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Société - Réfugiés syriens

« Cet incendie est à l’image de notre vie »

Samedi soir, des jeunes Libanais ont mis le feu à un camp informel situé près de Bhannine, au Liban-Nord, à la suite d’une altercation entre un des leurs et des travailleurs syriens. Selon le HCR, plus de 370 Syriens ont été forcés de quitter leurs tentes ravagées par les flammes.

« Cet incendie est à l’image de notre vie »

Le camp des réfugiés syriens à Minié rasé par l’incendie. Photo Lyana Alameddine

Une odeur de fumée habite l’autoroute de Minié, au Liban-Nord. Autour du camp de réfugiés syriens, l’armée et une vingtaine de personnes observent avec stupeur les ruines des lieux, entièrement rasés à la suite d’un incendie intentionnel. Du bois brûlé traîne par terre, ainsi que de la ferraille, du plastique et du nylon. Des tentes qui abritaient 76 familles, il ne reste plus que de simples pierres qui servaient de fondations et quelques murs tachés de suie.

Samedi soir autour de 19h, des jeunes Libanais issus du clan al-Mir dans le nord du pays ont mis le feu à un camp informel situé près de Bhannine, à la suite d’une altercation entre un des leurs et des travailleurs syriens. « C’est un incident isolé », explique Abdallah Alameddine, témoin de la scène, professeur et membre de l’ONG Brave. « Tout a commencé lorsque le Libanais a demandé au Syrien d’accomplir certaines tâches, alors qu’il ne l’avait pas rémunéré pour les services déjà avancés, poursuit-il. Une altercation a alors opposé les deux hommes. Un groupe de Syriens ont frappé le Libanais qui a alors rassemblé des personnes de son village. Ils ont commencé par détruire les tentes, avant de tirer des balles, puis de mettre le feu à une tente. L’armée et les Forces de sécurité intérieure sont intervenues trente minutes plus tard pour rétablir le calme. »

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Néanmoins, les versions divergent. Si certains affirment que l’escalade a été enclenchée par la réclamation d’un salaire, d’autres expliquent que c’est le harcèlement d’une femme syrienne qui a mené au désastre. Quatre réfugiés ont été hospitalisés et les 76 familles habitant les lieux ont été accueillies par des habitants de la région ou ont été relocalisées dans d’autres camps, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. L’armée a informé de l’arrestation de huit personnes: deux Libanais et six Syriens.

Fadwa montrant sa maison en ruines. Photo Lyana Alameddine

« Ce qui s’est passé est inacceptable »

Il ne reste plus que des cendres dans le camp informel qui accueillait les réfugiés syriens. Ahmad était présent lors de l’incendie. Il se tient sur les ruines de ce que fut sa modeste maison. « Nous étions huit ici, raconte-t-il. Après avoir entendu les coups de feu, nous avons fui par la grille qui se trouve derrière le camp. »

« Il ne reste plus rien ici, renchérit Abdallah. Le camp comptait de nombreux objets inflammables, comme des matelas, du nylon et du bois. Les bonbonnes de gaz ont explosé, ce qui a semé la terreur parmi les habitants à proximité. »

Sur les lieux du sinistre, une dizaine de personnes nettoient les débris. Elles retirent le peu de choses qui restent. Une odeur de brûlé émane toujours des lieux et prend à la gorge.

Fadwa Khaled habite le camp depuis huit ans. « Hier (samedi), nous étions assis tranquillement dans notre tente puis d’un coup, nous avons entendu des tirs et des hurlements, se souvient-elle. J’ai rapidement rassemblé mes sept enfants pour quitter les lieux. Dans la foulée des événements, un de mes enfants s’est égaré. Il a 4 ans. Il avait tellement peur qu’il s’était enfui jusqu’au conteneur d’eau à une dizaine de mètres de moi. C’est quoi cette vie ? Nous n’avons rien fait. Il y a plusieurs façons de régler un différend. Brûler un camp n’en est pas une. Où vais-je vivre maintenant ? Comment vais-je nourrir mes enfants ? Notre vie n’est que destruction ! Cet incendie n’en est que le reflet. »

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Plus loin, une femme tente de récupérer ce qui reste des débris de sa tente. Elle ne trouve que la plaque du four. Elle est l’une des dernières personnes à être restées sur place. « Avant l’incendie, nous attendions une mariée pour célébrer, raconte-t-elle sous le couvert de l’anonymat. Soudain, une bagarre a éclaté. Ils ont d’abord tenté de mettre feu à ma tente, mais je ne les ai pas laissés. Nous avions peur. Mes enfants tremblaient et pleuraient. Tout a brûlé. Je suis actuellement chez mon oncle. Mais il vit avec ses deux femmes et ses dix enfants. »

Quelques heures après l’incendie, la société civile présente sur place a immédiatement volé au secours des habitants du camp. « À l’aube, nous étions déjà sur place, avance Abdallah. Nous avons pu débrouiller des abris pour les réfugiés qui ont été accueillis par des habitants de la région. Nous leur avons distribué de l’aide matérielle, principalement des matelas, des tentes, des couvertures et des tapis, ainsi que de la nourriture. »

« Nous étions les premiers à venir en aide aux réfugiés syriens, assure de son côté Abdel-Kader Aouad, moukhtar de Minié. Ce qui s’est passé est inacceptable. »

« Notre cœur brûle encore plus que cet incendie », confie une jeune femme effrayée par ce qui l’attend.

