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Société - Covid-19

Les défis de l’intégration du secteur privé dans la stratégie nationale de vaccination

« Le gouvernement est prêt à s’associer à des initiatives privées, pour autant qu’elles soient rendues publiques et soient transparentes », déclare Abdel Rahman Bizri, président du comité scientifique de la campagne de vaccination.

Les défis de l’intégration du secteur privé dans la stratégie nationale de vaccination

Une dose du vaccin Pfizer/BioNTech prête à être administrée, à Beyrouth. Anwar Amro/AFP

D’ici à la fin de l’année, le ministère libanais de la Santé espère vacciner jusqu’à 80 % de la population contre le Covid-19. Les doses commandées ne couvrant que la moitié de la population, le secteur privé doit entrer dans l’équation pour combler les manques. Une option que le ministère accueille à bras ouverts.

« Le nombre de doses commandées par le ministère de la Santé et le rythme des livraisons sont insuffisants » pour atteindre l’objectif fixé, estime Georges Ghanem, le médecin-chef du centre médical de l’Université libanaise américaine (LAU)-Rizk. « Or aujourd’hui, la course dans laquelle nous sommes engagés contre la propagation de la pandémie est une question de vie ou de mort. Nous n’avons pas le luxe de compter uniquement sur le ministère de la Santé », poursuit-il, interrogé par L’Orient Today.

Samedi 13 février, les 28 000 premières doses du vaccin Pfizer-BioNTech sont arrivées au Liban. Le lendemain était donné le coup d’envoi de la campagne nationale de vaccination.

L’État libanais a conclu un accord pour acquérir 2,1 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et environ 2,7 millions de doses de vaccins auprès de la plateforme Covax de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est également en négociation avec l’européen AstraZeneca pour réserver 1,5 million de doses de son vaccin. Chacun de ces vaccins requérant l’administration de deux doses, à quelques semaines d’intervalles, pour assurer une immunité suffisante, les quantités réservées jusqu’à présent ne peuvent couvrir que quelque 3 millions de personnes, soit environ la moitié de la population libanaise.

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Dans ce contexte, les acteurs du secteur privé, y compris la LAU, sont encouragés à intervenir pour pallier les lacunes et soutenir les efforts visant à atteindre une « immunité collective », soit le stade lors duquel un nombre suffisant de personnes ayant développé une résistance au virus, celui-ci voit sa propagation contrecarrée.

« Le gouvernement est prêt à s’associer à des initiatives privées, pour autant qu’elles soient rendues publiques et soient transparentes », précise Abdel Rahman Bizri, président du comité scientifique de la campagne de vaccination. « L’objectif est de vacciner le plus grand pourcentage de la population le plus rapidement possible », rappelle-t-il.

Le ministère de la Santé a mis en place un comité spécial pour régir les importations de vaccins par le secteur privé. Abdel Rahman Bizri, qui siège dans ce sous-comité, souligne que le secteur privé a montré un « vif intérêt » pour l’importation de vaccins. Cet intérêt s’est notamment traduit par l’envoi au comité de demandes de permission d’importation de la part de plusieurs acteurs, parmi lesquels des ONG, des banques, mais aussi des institutions religieuses, comme la Ligue maronite.

« Au niveau public, le secteur de la santé a été affaibli par des années de mauvaises politiques, donc il n’est pas surprenant que le secteur privé s’implique activement », estime Nadeen Hilal, chercheuse en politique de la santé au Knowledge to Policy Center de l’Université américaine de Beyrouth, qui explique que « le gouvernement seul ne sera pas en mesure de répondre aux besoins en vaccins ».

Dans le cadre de la stratégie de vaccination contre le Covid-19, présentée fin janvier, toute entité privée souhaitant importer des vaccins ne peut le faire qu’après avoir obtenu l’approbation du comité. Les acteurs privés devront également s’assurer que toutes les personnes vaccinées par leurs soins s’étaient au préalable inscrites sur la plateforme dédiée, Impact, rappelle le docteur Bizri. Cela afin que les autorités sachent qui a été vacciné et puissent dès lors mesurer l’immunité collective.


