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Politique - Les échos de l’agora

Les deux visages de la justice

Du point de vue strictement légal, dessaisir un magistrat du parquet comme le juge Fadi Sawan, chargé de l’enquête sur la double explosion du 4 août 2020, et le remplacer par un autre est conforme aux lois et aux usages. Mais est-ce moralement juste dans les circonstances actuelles du Liban ? Le contexte de ce dessaisissement indique malheureusement que la magistrature libanaise n’est plus là pour rendre la justice en toute indépendance, mais pour servir un pouvoir inique. Il est donc légitime d’apostropher le premier magistrat du pays, le président de la République, par la harangue que lance Cicéron dans sa première Catilinaire : « Jusques à quand abuseras-tu de notre patience, enfin, Catilina ? Combien de temps encore serons-nous le jouet de ta fureur ? Jusqu’où s’emportera ton audace effrénée ? (…) Tu ne vois pas que tes projets sont découverts ? »

Suite à cette décision, un protestataire s’est écrié face aux caméras devant le Palais de justice : « Le 4 août dernier, nous avons perdu notre temps à enlever les gravats et balayer nos rues au lieu d’envahir leurs demeures et de les tirer de chez eux pour les livrer à la justice du peuple. » C’est l’aveu tardif mais spontané que le mouvement de révolte populaire du 17 octobre 2020 a confondu entre « révolution » et « activités ONG ». Ce qu’on surnomme « société civile » aurait ainsi ignoré le caractère politique du soulèvement. Faire la révolution vise à renverser le pouvoir usurpé par une caste criminelle ; à libérer l’État libanais pris en otage par l’alliance d’une milice armée et d’un réseau politicien mafieux, tous deux inféodés à la volonté de l’étranger. Quelques jours avant le dessaisissement du magistrat Sawan, le chef du Hezbollah prenait les devants et annonçait que l’enquête du port était clôturée. Il est donc interdit d’aller au-delà des négligences administratives et autres forfaits de sous-fifres corrompus. Le ministre sortant de la Santé, membre du Hezbollah, a également qualifié le crime du 4 août de « fatalité du destin ». Gare à quiconque s’approche des réseaux politiques liés au crime, tant au Liban qu’au-delà des frontières. Lokman Slim a payé de sa vie son audace en la matière.

Le peuple libanais est donc abandonné à son sort face à un État devenu son pire ennemi. Il ne fait plus aucun doute que la responsabilité pénale du crime du 4 août 2020 incombe aux autorités de l’État, et ce à tous les niveaux du pouvoir. Les informations qui « suintent » d’ici et de là sont accablantes. La justice elle-même est instrumentalisée au service du crime organisé. Le peuple libanais est en état de légitime défense. Plus rien ne contraint le peuple libanais à respecter un État réduit à un méprisable appareil de répression policière.

Il est temps de réaliser que l’enjeu premier de la situation libanaise va bien au-delà de réformes structurelles urgentes et vitales. Le projet iranien a déjà marqué des points importants. Le Hezbollah, avant d’être un parti politique, est avant tout une secte gnostique professant une utopie millénariste apocalyptique. Le bien-être de chacun ne l’intéresse pas. Il souhaite transformer la société, et implanter une société guerrière dominée par une caste d’élus et inféodée à l’ombre de Dieu sur Terre, qui se trouve à Téhéran.

Les membres de la secte sont en train de réussir un changement socioculturel en profondeur, notamment en matière économique. À travers les réseaux de la contrebande et du blanchiment d’argent, ils disposent d’énormes montants en cash qui leur permettraient de mettre la main sur tous les secteurs (économie, santé, éducation) qui s’effondrent l’un après l’autre. Ceci entraînera des conséquences irréversibles sur l’identité du Liban qui risque, si rien n’est fait, de changer tôt ou tard d’identité.

Tout espoir est-il perdu ? Non.

L’histoire humaine nous enseigne que quand la loi est injuste, il est juste de la violer. C’est pourquoi l’initiative du patriarche maronite appelant à une conférence internationale devrait pouvoir se traduire politiquement. Il est temps qu’au sein du peuple en révolte et de la diaspora libanaise, émerge une sorte de gouvernement en exil qui servirait de relais pour faire appel à la solidarité humaine en faveur d’un Liban enfin neutralisé par rapport à toutes les guerres des autres et pour les autres sur son territoire.


Du point de vue strictement légal, dessaisir un magistrat du parquet comme le juge Fadi Sawan, chargé de l’enquête sur la double explosion du 4 août 2020, et le remplacer par un autre est conforme aux lois et aux usages. Mais est-ce moralement juste dans les circonstances actuelles du Liban ? Le contexte de ce dessaisissement indique malheureusement que la magistrature libanaise n’est...

commentaires (7)

Sous le choc pendant des mois et sonnés par tant de barbaries, les libanais ont eu du mal à réagir à l’apocalypse de leur ville mais ça n’est que partie remise. Le virus en voie de régression, il faut que ce chef d’état et ses complices commencent à se faire du souci car leur fin n’est pas loin puisque le peuple s’est enfin réveillé de son traumatisme et réalise la portée de cet acte criminel sur eux et leur pays et iraient eux mêmes se faire justice défiant voyous et forces de l’ordre et même le monde entier car leurs morts suite à l’explosion du port ou par balles ou attentat à la voiture piégée ne peuvent pas être considérés comme des victimes d’un malheureux accident ou pire encore qu’ils ne soient pas du tout considérés puisqu’on les a éliminé pour l’exemple. Nous croyons comme jamais à la résistance des libanais qui ont toujours fait face aux ennemis d’où qu’ils viennent et quelque soit leur nombre ou leurs munitions. NOUS N’AVONS PAS PEUR DES MERCENAIRES NOUS VAINCRONS LES VENDUS.

