Rechercher
Rechercher

Société - Criminalité

Face à la léthargie de l’État, le spectre de l’autosécurité plane sur Zahlé

Pour le député Georges Okaïs, le droit à la défense est légitime quand les autorités s’affichent aux abonnés absents.

Face à la léthargie de l’État, le spectre de l’autosécurité plane sur Zahlé

Une vue de Zahlé, chef-lieu de la Békaa. Danièle Khayat/photo d’archives

La ville de Zahlé a récemment été le théâtre de plusieurs vols et cambriolages ayant sérieusement mis en péril la sécurité de la région et ravivé les appels à l’autosécurité.

Une dizaine de jours après le cambriolage d’un restaurant dans la ville, une attaque similaire a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, ciblant cette fois-ci une pharmacie dont le propriétaire a été agressé et blessé par des inconnus. Ces derniers n’ont pas hésité à voler la voiture d’un client qui se trouvait sur les lieux…

Il n’est pas surprenant que ce genre de crimes suscite la colère, voire l’indignation, des personnalités politiques de la ville, perçue comme la capitale de la Békaa. Sauf que les réactions à l’incident survenu dans la nuit de lundi à mardi ont pris une tournure éminemment politique et pavé la voie à des interrogations autour d’un éventuel recours à l’autosécurité. Et il va sans dire qu’il s’agirait là d’une nouvelle image de la « décadence de l’État », pour reprendre les termes de Michel Daher, député de Zahlé.

Bien au-delà des appels à ce que la sécurité soit rétablie à Zahlé le plus rapidement possible, certains parlementaires ont tenu à assurer que les habitants de la ville peuvent bien prendre leur sécurité en main, tant que les autorités manquent à leurs devoirs sur ce plan.

L'édito de Issa Goraïeb

Les zéros de 2020

C’est notamment le cas de César Maalouf, député des Forces libanaises. « Les agressions et vols enregistrés à Zahlé sont inacceptables à tous les niveaux. Et au vu du manquement de l’État à son devoir de veiller à la sécurité de Zahlé et de son caza, les jeunes et les plus âgés en sont les gardiens », a-t-il écrit sur son compte Twitter, ajoutant : « Il s’agit du dernier avertissement à l’adresse de ce qui reste de ce système en échec. Et il ne faudra pas nous blâmer si nous avons recours à l’autosécurité. »

Des régions où l’État est absent

C’est dans le même cadre que s’inscrit une position de Georges Okaïs, également député FL de Zahlé. « Nous n’allons pas être entraînés dans la discorde et l’isolement. Nous renouvelons notre respect aux dispositions des lois en vigueur et nous recourons aux forces de l’ordre pour qu’elles préservent notre sécurité », a-t-il écrit sur son compte Twitter. « Mais nous ne resterons pas les bras croisés si les attaques contre nous se poursuivent. Nous savons nous défendre », a ajouté le député.

Ces prises de position sont à analyser sous un angle politique dans la mesure où elles vont à l’encontre du combat que les FL, ainsi que les autres forces politiques présentes dans le caza de Zahlé, affirment mener. Il s’agit notamment de ce qu’elles perçoivent comme « la bataille pour édifier un État en bonne et due forme », alors qu’un recours à l’autosécurité pourrait bien réveiller les démons de temps révolus.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, Georges Okaïs tient à mettre les points sur les i. « Pas moins de dix vols ont été enregistrés pendant la nuit. Comment alors s’attendre à ce que les personnes lésées ne réagissent pas pour protéger leurs commerces et leurs biens, alors que l’État est aux abonnés absents ? » Et le parlementaire de préciser : « Nous ne voulons pas de l’autosécurité. Mais le droit à la légitime défense nous est consacré dans les textes de loi, d’autant que les autorités manquent à leur devoir. » M. Okaïs insiste d’ailleurs sur ce qu’il qualifie de « point important »: « Personne n’a le droit de donner l’impression que les Zahliotes se rebellent contre l’État et les lois en vigueur. Mais ils sont victimes de la léthargie officielle. Et ils défendront naturellement leurs biens et maisons face aux agresseurs. »

À une question portant sur l’identité présumée de ceux qui perturbent la sécurité de Zahlé, à la lumière des mises en garde contre une discorde à caractère communautaire, Georges Okaïs se veut précis. « Je ne peux pas prouver qu’il s’agit de membres de groupes organisés. Mais ils viennent de régions où l’État ne peut pas exercer son pouvoir », déclare-t-il dans une allusion aux fiefs du Hezbollah, accusé d’être loin de tout contrôle officiel.

Outre la flèche en direction du parti chiite, M. Okaïs lançait implicitement une pique à l’adresse du ministre sortant de l’Intérieur, Mohammad Fahmi. Dans la continuité de ses propos qui n’en finissent pas de susciter des polémiques, voire la colère des Libanais, M. Fahmi avait reconnu dans une interview accordée lundi à la chaîne al-Hurra que « l’État est incapable d’exercer son pouvoir à 100 % dans la banlieue sud », plus grand fief du Hezbollah. Des propos que Georges Okaïs a évité de commenter.

