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Les dix heures qui ont secoué les États-Unis

Les dix heures qui ont secoué les États-Unis

Les partisans de Donald Trump à l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Samuel Corum/Getty Images/AFP

L’insurrection de mercredi au Capitole, à Washington, n’aura pas eu le même effet que l’assaut du palais d’Hiver de 1917, c’est certain. La foule de partisans encouragée par le président Donald Trump à marcher sur le Capitole américain, lors d’un rassemblement à proximité, a réussi à interrompre une session conjointe du Congrès pour confirmer le vote du collège électoral en faveur du président élu Joe Biden. Mais les législateurs s’acquitteront quand même de leur devoir constitutionnel et l’investiture de Biden aura bien lieu le 20 janvier.

Les insurgés étaient loin d’être aussi disciplinés que les soldats et marins révolutionnaires armés qui formaient les cadres bolcheviques de Lénine. La plupart étaient des « guerriers du week-end » bedonnants, d’âge moyen et à la casquette rouge, qui voulaient autant un bon « selfie » de la rotonde du Capitole que renverser le gouvernement américain et installer une sorte de dictature Trump au pouvoir. C’était, comme l’a dit un commentateur, un « putsch de buveurs de bières ».

Mépris ostentatoire

Pour autant, les actions des insurgés, aussi pathétiques qu’elles soient, auront des implications sur l’image de l’Amérique et sa position dans le monde. Pour la première fois dans l’histoire du pays, un président sortant vaincu incite une foule à faire pression sur le Congrès afin de violer la Constitution américaine et le maintenir au pouvoir. Aidé et encouragé par la presse droitière et la base républicaine, les quatre années de mépris ostentatoire de Trump pour les valeurs, les institutions et les normes démocratiques ont donné précisément ce qu’il a toujours voulu : une révolte nihiliste et anarchique contre les « élites », menée par ces « perdants » qu’il a intégrés dans son camp. Les émeutiers ont fait irruption dans les chambres du Sénat et de la Chambre des représentants en brisant des vitres et marchant sur la police du Capitole, forçant les membres du Congrès et leur personnel à évacuer les lieux. Bilan : quatre morts et une vingtaine de blessés.

Le commentaire d'Anthony SAMRANI

De l’idiocratie en Amérique (et ailleurs)

Trump partage néanmoins avec Lénine – ou Napoléon 1er et tous ceux qui ont fomenté un coup d’État contre un gouvernement en exercice – un certain mépris pour l’État de droit et les dirigeants politiques qui l’ont précédé. Comme Lénine, Trump n’aime pas les normes qui visent à limiter l’exercice du pouvoir et a donc peu de tolérance pour la culture du compromis qui sous-tend les régimes représentatifs. Et, comme Lénine, il a une capacité certaine à flairer les faiblesses – non seulement celle du régime contesté, mais aussi celles de son entourage servile, dont certains membres ont violé pour lui le serment qu’ils ont prêté. Il reste que les régimes auxquels étaient confrontés Lénine, Napoléon, Mussolini et Franco étaient non seulement faibles, mais moribonds : d’une certaine manière, la plupart des putschistes les plus célèbres de l’histoire n’ont eu qu’à enfoncer des portes ouvertes.

À en juger par son comportement ces dernières semaines, Trump semble avoir conclu qu’il se trouvait dans une situation similaire. Il considérait qu’après quatre années de diatribes contre elles, les institutions représentatives américaines n’auraient pas eu la volonté de se défendre. Comment expliquer autrement ses efforts auprès des élus d’Arizona, du Michigan et de Géorgie pour « retrouver » les votes qui auraient garanti sa victoire ?

Défi

Au lieu de considérer leurs refus répétés comme un signe que la République américaine n’était pas encore prête à tomber, Trump s’est concentré sur le fait qu’il n’avait payé aucun prix pour ses efforts visant à subvertir les processus et institutions démocratiques américaines au cours des quatre dernières années. N’ayant subi aucune conséquence jusqu’à présent, pourquoi ne continuerait-il pas à pousser jusqu’à ce que le système s’écroule complètement ?

Après tout, le triste spectacle de Capitol Hill a également été nourri par des parlementaires républicains tels que les sénateurs Ted Cruz du Texas, Josh Hawley du Missouri et d’autres membres du lobby républicain à la Chambre. Tous avaient ouvertement manifesté leur intention de s’opposer aux votes dûment certifiés par les gouvernements des États. En validant les théories du complot paranoïaques sur la « fraude électorale », ce sont eux qui ont fourni à Trump l’élan pour haranguer la foule.

Mais cette « faction séditieuse » n’est pas la seule en cause. Pendant quatre ans, le chef de file de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, et le reste du Parti républicain ont détourné le regard alors que Trump dégradait la présidence américaine. Après avoir voté (à l’exception de Mitt Romney, NDLR) l’acquittement lors de la procédure d’« impeachment » lancée en 2019 par la Chambre des représentants, les sénateurs républicains ont peu à peu donné du crédit à ses allégations de fraude électorale. Et mercredi, alors que la foule s’approchait du Capitole, McConnell a continué de prétendre que ce sont les démocrates qui ont sapé la démocratie américaine en premier. De même, la sénatrice Susan Collins du Maine, qui a exprimé pendant des années sa « préoccupation » quant au comportement de Trump, n’a opposé aucune résistance alors qu’il menait la guerre contre les institutions américaines tout au long de son seul et unique mandat.

Ces politiciens lâches vivront dans l’infamie, mais il en sera de même pour tous les journalistes de la chaîne de télévision Fox News (et son propriétaire, Rupert Murdoch) qui a relayé les mensonges de Trump. Le même sort attend les dirigeants des plates-formes de réseaux sociaux – en particulier le PDG de Facebook Mark Zuckerberg – qui ont fait office de relai pour la désinformation et le mensonge.

