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Économie - Confinement

Les industriels soumis au bon vouloir de Diab

Les industriels attendent la mise en place d’une page consacrée aux autorisations pour leur secteur sur la plate-forme électronique gouvernementale dédiée aux permis de sortie pendant le bouclage.


Les industriels soumis au bon vouloir de Diab

En qualifiant l’exportation de non prioritaire, le Premier ministre sortant, Hassane Diab, prend le risque de faire tomber l’économie libanaise au plus bas. Photo PHB (capture d’écran)

Soumis aux règles strictes du nouveau confinement entamé le 14 janvier dernier et prolongé jusqu’au 8 février prochain, dans le but d’enrayer la recrudescence du Covid-19, les industriels libanais se sont fortement mobilisés ces derniers jours pour obtenir des mesures aménagées pour leur secteur, en brandissant le spectre « d’une catastrophe économique pire que celle dans laquelle le Liban se trouvait déjà » avant le bouclage, selon les termes de Paul Abi Nasr, membre de l’Association des industriels libanais (AIL).

Contacté par L’Orient-Le Jour, ce dernier a indiqué que le Premier ministre sortant, Hassane Diab, avait accepté, sous l’impulsion du ministre sortant de l’Industrie, Imad Hoballah, et des représentants du secteur, d’intégrer sur la plate-forme électronique gouvernementale dédiée aux permis de sortie en période de confinement une nouvelle page sur laquelle chaque usine pourra solliciter une autorisation pour rouvrir ses portes.

Ces requêtes, soumises à certaines conditions – être engagé par un contrat avec des partenaires internationaux, ne pas techniquement pouvoir mettre sa production en pause trop longtemps, etc. – seront revues par le ministère de l’Industrie pour une première approbation avant d’être renvoyées au bureau de Hassane Diab qui aura le dernier mot. « Le ministre de l’Industrie a insisté pour que chaque dossier envoyé soit uniquement revu par son ministère mais Hassane Diab a refusé », a expliqué Ziad Beckdash, vice-président de l’AIL, à L’Orient-Le Jour.

Réunis virtuellement dimanche en présence de Imad Hoballah, les représentants industriels avaient déjà souhaité que cette plate-forme soit mise en ligne au plus vite, a priori « aujourd’hui ou demain », selon l’AIL. « Il faudra surtout que ça marche », a souligné Paul Abi Nasr, qui dénonce les mesures « uniques au monde » prises par le gouvernement libanais face à la pandémie.

Scepticisme ambiant

Majoritairement fermées jusqu’à maintenant, les propriétaires d’usines fabriquant des produits de base (produits alimentaires et médicaux, imprimerie, nylon, etc.), ou dont la production est totalement ou en partie destinée à être exportée, ou encore celles dont les processus de fabrication sont continus (aluminium, ciment, machines de refroidissement, etc.) demandent à être exemptées du bouclage selon un modus operandi proposé par l’AIL au Premier ministre sortant. « Nous demandons une exemption par nom de compagnie et non une ouverture totale », a clarifié Paul Abi Nasr.

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La problématique est particulièrement impérieuse pour les entreprises qui exportent dans la mesure où elles sont pourvoyeuses de devises dans une économie qui en manque cruellement et qu’elles risquent de perdre tout ou partie de leur clientèle si l’État ne leur permet pas d’honorer leurs commandes. Un paramètre que le Premier ministre ne juge étonnamment pas prioritaire, selon des propos rapportés par Ziad Beckdash et Paul Abi Nasr. Une position inédite, voire inquiétante, compte tenu des modalités des périodes de confinement ailleurs dans le monde. « En France, ce sont les autorités gouvernementales qui ont demandé aux industries de ne pas fermer », fait remarquer Paul Abi Nasr. Au Liban, l’industrie pèse actuellement 14 % du PIB (en forte baisse sur l’exercice 2020) et représente 93 % des exportations libanaises (soit 3,17 milliards de dollars par an).