Sissi zayyat

15 h 31, le 22 février 2021

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Commentaires (7)

  • Sous le choc pendant des mois et sonnés par tant de barbaries, les libanais ont eu du mal à réagir à l’apocalypse de leur ville mais ça n’est que partie remise. Le virus en voie de régression, il faut que ce chef d’état et ses complices commencent à se faire du souci car leur fin n’est pas loin puisque le peuple s’est enfin réveillé de son traumatisme et réalise la portée de cet acte criminel sur eux et leur pays et iraient eux mêmes se faire justice défiant voyous et forces de l’ordre et même le monde entier car leurs morts suite à l’explosion du port ou par balles ou attentat à la voiture piégée ne peuvent pas être considérés comme des victimes d’un malheureux accident ou pire encore qu’ils ne soient pas du tout considérés puisqu’on les a éliminé pour l’exemple. Nous croyons comme jamais à la résistance des libanais qui ont toujours fait face aux ennemis d’où qu’ils viennent et quelque soit leur nombre ou leurs munitions. NOUS N’AVONS PAS PEUR DES MERCENAIRES NOUS VAINCRONS LES VENDUS.

    Sissi zayyat

    15 h 31, le 22 février 2021

  • 1920 - 1943/1945 - 1958 - 1969 - 1982/1983 -1989/1990 - 2004/2005 - 2007/2008 - 2016/2018 - et j'en passe, d'interventions en conferences qui jamais n'avaient abouti a affirmer les interets du LIBAN. un gouvernement en exil? encore faudrait il trouver un DE GAULE non ?

    gaby sioufi

    14 h 55, le 22 février 2021

  • Sauf que le "peuple" est un mythe et la "justice du peuple" est toujours une catastrophe cf. "Le peuple contre le peuple" ed. L'Harmattan 2020

    Beauchard Jacques

    11 h 42, le 22 février 2021

  • Enfin quelqu'un qui rejoint le résonnement logique qui préconise que la révolution d'octobre s'est trompé de direction et qu'en effet il fallait, alors, forcer les députés a démissionner ou partir sinon Couic ... ! Il n'est jamais trop tard en effet, mais il faut réagir et vite même s'il y a danger de guerre civile. Croyez moi le Hezbollah la craint bien plus que vous car c'est la porte sure a l'internationalisation et le début de la fin de son existence. Il fera tout pour l’éviter !

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 15, le 22 février 2021

  • Tout Libanais, quelle que soit sa religion, devrait applaudir au projet de neutralite du Liban. C’est une evidence que toute personne sensee approuverait. Le drame c’est que le president et son parti politique, appuient officiellement et sans reserve, pour des raisons politiciennes egoistes, une milice sectaire armee illegale ,qui aux dires de son chef recoit ses ordres de l’Iran des mollahs. Cette milice fait la guerre au Yemen en Syrie , en Irak, et elle nous a entraines dans ce bourbier grace a l’appui des ‘’responsables’’. Dans tout autre Etat, tous ces gens la seraient juge’s pour haute trahison. Comment recuperer les ‘’droits des chretiens’’lorsque les representants de ces derniers, par amour demesure’ du pouvoir, se sont place’s sous l’emprise totale du hezbollah

    Goraieb Nada

    08 h 49, le 22 février 2021

  • Pour ce qui est du dernier paragraphe, je suis d’accord pour une conférence internationale, mais on connaît, au Liban comme ailleurs, l’écart entre les "projets" et les "travaux pratiques". L’idée d’une "sorte de gouvernement en exil" reste une déclaration de bonne intention, si elle n’est pas soutenue par une initiative diplomatique de l’une ou l’autre puissance, et je vois mal qui va le reconnaître. Restons moderato, et les gourous de ces sectes sont friands de chair humaine.

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    03 h 27, le 22 février 2021

  • Que faire en l’absence d’un Etat de droit face à des assassins déterminés. On s’en prend encore à des écrivains, mais jusqu’à quand ? ""Le peuple libanais est en état de légitime défense"", écrivez-vous, et c’est tout à son honneur, et vous rejoignez l’auteure franco-libanaise quand elle déclarait sur France Culture : ""Nous sommes des tueurs en puissance"". Mais passons outre les déclarations (fatalité du destin) du ministre sortant, que les morts et les blessés sont victimes d’une méprise, ou d’experts privilégiant la thèse de l’accident, car l’heure n’est pas au bilan comptable des erreurs d’appréciations, et je serai plutôt dans un attentisme prudent, car malgré tout, la chance et l’espoir de connaître la vérité sont là, par l’arrivée d’un nouveau juge d’instruction connu nous dit-on pour sa probité.

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    03 h 25, le 22 février 2021

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