« Il est vraiment honteux que le désaccord tourne autour d’un nom ou d’un portefeuille ministériel ou sur la part du gâteau, le tiers de blocage alors que l’État s’effondre », a dénoncé le chef de l’Église maronite.
Le patriarche maronite, Béchara Raï, a réitéré hier son appel à une « réunion de réconciliation personnelle » entre le président de la République Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri, dans la continuité de la médiation qu’il mène depuis plusieurs semaines pour obtenir la formation d’un gouvernement qui se fait attendre.
« Les portefeuilles ministériels, les quotes-parts et la nomination des ministres sont-ils plus importants et plus précieux pour les responsables de la formation du gouvernement que le cri d’une mère qui ne trouve pas de quoi nourrir ses enfants ? Ou de la douleur d’un père qui ne trouve pas de travail pour subvenir aux besoins de sa famille ? D’un jeune homme blessé dans sa dignité parce qu’il n’a pas les moyens de payer son école et son université ? » s’est interrogé Mgr Raï. « Lorsque le président de la République nous a rendu visite jeudi dernier, nous avions convenu ensemble de la nécessité d’accélérer la formation d’un gouvernement de sauvetage, apolitique, qui mettrait en œuvre les réformes et s’attaquerait aux crises politique, économique, financière et sociale », a-t-il poursuivi.
Enchaînant les questions, le prélat a élevé le ton contre les responsables : « Les obstacles internes et externes à la sauvegarde du Liban et à la relance de l’État de droit ne sont-ils pas encore levés ? Pourquoi tenir autant à lier ce sauvetage au jeu des nations et des axes ? Quelle est la valeur d’un gouvernement de spécialistes si son indépendance et ses capacités sont mises de côté au profit de ministres choisis par un parti et qui ne seraient pas à la hauteur de la responsabilité qui leur incombe ? Quelle valeur ont la neutralité, l’impartialité, la transparence et l’intégrité si les portefeuilles concernés par la lutte contre la corruption et la poursuite des corrompus sont détenus par des ministres représentant les forces politiques ? » s’est-il encore demandé. « Toutes ces questions graves nous obligent à renouveler l’invitation adressée au président de la République et au Premier ministre désigné pour qu’ils tiennent une réunion de réconciliation personnelle, au cours de laquelle ils renouvelleraient la confiance exigée, et qui devrait déboucher sur la formation d’un gouvernement, conformément au texte et à l’esprit de la Constitution », a-t-il poursuivi.
« Il est vraiment honteux, pour ne pas dire criminel, que le désaccord tourne autour d’un nom ou d’un portefeuille ministériel par-ci, par-là ou sur la part du gâteau, la manœuvre du tiers (de blocage), et j’en passe, alors que l’État s’effondre quasi intégralement, sans que nous sachions quoi faire pour arrêter ce suicide », a dénoncé le chef de l’Église maronite. « Nous sommes conscients des difficultés rencontrées dans les efforts pour former un gouvernement, mais les grandes difficultés exigent une attitude héroïque. Aux responsables et aux hommes politiques, nous disons : “Profitez de ce que la tempête populaire se soit tassée pour agir et éviter qu’elle ne se lève de nouveau. Le peuple patiente mais n’oublie pas” », a averti Béchara Raï.


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18 h 32, le 11 janvier 2021