Le président libanais, Michel Aoun, s'entretenant avec l'ambassadrice de France à Beyrouth, Anne Grillo, lundi. Photo Dalati et Nohra
La France n’en démord pas. Elle continue de suivre de près les tractations en vue de voir formé au Liban le « gouvernement de mission » exigé par la communauté internationale, conformément à l’initiative d’Emmanuel Macron, pour débloquer les fonds promis depuis près de trois ans. Si les autorités françaises ne parviennent toujours pas à opérer une percée à ce niveau, elles tiennent toujours à ce que les dirigeants libanais s’acquittent de leurs responsabilités et mettent sur pied, sans (plus) tarder, la nouvelle équipe ministérielle.
C’est ce message que l’ambassadrice de France à Beyrouth, Anne Grillo, a transmis au président de la République, Michel Aoun, lors de leur entretien lundi à Baabda, comme le confie une source diplomatique française à L’Orient-Le Jour qui a fait savoir que cette réunion s’est tenue à la demande de la présidence libanaise. En face, une source proche du président libanais précise que l’entretien a constitué une occasion pour la diplomate de s’assurer de l’attachement de M. Aoun à l’initiative française en faveur du Liban. La démarche de Mme Grillo intervient à l’heure où le blocage au niveau des tractations ministérielles reste entier, le fossé entre Michel Aoun et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, se creusant de plus en plus. Depuis octobre 2020, date de la nomination de M. Hariri pour former la future équipe, les deux hommes s’écharpent autour de la répartition des portefeuilles et de la nomination des ministrables, notamment les chrétiens, ainsi qu’autour du fameux tiers de blocage, minorité qui pourrait bloquer l’action du cabinet, au besoin. Une bataille à laquelle le chef du Courant patriotique libre – fondé par le chef de l’État –, Gebran Bassil, participe activement. En tant que président du bloc parlementaire chrétien le plus large, il brandit le slogan de la préservation de ce qu’il perçoit comme les droits des chrétiens, à travers la défense des prérogatives du président de la République. À ses yeux, ces prérogatives font du chef de l’État un partenaire égal du Premier ministre désigné dans la formation du cabinet et lui donnent la primauté en particulier en ce qui concerne la désignation des ministres chrétiens. M. Hariri, qui ne l’entend pas de cette oreille, reste pour sa part déterminé à mettre en place une équipe restreinte de 18 ministres spécialistes et indépendants des protagonistes politiques.
Haro sur le chef du CPL
Cette querelle qui bloque la naissance du cabinet à l’heure où le pays en a urgemment besoin pousse une source française à confier à L’Orient-Le Jour, sous couvert d’anonymat, que les responsables concernés par le Liban à Paris imputent de plus en plus la responsabilité de l’impasse actuelle à Gebran Bassil. « C’est un homme incompétent et dangereux pour l’avenir du pays, qui prend le Liban en otage pour des motifs personnels », dit-on à son sujet, selon cette source. Gebran Bassil n’a pas été reçu à Paris depuis un bon moment, ajoute-t-elle, soulignant que « cela en dit long sur la réalité des choses ». Mais la source s’empresse de préciser que « la France officielle continue de dialoguer avec toutes les parties libanaises, parce que le gouvernement doit être formé, et les réformes mises sur les rails ». Et de faire savoir que Paris mène des contacts, à ce sujet, avec plusieurs pays, dont l’Iran.
Nouvelle tournée de Hariri
Mais en dépit de ce forcing international, le déblocage ne semble pas pour demain, les protagonistes campant sur leurs positions traditionnelles. Le courant du Futur a ainsi réitéré la détermination de son leader à former un cabinet de spécialistes indépendants, à l’issue de ses entretiens, mardi, avec le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Élias Audi, et le cheikh Akl druze, Naïm Hassan. La formation haririenne avait exprimé la même position lundi lors d’un entretien avec le patriarche maronite, Béchara Raï, et la semaine dernière devant le mufti de la République, Abdellatif Deriane. Et, dans le but de consolider sa position, Saad Hariri entendrait poursuivre sa tournée extérieure, même si Riyad n’est pas encore sur la liste des destinations du chef du gouvernement désigné. Selon notre correspondant politique Mounir Rabih, M. Hariri devrait se rendre prochainement en Russie, en Allemagne et en Grande-Bretagne.
Du côté de Baabda, on persiste et signe : « L’initiative française ne saurait porter l’habit d’un Premier ministre désigné », pour reprendre les termes d’un proche de la présidence contacté par L’OLJ. Il accuse ainsi implicitement Saad Hariri de bloquer les tractations sous prétexte de conformité à l’initiative française. Mardi, le quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, a attribué à Michel Aoun des propos selon lesquels le président serait « convaincu que Saad Hariri ne veut pas former un gouvernement ». Le bureau de presse de la présidence s’est empressé de démentir. Mais cela ne réduit en rien la colère de Michel Aoun contre Saad Hariri qu’il avait déjà traité de « menteur », dans une vidéo qui avait fuité il y a plusieurs semaines. Selon Mounir Rabih, le chef de l’État voulait jeter un pavé dans la mare en convoquant les chefs des blocs parlementaires ayant appuyé la nomination de M. Hariri à un dialogue élargi pour débattre d’une sortie de crise. Mais le Hezbollah aurait fait avorter cette démarche, la jugeant inopportune. Commentant ces informations, le proche de Baabda cité plus haut écarte pour le moment cette option, hautement inflammable dans la mesure où les sunnites y verraient une grave atteinte aux prérogatives de la présidence du Conseil.



sources francaises oui faut le croire. Mais aussi ne pas oublier que macron est a l'ecoute de 2 analyses divergentes s'agissant du Liban.
11 h 42, le 03 mars 2021