Séance de vaccination au centre hospitalier LAU-Rizk, le 16 février. Mohamed Azakir/Reuters


Toujours hypothétique

Pour le moment, aucun des efforts du secteur privé pour importer les vaccins contre le Covid-19 au Liban ne s’est concrétisé. Aucun acteur n’est, jusqu’à présent, parvenu à conclure un accord et réserver des doses. « L’un des plus gros problèmes auxquels le secteur privé est confronté est de trouver les vaccins, sachant que la demande mondiale est très forte », explique le Dr Bizri.

En janvier, Pfizer avait annoncé la réduction de la production dans son usine belge, ce qui a entraîné des pénuries aux Émirats arabes unis et en Europe. Une pénurie de vaccins AstraZeneca a également provoqué des tensions diplomatiques entre l’UE et le Royaume-Uni. Quoi qu’il en soit, Pfizer et AstraZeneca ont déclaré qu’ils ne concluraient des accords qu’avec les gouvernements directement, souligne Abdel Rahman Bizri.

Par conséquent, les importateurs ont jeté leur dévolu sur deux autres vaccins : le Spoutnik V de fabrication russe et le chinois Sinopharm. Le comité national pour la vaccination contre le Covid-19 a approuvé l’utilisation en urgence du vaccin Spoutnik V début février, tandis que des discussions sur le vaccin Sinopharm devaient avoir lieu sous peu.

L’option Spoutnik V avait, dans un premier temps, été rejetée car le vaccin avait été commercialisé avant les dernières étapes d’essai. Une étude récente, publiée dans la revue médicale britannique The Lancet, a néanmoins révélé une efficacité de 92 % contre le Covid-19, ce qui a contribué à le remettre dans la course. Quant au vaccin Sinopharm, il est actuellement administré aux Émirats arabes unis, où les essais locaux de phase trois ont montré qu’il était efficace à 86 %.

Question de priorités

Dans le secteur privé, chaque organisation a ses propres priorités et celles-ci peuvent diverger de la liste officielle des priorités établies dans le cadre de la stratégie de vaccination nationale, à savoir le personnel soignant, les personnes âgées et les personnes souffrant de comorbidités.

L’Association des industriels libanais est l’un des groupes qui explorent la possibilité d’obtenir les vaccins Spoutnik V ou Sinopharm pour vacciner les quelque 195 000 personnes qui travaillent dans les usines libanaises, selon Ziad Bekdache, vice-président de l’association. « Nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement, dit-il. C’est pourquoi la plupart des acteurs du secteur privé cherchent de leur côté. » L’association s’adresse donc à ses quelque 850 membres pour évaluer l’intérêt des propriétaires d’usine à acheter le vaccin pour leur personnel. Si un accord est conclu, les propriétaires assumeront le coût du vaccin pour leurs employés, indique Ziad Bekdache, et éventuellement pour leurs familles également. « C’est un bon investissement pour maintenir le fonctionnement des usines », ajoute-t-il.

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Dans le cadre du plan gouvernemental pour rouvrir les entreprises et commerces libanais en quatre étapes, les usines sont tenues de se conformer à des exigences de sécurité strictes, telles que limiter la capacité à 30-50 % et tester régulièrement les employés. La fermeture des industries lors du dernier confinement a été critiquée en raison des pertes importantes que ce bouclage a infligées à un secteur essentiel de l’économie libanaise.

Les députés Fouad Makhzoumi et Michel Daher ont aussi annoncé travailler à l’importation de vaccins à destination des communautés défavorisées par le biais de leurs fondations caritatives respectives. Une annonce qui a suscité des critiques, certains y voyant un moyen d’exploiter les vaccins à des fins de clientélisme politique. « Non seulement il s’agit là de mauvaises pratiques politiques en général, mais il s’agit aussi d’une mauvaise politique de santé publique », s’indigne Georges Ghanem.

Middle East Airlines, la compagnie aérienne nationale, étudie également la possibilité de faire vacciner son personnel, a déclaré son PDG Mohammad el-Hout, suivant l’expérience de la compagnie aérienne Emirates, qui a commencé à vacciner son personnel de cabine et ses pilotes le mois dernier.

En ce qui concerne le centre hospitalier LAU-Rizk, tout accord pour obtenir des vaccins permettrait à l’université d’offrir des vaccinations gratuites au personnel et aux étudiants, déclare Georges Ghanem. « Et si nous en avons plus, nous vaccinerons les parents », ajoute-t-il.