A contrario, Michel Daher, lui aussi député de Zahlé (qui avait claqué la porte du bloc parlementaire aouniste suite à la tragédie du 4 août), préfère lier la détérioration de la sécurité dans le caza à la grave crise économique et sociale qui secoue le pays à l’heure actuelle.

Lire aussi

Les mille et un risques d’une dégradation sécuritaire au Liban

Dans une déclaration à L’OLJ, M. Daher reconnaît toutefois que « ces incidents sont inacceptables et reflètent la décadence dans laquelle le Liban et les Libanais vivent aujourd’hui ». Et de dénoncer le fait que Zahlé « soit une proie facile » à ceux qui veulent menacer la sécurité. « Je ne veux pas parler de discorde. Mais je crois que c’est surtout la crise économique qui se tient derrière ces agissements », estime-t-il, faisant savoir qu’il est entré en contact avec le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, et le directeur général des Forces de sécurité intérieure, Imad Osman, pour rétablir la sécurité à Zahlé. « Ils m’ont promis que des patrouilles seront chargées de veiller à la stabilité de la région », souligne M. Daher.

Des problèmes logistiques

De son côté, Assaad Zogheib, président du conseil municipal de Zahlé, confie qu’il s’attendait à ce que de tels incidents secouent le caza et son chef-lieu. « Cela ne peut s’expliquer que par la très mauvaise situation dans laquelle les gens vivent aujourd’hui », dit-il à L’OLJ, assurant que la police municipale accomplit son rôle sur ce plan, mais qu’elle ne peut pas faire barrage à tous les crimes et vols, au vu de la superficie du caza, qui équivaut au triple de celle de Beyrouth, selon lui.

Le président du conseil municipal indique aussi que des problèmes d’ordre technique et logistique, tels que la panne de certains véhicules et le manque d’effectifs suffisants, empêchent les FSI de remplir pleinement leur mission sur ce plan.

Dans la soirée, Assaad Zogheib a publié un communiqué dans lequel il a affirmé que lors d’une réunion tenue la semaine dernière avec le mohafez de la Békaa, Kamal Abou Jaoudé, et les chefs des services de sécurité à Zahlé, un plan a été établi. Il serait notamment basé, selon lui, sur une intensification des patrouilles nocturnes, pour empêcher les cambriolages.


La ville de Zahlé a récemment été le théâtre de plusieurs vols et cambriolages ayant sérieusement mis en péril la sécurité de la région et ravivé les appels à l’autosécurité. Une dizaine de jours après le cambriolage d’un restaurant dans la ville, une attaque similaire a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, ciblant cette fois-ci une pharmacie dont le propriétaire a été...

commentaires (2)

Messieurs, il faut excuser nos protecteurs et veilleurs du peuple. Ils manquent de moyens humains et matériels puisqu’ils ont misé en premier et de tout leur poids sur l’investissement des universités et des rues menant aux politiciens pour empêcher les libanais patriotiques de réclamer leurs dûs à ces responsables qui se partagent leur argent siphonné dans les caisses et dans les banques et bloquent le pays. Regardez-les donc, fiers comme Artaban à casser des citoyens honnêtes qui veulent sauver le pays. Notre régime politique a basculé dans la dictature ou rien ne prévaut sur le chaos soigneusement orchestré pour saccager ce qui reste. Enfin Messieurs, si cela ne correspond pas à votre vision d’un pays démocratique, alors suivez les conseils du chef de l’état et partez donc car il n’y a plus d’état ni de forces d’ordre qui vaillent. C’EST LA JUNGLE.

Sissi zayyat

11 h 06, le 30 décembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Messieurs, il faut excuser nos protecteurs et veilleurs du peuple. Ils manquent de moyens humains et matériels puisqu’ils ont misé en premier et de tout leur poids sur l’investissement des universités et des rues menant aux politiciens pour empêcher les libanais patriotiques de réclamer leurs dûs à ces responsables qui se partagent leur argent siphonné dans les caisses et dans les banques et bloquent le pays. Regardez-les donc, fiers comme Artaban à casser des citoyens honnêtes qui veulent sauver le pays. Notre régime politique a basculé dans la dictature ou rien ne prévaut sur le chaos soigneusement orchestré pour saccager ce qui reste. Enfin Messieurs, si cela ne correspond pas à votre vision d’un pays démocratique, alors suivez les conseils du chef de l’état et partez donc car il n’y a plus d’état ni de forces d’ordre qui vaillent. C’EST LA JUNGLE.

    Sissi zayyat

    11 h 06, le 30 décembre 2020

  • Présence de l’Etat ??? Mais c’est quoi cette entité dont vous parlez ? L’Etat n’existe qu’à la télé où on voit les caïds parader en se gonflant le torse pour débiter des âneries d’un autre siècle

    Liberté de penser et d’écrire

    09 h 44, le 30 décembre 2020

Retour en haut