités irakiennes, cibles de prédilection du fanatisme et du terrorisme religieux. Accrochez-vous à la terre, elle est la vôtre aussi, tel est le pressant appel qu’il lance à ce qui reste de ces collectivités martyres ayant subi massacres, profanations et exodes massifs. Et c’est avec la même urgence qu’il adjure les dirigeants de Bagdad d’associer pleinement à la vie publique toutes les familles spirituelles du pays, sans plus de distinction entre citoyens de première et de deuxième classe.

Après le baume au cœur, les ponts. D’une importance capitale est la rencontre qu’aura aujourd’hui le souverain pontife avec le grand ayatollah Ali al-Sistani, dans la ville sainte de Najaf. Déjà en harmonie avec les plus hautes instances sunnites, c’est une spectaculaire ouverture en direction de l’autre branche majeure de l’islam qu’il pratique ainsi. Rival du guide suprême de Téhéran bien qu’Iranien de naissance, ardent avocat de la coexistence entre religions, ce leader politique et spirituel chiite jouit en effet d’un prestige et d’une autorité débordant largement les frontières de l’Irak. C’est dire les prometteuses perspectives qu’ouvre un tel dialogue pour toute une partie du monde où s’affrontent les formes les plus autoritaires, et souvent les plus extrêmes, du zèle religieux.

Le timing choisi pour ce pèlerinage de paix dans un pays toujours secoué par la violence, et de surcroît plongé dans le confinement, n’est sans doute pas fortuit. La préoccupation vaticane pour les chrétiens d’Orient s’affiche avec force à l’heure où est amorcée une délicate négociation irano-américaine dont l’issue, quelle qu’elle soit, affectera l’ensemble de la région. Dès lors, ce n’est pas sacrifier au nombrilisme bien connu des Libanais, ce n’est pas nourrir de folles espérances que d’en escompter des retombées proprement cruciales sur notre sol. Tout récemment, le pape s’alarmait des risques de voir le Liban perdre son identité. Or, son inquiétude n’a pu que croître au spectacle de la malveillante cabale visant un patriarche maronite plaidant pour la neutralité par rapport aux tensions régionales et pour la tenue d’une conférence onusienne consacrée au rébus libanais.

Que, par pure opportunité tactique, cette campagne ait fait place à une velléité d’échanges sereins et discrets avec Bkerké n’y change pas grand-chose. Amplement édifiante est tout d’abord la somme d’engagements vertueusement contractés lors des sessions du dialogue national, mais jamais respectés. Et c’est une chaîne de télévision sous contrôle étatique iranien qui s’est chargée de lever toute équivoque trompeuse en proférant les plus irrespectueuses invectives, les plus infamantes accusations, contre le chef spirituel de la communauté maronite.

Pour bien moins que cela, pour un banal commentaire sur les sanctions américaines frappant plus d’un ancien ministre convaincu de corruption et de collaboration avec le Hezbollah, avait été convoquée au ministère des AE l’ambassadrice des États-Unis. Deux poids, deux mesures dans une république qui ne vaut même plus son pesant de débris.

Issa GORAIEB

[email protected]


Le pape, combien de divisions ? Pour archiconnue qu’elle soit, cette moqueuse boutade de Staline s’impose irrésistiblement à l’esprit, lors de chacune des initiatives planétaires qu’entreprend le minuscule État du Vatican, dont les effectifs militaires, la pittoresque garde suisse, se limitent, de fait, à 135 hommes. Un demi-siècle après l’imprudente raillerie de l’Ivan des...