Concernant la plate-forme, l’AIL relève que les usines de production agro-alimentaire, de médicaments et d’emballages devraient, sauf surprise, être privilégiées dans l’application de ce nouveau mécanisme de dérogation. Mais le scepticisme quant au bon fonctionnement de la plate-forme au niveau logistique et, surtout, quant aux accords d’exemption par le gouvernement règne. « Compte tenu de la teneur des discussions avec le gouvernement jusqu’ici, on ne s’attend pas à ce que nos demandes soient acceptées », selon Paul Abi Nasr. « Cela reste mieux que rien », temporise Ziad Beckdash.

Rupture de stock

Au bord d’un puits sans fond depuis un an et demi, l’économie libanaise risque de s’y précipiter définitivement si l’approche du gouvernement dans sa lutte contre la pandémie n’est pas remaniée, jugent encore les industriels. « Nous demandons simplement une approche plus ciblée », explique Paul Abi Nasr, rappelant que les restaurants et les supermarchés qui ont la permission de livrer à domicile fonctionnent aujourd’hui comme une usine, c’est-à-dire sans ouverture au public et en appliquant les mesures de prévention contre le virus. « Les contaminations y sont donc traçables et plus contrôlables. »

Estimant les pertes accumulées jusqu’ici déjà lourdes, surtout pour les entreprises qui exportent, Paul Abi Nasr appréhende le moment du bilan qui ne pourra se faire qu’après le bouclage. « On perd de l’argent pour rien et ce sera difficile de s’en sortir à la fin du confinement », a-t-il regretté. Il considère enfin acquis que le secteur fera face à des ruptures de stocks au moment de la réouverture, espérant qu’elle soit bien maintenue au 8 février.


Soumis aux règles strictes du nouveau confinement entamé le 14 janvier dernier et prolongé jusqu’au 8 février prochain, dans le but d’enrayer la recrudescence du Covid-19, les industriels libanais se sont fortement mobilisés ces derniers jours pour obtenir des mesures aménagées pour leur secteur, en brandissant le spectre « d’une catastrophe économique pire que celle dans...

commentaires (4)

On ne peut pas faire mieux pour enfoncer encore plus le pays dans ce gouffre sans fond. Aucun professionnalisme, aucune vue à long terme. Nous sommes maudits par ces incapables qui n’ont trouvé rien de mieux que de lâcher la corde durant la période des fêtes. Bande de criminels

Joumana Khalife

20 h 49, le 26 janvier 2021

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Commentaires (4)

  • On ne peut pas faire mieux pour enfoncer encore plus le pays dans ce gouffre sans fond. Aucun professionnalisme, aucune vue à long terme. Nous sommes maudits par ces incapables qui n’ont trouvé rien de mieux que de lâcher la corde durant la période des fêtes. Bande de criminels

    Joumana Khalife

    20 h 49, le 26 janvier 2021

  • Comment réussir à achever le pays? Voilà le dernier maillon de la chaîne qui sous prétexte de sauver les citoyens du virus tue son économie pour ne plus le revoir se relever le jour où il sera débarrassé du virus. Il faut creuser pour savoir qui est derrière ces décisions irresponsables et le condamner pour incompétence et abus du pouvoir sans parler de trahison suprême.

    Sissi zayyat

    11 h 36, le 26 janvier 2021

  • A voir les 97% d’accomplissements (injazat !!!) que le premier ministre a prétendu avoir fait en un mois, souvenez-vous, on peut dormir tranquilles !!!!

    Nadim Emile Melki

    11 h 25, le 26 janvier 2021

  • A quoi donc doit servir un ministre de l'industrie, si on ne lui permet pas d'appliquer ses décisions ? Juste â décorer de sa présence les séances ? On aimerait aussi savoir si le premier ministre est en plus ministre de l'industrie...??? - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 06, le 26 janvier 2021

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