Ces différents ensembles de priorités ne semblent pas poser problème au ministère de la Santé. « Alors que les vaccins provenant du ministère de la Santé seront administrés conformément aux directives recommandées par le comité scientifique de la campagne de vaccination, précise le Dr Bizri, ceux provenant du secteur privé… seront distribués selon les besoins définis par ceux qui les ont importés. »

Pour Nadeen Hilal, cela signifie que le Liban ne se conformerait pas au « principe de l’équité vaccinale » et « que les groupes prioritaires seraient lésés ».

Si le comité spécialisé du ministère de la Santé peut établir un système d’importations pour le secteur privé, une stratégie globale n’a toujours pas été élaborée. « Une bonne communication entre tous les acteurs est indispensable ; sinon, nous pourrions nous retrouver dans une situation où seuls les privilégiés obtiennent le vaccin, ou bien encore voir l’émergence d’un marché noir » de la vaccination, avertit Georges Ghanem. Nadeen Hilal ne dit pas autre chose : « Une relation complémentaire entre les deux secteurs est essentielle, ainsi qu’une surveillance étroite et une transparence totale. »

(Cet article a été originellement publié en anglais sur le site de L’Orient Today le 12 février 2021)


D’ici à la fin de l’année, le ministère libanais de la Santé espère vacciner jusqu’à 80 % de la population contre le Covid-19. Les doses commandées ne couvrant que la moitié de la population, le secteur privé doit entrer dans l’équation pour combler les manques. Une option que le ministère accueille à bras ouverts.
« Le nombre de doses commandées par le...

commentaires (4)

Mais de quoi parlez-vous? Le vaccin russe Sputnik est déjà importé au Liban en privé, et en catimini, et je connais au moins 2 familles bien nanties qui l’ont déjà pris et administré à tous les membres de leurs familles? Au prix fort, peut-être, mais qui s’en fout quand vous avez les moyens et que vous êtes bien connecté....Cessons de nous gargariser de belles paroles en s’imaginant qu’il n’y aura pas de discrimination et de pistons pour les vaccins....Le hic dans l’histoire, c’est comment on a pu introduire déjà ces produits sans l’accord du ministère de la santé!....Allez c’est comme ça au Liban, ça a toujours été pareil, et rien ne changera, hélas!

Saliba Nouhad

02 h 24, le 21 février 2021

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Commentaires (4)

  • Mais de quoi parlez-vous? Le vaccin russe Sputnik est déjà importé au Liban en privé, et en catimini, et je connais au moins 2 familles bien nanties qui l’ont déjà pris et administré à tous les membres de leurs familles? Au prix fort, peut-être, mais qui s’en fout quand vous avez les moyens et que vous êtes bien connecté....Cessons de nous gargariser de belles paroles en s’imaginant qu’il n’y aura pas de discrimination et de pistons pour les vaccins....Le hic dans l’histoire, c’est comment on a pu introduire déjà ces produits sans l’accord du ministère de la santé!....Allez c’est comme ça au Liban, ça a toujours été pareil, et rien ne changera, hélas!

    Saliba Nouhad

    02 h 24, le 21 février 2021

  • INTEGRER LE SECTEUR PRIVE DANS L,IMPORTATION DES VACCINS DU COVID C,EST OUVRIR LA VOIE A L,EXPLOITATION BARBARE DES CITOYENS.

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION

    19 h 21, le 20 février 2021

  • Yaani meme si Dieu le Pere descendait aider les libanais, il y aurait quand meme a redire par des critiques super intelligens/tes. Mais bon , passons. il reste une question omise dans cet article ( ?? ): combien ces institutions privees feront elles payer le vaccin ? question omise pour quelle raison ?

    Gaby SIOUFI

    11 h 31, le 20 février 2021

  • Cette phobie de voir les privilegiés se faire vacciner par le secteur public est mal placée. Tant que les vaccinations des personnes vulnerables est assurée par l etat en priorité il vaut mieux profiter de l'argent des riches et les vacciner en leur faisant payer une "taxe vaccin tot" et uttiliser leur argent pour vacciner les moins riches sans prendre plus de dettes. Vaccinez 100,000 riches a 100dollars frais chacun. Faites 10millions de dollars. Et achetez avec cette somme des vaccins pour vacciner plus vite les pauvres! Profiter de cette opportunité devrait aller au secteur public, pas a quelques importateurs privés!!!

    Le Liban d'abord

    09 h 24, le 20 février 2021

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