L’Amérique se trouve désormais confrontée à un phénomène inédit depuis Abraham Lincoln : le rejet de l’ordre constitutionnel par une part importante de l’électorat. Et tandis que les adversaires des États-Unis suivaient les événements du 6 janvier avec enthousiasme, leurs nombreux amis et alliés du monde entier étaient consternés. Comme Lincoln, Biden devra maintenant relever ce défi existentiel. Une chose est déjà certaine : l’insurrection trumpienne ne sera pas apaisée par des discours pacifistes invitant à « passer à autre chose » sans demander des comptes aux coupables. Pour Trump et le Parti républicain, ce proverbe biblique prend désormais tout son sens : « Qui oriente mal sa maison l’expose au vent. »

Copyright : Project Syndicate, 2020.

Professeure d’affaires internationales à la New School (New York). Dernier ouvrage : « In Putin’s Footsteps » (avec Jeffrey Tayler, St Martin’s Press, 2019).


L’insurrection de mercredi au Capitole, à Washington, n’aura pas eu le même effet que l’assaut du palais d’Hiver de 1917, c’est certain. La foule de partisans encouragée par le président Donald Trump à marcher sur le Capitole américain, lors d’un rassemblement à proximité, a réussi à interrompre une session conjointe du Congrès pour confirmer le vote du collège électoral...

commentaires (4)

Mme la professeure, votre analyse des evenements et de la situation actuelle est honnête et excellente. Le danger d’avoir un president megalomane et sans valeurs ethiques n’etait peut-etre pas clair au debut de son mandat, mais a ete revelé a travers les dernieres quatres années. Malheureusement, beaucoup d’Americains avec des tendances xenophobiques et souvent racistes l’ont encouragé, et d’autres ont été leurrés. Pretendre que ces energumènes sont des simples manifestants, c’est du “Fake News”. Et pour clarifier: un policier du Capitole est decedé des ses blessures; la femme “abattue” (peut-etre par ce policier même) faisait partie d’une dizaine d’émeutiers a l’interieur du Capitole qui essayait de demolir une porte d’accès, et quand ils ont reussi a brisé une fenêtre de la porte, elle a decidé de plonger a travers cette fenêtre: tout enregistré sur une video de telephone portable.

Athanassiou, Alex

00 h 01, le 11 janvier 2021

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Commentaires (4)

  • Mme la professeure, votre analyse des evenements et de la situation actuelle est honnête et excellente. Le danger d’avoir un president megalomane et sans valeurs ethiques n’etait peut-etre pas clair au debut de son mandat, mais a ete revelé a travers les dernieres quatres années. Malheureusement, beaucoup d’Americains avec des tendances xenophobiques et souvent racistes l’ont encouragé, et d’autres ont été leurrés. Pretendre que ces energumènes sont des simples manifestants, c’est du “Fake News”. Et pour clarifier: un policier du Capitole est decedé des ses blessures; la femme “abattue” (peut-etre par ce policier même) faisait partie d’une dizaine d’émeutiers a l’interieur du Capitole qui essayait de demolir une porte d’accès, et quand ils ont reussi a brisé une fenêtre de la porte, elle a decidé de plonger a travers cette fenêtre: tout enregistré sur une video de telephone portable.

    Athanassiou, Alex

    00 h 01, le 11 janvier 2021

  • Mme la professeure, votre analyse des evenements et de la situation actuelle est honnête et excellente. Le danger d’avoir un president megalomane et sans valeurs ethiques n’etait peut-etre pas clair au debut de son mandat, mais a ete revelé a travers les dernieres quatres années. Malheureusement, beaucoup d’Americains avec des tendances xenophobiques et souvent racistes l’ont encouragé, et d’autres ont été leurrés. Pretendre que ces energumènes sont des simples manifestants, c’est du “Fake News”. Et pour clarifier: un policier du Capitole est decedé des ses blessures; la femme “abattue” (peut-etre par ce policier même) faisait partie d’une dizaine d’émeutiers a l’interieur du Capitole qui essayait de demolir une porte d’accès, et quand ils ont reussi a brisé une fenêtre de la porte, elle a decidé de plonger a travers cette fenêtre: tout enregistré sur une video de telephone portable.

    Athanassiou, Alex

    20 h 52, le 10 janvier 2021

  • Le mot "insurgé" me semble exagéré. Il suggère une révolution, une tentative de coup d'état. On n'a pas vu arriver une troupe en armes. Les termes "manifestants", à l'extrême rigueur "émeutiers" seraient plus conformes à la réalité - et à l'honnêteté. Par ailleurs, on mentionne quatre victimes, sans mentionner le fait qu'elles se trouvent dans le rang des manifestants. Si les circonstances de leur mort ne sont pas toujours claires, il y a au moins le cas de cette femme abattue par un policier, quasiment à bout portant.. (je mentionnais ce fait dans une précédente réaction qui, mystérieusement, a été censurée!)

    Yves Prevost

    06 h 55, le 10 janvier 2021

  • ""N’ayant subi aucune conséquence jusqu’à présent, pourquoi ne continuerait-il pas à pousser jusqu’à ce que le système s’écroule complètement ? "" CELA VS RAPPELLE T IL QUELQUE CHOSE ET QUELQUE UNS QUELQUE PART ? MOI CA ME RAPPELLE NOS TRES -TROP CHERS MAFIEUX KELLON.

    gaby sioufi

    14 h 17, le 09 janvier 2021