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Culture - Hommage

On vous disait grognon...

On vous disait grognon...

Jean-Pierre Bacri sur scène dans la pièce « Schweyk » de Bertolt Brecht au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 2005. Bertrand Guay/AFP

Jean-Pierre Bacri, vous manquerez énormément au cinéma français… On vous disait bougon et grognon, ce qui vous déplaisait énormément. En fait, vous n’étiez que réaliste, voire réel et vrai. Vous détestiez qu’on catégorise les gens, qu’on les limite à certaines caractéristiques, qu’on les enferme, qu’on les confine. Ainsi, vous auriez certainement détesté voir tous ces titres, après votre départ, vous décrivant comme « le râleur préféré des Français ». Et vous auriez certainement détesté qu’on vous déifie après votre mort. Votre démarche dans la vie était la même que dans vos films en tant que coscénariste avec Agnès Jaoui, votre partenaire de vie et de travail – même si elle n’était devenue ces derniers temps que votre partenaire de travail –, mais aussi en tant qu’acteur. Vous vous arrogiez le droit de pleurer quand bon vous semblait, et pas si la caméra vous l’imposait, d’exprimer à haute voix vos blessures et vos échecs (Cuisine et dépendances et Un air de famille) car, disiez-vous dans une interview : « Pour moi, un être humain, c’est du désarroi sur pattes. » Vous ne vouliez pas faire comme les autres, être comme les autres ; avoir leurs goûts, suivre les modes, les bandes d’amis, parce que cela vous confortait dans la vie. Vous étiez contre l’exclusion et les préjugés (Le goût des autres ). Vous étiez vrai, vous n’aimiez pas les faux-semblants, les feintes dans la vie et vous aviez le respect des autres, quelle que soit sa classe, son origine. On dit que c’est votre père qui vous a appris à « respecter autant les balayeurs que les présidents ». Bougon ? J’en doute très fort car le bougon n’est pas créatif, inventif. Vous étiez tout le contraire. Vous étiez fantaisiste quand vous le vouliez – donner la réplique à un canin dans la peau d’un homme (Didier) avec autant de réalisme, il faut le faire ! – et vous aviez tellement Le sens de la fête.

Avec Agnès Jaoui, vous aviez formé, selon la formule d’Alain Resnais, les « Jabac », une seule personne, tant et si bien que la réalisation se mariait à l’écriture. Une écriture ciselée mais aussi taillée au couteau sans jamais être moralisatrice. Telle était votre démarche dans la vie. Autant que dans votre travail. En 1997, lorsque vous décrochiez le César du meilleur scénario original pour le film Un air de famille – et ce n’était pas la première fois, puisque vous aviez été primé en 1994 pour l’écriture de Smoking/No Smoking –, vous aviez donné un discours qui révélait votre profond sens de l’humour. « Moi, cette année, je n’ai pas de revendications. Je suis content de tout, j’aime la société dans laquelle je suis, je ne vois pas de danger qui nous menace », disiez-vous avec cette ironie qui allait si bien avec votre sourcil en circonflexe. « Le cinéma, la politique, tout ça... Non, je ne vois pas. Je crois que je suis tout simplement en train de me faire bouffer par le système. »

Vous étiez tout ça, monsieur Bacri. Vous ne jouiez pas de rôle dans la vie. Vous étiez la vie.


Jean-Pierre Bacri, vous manquerez énormément au cinéma français… On vous disait bougon et grognon, ce qui vous déplaisait énormément. En fait, vous n’étiez que réaliste, voire réel et vrai. Vous détestiez qu’on catégorise les gens, qu’on les limite à certaines caractéristiques, qu’on les enferme, qu’on les confine. Ainsi, vous auriez certainement détesté voir tous ces...

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