Ils ont dit... au sujet de l’incendie du camp de réfugiés

– Le ministère syrien des Affaires étrangères, dont une source officielle a été citée par l’agence de presse SANA : « Nous exprimons notre profond regret pour l’incendie du camp de réfugiés syriens, qui a terrifié ses habitants et privé d’abris un certain nombre d’entre eux. (…) La Syrie appelle le pouvoir judiciaire libanais et les agences libanaises concernées à assumer leurs responsabilités et à assurer une protection et des soins aux Syriens déplacés. »

– Walid Joumblatt, président du Parti socialiste progressiste, sur son compte Twitter : « Le gouvernement syrien condamne l’incendie du camp de réfugiés au Liban-Nord et demande à la justice libanaise de sanctionner les agresseurs. Quelle mascarade et quelle insulte à notre intelligence de la part de la bande de malfaiteurs d’un régime qui a détruit des localités et des villes entières en Syrie, faisant fuir leurs habitants après avoir liquidé des milliers de prisonniers et exporté le terrorisme au Liban. »

– Le mufti de la République Abdellatif Deriane : « Les déplacés syriens au Liban sont nos invités et nous devons les aider et les soutenir jusqu’à leur retour dans leur pays. Nous espérons que les forces de sécurité s’empresseront d’identifier les auteurs de ce crime odieux. »

– L’uléma chiite Ali Fadlallah sur son compte Twitter : « Cette agression est aux antipodes de la charité. Nous invitons l’État à sanctionner les auteurs de cet acte criminel. »

– Nasser Hariri, chef de la coalition nationale pour la révolution syrienne : « L’incendie du camp de réfugiés au milieu de la nuit et par un hiver rigoureux est un crime indescriptible. Les criminels doivent être poursuivis et jugés. (...) Nous ferons tout notre possible pour sécuriser notre peuple et nous remercions tous ceux qui ont prêté main forte sur le terrain. »

– Le bureau de coordination du courant du Futur à Minié, dans un communiqué : « Minié et ses habitants apportent un soutien continu aux opprimés qui qu’ils soient. La guerre de juillet 2006 en est la meilleure preuve puisque la ville avait accueilli des frères de la banlieue sud et du Liban-Sud, de la même manière qu’elle l’a fait avec nos frères syriens qui ont fui l’injustice et la soumission. (…) Ce qui a eu lieu est inacceptable pour tout croyant et individu lucide. »

– Michel Moussa, député de Zahrani et membre du groupe parlementaire du président de la Chambre Nabih Berry : « Il y a toute une procédure légale qui existe pour obtenir justice, comme les plaintes et les sanctions (judiciaires). La punition collective est inacceptable. Quelle faute ont commis ces innocents ? »

Une odeur de fumée habite l’autoroute de Minié, au Liban-Nord. Autour du camp de réfugiés syriens, l’armée et une vingtaine de personnes observent avec stupeur les ruines des lieux, entièrement rasés à la suite d’un incendie intentionnel. Du bois brûlé traîne par terre, ainsi que de la ferraille, du plastique et du nylon. Des tentes qui abritaient 76 familles, il ne reste plus...
commentaires (3)

Phénomène récurrent dans les sociétés humaines, quand des groupes exogènes se mélangent d'une manière disproportionnée. Même des romans s'y sont inspirés surtout en Amérique du nord avec la masse des émigrants d’origines différentes qui ont débarqué: (WEST SIDE STORY, la guerre de NY, etc...)

DAMMOUS Hanna

13 h 26, le 29 décembre 2020

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Commentaires (3)

  • Phénomène récurrent dans les sociétés humaines, quand des groupes exogènes se mélangent d'une manière disproportionnée. Même des romans s'y sont inspirés surtout en Amérique du nord avec la masse des émigrants d’origines différentes qui ont débarqué: (WEST SIDE STORY, la guerre de NY, etc...)

    DAMMOUS Hanna

    13 h 26, le 29 décembre 2020

  • Syrian refugees have been victimized by their own government and by the Lebanese who have destroyed the little they have. These crimes against the Syrian refugees must be condemned and punished.

    Mireille Kang

    08 h 42, le 28 décembre 2020

  • Le dernier de mes soucis

    Robert Moumdjian

    01 h 34, le 28 décembre 2020

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