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Combien vaut une vie libanaise ?

«Un des pires moments de ma carrière : la Croix-Rouge a laissé devant les portes de l’hôpital un patient Covid dans un état critique alors que notre établissement, saturé, ne pouvait l’accueillir », écrivait hier sur Twitter une femme travaillant dans un hôpital libanais. La veille, c’est le directeur de l’hôpital gouvernemental de Bouar qui expliquait à la MTV que son personnel soignant était contraint de traiter certains patients dans leur voiture. Le même jour, une jeune femme ne trouvant pas d’oxymètre pour sa mère malade en était réduite à tenter sa chance sur WhatsApp auprès de ses amis.

En ce début d’année, la vague de contaminations au coronavirus qui déferle sur le Liban a balayé les quelques vœux sonnant faux, rapidement remplacés par des appels à l’aide et des témoignages oscillant entre stupéfaction et désespoir.

Une situation qui alimente le grand jeu des renvois de responsabilités.

La Croix-Rouge a-t-elle le droit de lâcher des malades aux portes d’un énième hôpital saturé, se demandent les uns. La Croix-Rouge a-t-elle le choix, répondent les autres.

Pendant ce temps, le ministre de la Santé pointe du doigt les hôpitaux refusant de coopérer avec son ministère pour dégager des lits en soins intensifs à destination des patients Covid. Ce à quoi les hôpitaux, privés mais également publics, répondent qu’ils attendent toujours que l’État honore ses lourds arriérés de paiements. Et quand le ministère des Finances se résout à délier, un peu, les cordons de la bourse, c’est pour s’acquitter de montants dus au titre de 2019. En livres libanaises. Alors que depuis, ladite livre a perdu 80 % de sa valeur.

Quant aux importateurs de matériel médical, ils annonçaient, à l’ouverture de 2021, leur intention de ne plus livrer d’équipements importés qu’après le remboursement par la Banque centrale de ce qu’elle doit, selon les termes de sa propre circulaire posant les modalités de subvention du secteur. Jusque-là, les importateurs importaient, dédouanaient et vendaient des équipements sans attendre que la BDL, très en retard dans ses paiements, se mette en règle. Laquelle BDL élude dans les grandes largeurs, tandis qu’elle arrive au bout de ses réserves.

Du côté des responsables du secteur médical, l’on dénonce, depuis des semaines, l’indécence de certains Libanais, notamment lors des fêtes de fin d’année, mais aussi et surtout l’irresponsable décision du gouvernement de relâcher toutes les mesures anti-Covid à cette période. Un relâchement dont nous payons le prix aujourd’hui.

Ce relâchement, le gouvernement l’a justifié par la nécessité d’alléger le poids de la crise économique sur certains secteurs, à commencer par celui de l’hospitalité et de la restauration.

Lequel secteur de la restauration estime aujourd’hui que la « stratégie » de stop and go qu’applique le gouvernement pour tenter, en vain, de contenir la pandémie, non seulement ne fonctionne pas, mais finit par l’épuiser, de fermetures en réouvertures, plutôt que le soutenir.

En fin de compte, on sait ce qui pourrait vraiment aider les restaurateurs libanais, les importateurs de matériel médical, les directeurs d’hôpitaux en général et celui de Bouar en particulier, les secouristes de la Croix-Rouge, la jeune femme cherchant un oxymètre pour sa mère et celle travaillant dans un hôpital : la formation d’un gouvernement et le lancement des réformes structurelles identifiées depuis des lustres comme indispensables au relèvement du Liban et au lancement de discussions sérieuses avec le FMI et les bailleurs de fonds internationaux. Pour qu’une aide sérieuse, enfin, parvienne au Liban.

Cinq mois. Nous avons perdu cinq mois depuis la démission du cabinet Diab. Cinq mois de bras de fer et de tractations stériles, cinq mois passés par les uns et les autres à défendre des intérêts étriqués pendant que tout un pays se noie, cinq mois durant lesquels un certain nombre de leaders politiques ont prouvé, ad nauseam, à quel point ils étaient totalement incapables de s’élever à la hauteur des enjeux.

Aujourd’hui, ces cinq mois ont un coût, et ce coût se compte aussi en vies.


«Un des pires moments de ma carrière : la Croix-Rouge a laissé devant les portes de l’hôpital un patient Covid dans un état critique alors que notre établissement, saturé, ne pouvait l’accueillir », écrivait hier sur Twitter une femme travaillant dans un hôpital libanais. La veille, c’est le directeur de l’hôpital gouvernemental de Bouar qui expliquait à la MTV que...

commentaires (3)

Ils cherchent par tous les moyens à anéantir le peuple et on les laisse faire. On peut mourir avec sa dignité ou lâché sur un trottoir faute de soins. Le choix revient aux libanais qui continuent à accepter qu’on leur impose une mort certaine sans broncher et ils se réjouissent de notre couardise obéissance en nous menant droit en enfer comme ils l’ont promis il y a quelques mois. Rester les bras croisés ne résoudra pas notre problème. Loin de là, le virus est une arme supplémentaire pour eux pour arriver à leur fin. Une désobéissance civile doit être déclarée sans tarder par tout le peuple pour renverser la vapeur et changer la donne. Si nous ne nous révoltons pas personne ne viendra le faire à notre place et la mise à mort se poursuivra jusqu’au dernier libanais. Ainsi le Liban sera déclaré mort et ils auront gagné.

Sissi zayyat

10 h 53, le 11 janvier 2021

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Commentaires (3)

  • Ils cherchent par tous les moyens à anéantir le peuple et on les laisse faire. On peut mourir avec sa dignité ou lâché sur un trottoir faute de soins. Le choix revient aux libanais qui continuent à accepter qu’on leur impose une mort certaine sans broncher et ils se réjouissent de notre couardise obéissance en nous menant droit en enfer comme ils l’ont promis il y a quelques mois. Rester les bras croisés ne résoudra pas notre problème. Loin de là, le virus est une arme supplémentaire pour eux pour arriver à leur fin. Une désobéissance civile doit être déclarée sans tarder par tout le peuple pour renverser la vapeur et changer la donne. Si nous ne nous révoltons pas personne ne viendra le faire à notre place et la mise à mort se poursuivra jusqu’au dernier libanais. Ainsi le Liban sera déclaré mort et ils auront gagné.

    Sissi zayyat

    10 h 53, le 11 janvier 2021

  • Tragique

    Florence TRAULLE

    10 h 21, le 11 janvier 2021

  • nous avons bien perdu 5 mois.... mais nous avons gagne en jobran bassil un avenir prometteur. vraiment diriez vous ? ben oui les amis, le pti grand jobran nous prepare a devenir un etat souverain,moderne et economiquement florissant a une toute petite condition : lui assurer baabda et 6 ans plus tard a son fiston.rien que ca. une toute petite condition quoi.

    gaby sioufi

    09 h 58, le 11 janvier 2021