À Londres, un panneau publicitaire digital affiche un appel à la vigilance face au coronavirus. John Sibley/Reuters
La découverte d’une nouvelle variante « hors de contrôle » du coronavirus au Royaume-Uni a poussé hier plusieurs pays européens dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Irlande, à suspendre leurs liaisons avec ce pays, faisant grandir l’inquiétude à l’approche des fêtes de fin d’année qui seront soumises à de sévères restrictions.
La décision de l’Allemagne, qui ne concerne pour l’heure que les vols et qui « pourrait être adoptée par l’ensemble de l’Union européenne, doit être officialisée dans les prochaines heures », a déclaré une source gouvernementale, précisant que les États européens discutaient en parallèle d’une réponse commune concernant les liaisons maritimes, ferroviaires et routières.
La France suspend pour sa part à partir de dimanche minuit tous les déplacements de personnes en provenance du Royaume-Uni pour 48 heures. « Seul le fret non accompagné sera donc autorisé. Les flux de personnes ou de transports en direction du Royaume-Uni ne sont pas concernés », a précisé le gouvernement.
Les Pays-Bas, l’Autriche, la Roumanie, la Bulgarie et la Belgique (également pour les liaisons ferroviaires) ont annoncé une mesure similaire à celle prise par Berlin, de même que le Koweït, le seul pays du Golfe dans ce cas jusqu’à présent. Pour l’Irlande, la suspension durera « au moins » 48 heures à compter de dimanche minuit.
La nouvelle souche est « hors de contrôle », avait reconnu hier le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock, justifiant ainsi un reconfinement de Londres et d’une partie de l’Angleterre. « Ce sera très difficile de la garder sous contrôle jusqu’à ce qu’un vaccin soit largement diffusé. »
Le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel ont échangé hier pour évoquer cette nouvelle variante du coronavirus. L’absence de coordination au sein de l’UE avait amené l’Espagne à réclamer une réponse commune, appelant à éviter « des mesures unilatérales ».
Aucune preuve
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’agence européenne des maladies ont appelé hier leurs membres en Europe à renforcer leurs contrôles pour combattre la propagation de la nouvelle variante du coronavirus circulant au Royaume-Uni, notamment en améliorant leurs capacités de détection de la souche.
« À travers l’Europe, où la transmission est élevée et étendue, les pays doivent renforcer leurs procédures de contrôle et de prévention », a dit une porte-parole de l’OMS en Europe.
L’agence européenne de contrôle des maladies (ECDC), qui inclut une trentaine de pays dont les membres de l’UE et le Royaume-Uni, n’a quant à elle « pas exclu » que la variante circule en dehors du territoire britannique. Une poignée de cas ont du reste été signalés au Danemark (neuf), ainsi qu’un cas aux Pays-Bas et en Australie, a souligné l’Organisation mondiale de la santé.
Outre « des signes préliminaires selon lesquels la variante pourrait être plus contagieuse », la nouvelle souche britannique « pourrait aussi affecter l’efficacité de certaines méthodes de diagnostic », a poursuivi l’OMS. Il n’y a en revanche pour le moment « aucune preuve d’un changement de la gravité de la maladie ».
Une telle perturbation des trafics aérien et ferroviaire, si elle perdurait, pourrait aggraver les problèmes de transport dans le contexte du Brexit, le marché unique de l’UE garantissant la libre circulation à l’intérieur de ses frontières.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays est un des plus endeuillés en Europe avec plus de 67 000 morts, avait déclaré samedi que le virus qui circule à Londres et dans le sud-est de l’Angleterre était jusqu’à 70 % plus contagieux que la précédente souche. Afin de juguler cette version mutante, plus de 16 millions de Londoniens et d’habitants du sud-est de l’Angleterre se sont réveillés hier sous un nouveau confinement, contraints de faire une croix sur Noël.
L’Italie qui, avec le Royaume-Uni, est le pays d’Europe le plus durement frappé par la pandémie avec plus de 68 000 morts, va être classée « rouge » et se reconfiner pour les fêtes à partir de lundi.
La Suisse est quant à elle devenue samedi le premier pays d’Europe continentale à autoriser un vaccin contre le Covid-19, le Pfizer/BioNTech. Une décision prise après le feu vert donné au même vaccin par plus de 15 autres pays, dont les États-Unis, le Canada, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, le Royaume-Uni, la Jordanie, Singapour et le Mexique.
Biden vacciné lundi
Dans l’UE, la campagne de vaccination devrait commencer les 27, 28 et 29 décembre, selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
L’Agence européenne des médicaments se penchera lundi sur le sort du vaccin Pfizer-BioNTech qui devrait être autorisé dans les deux jours par la Commission. L’examen du vaccin Moderna a été avancé d’une semaine, au 6 janvier.
Aux États-Unis, quelque 7,9 millions de doses de vaccins supplémentaires, dont 5,9 millions issues du laboratoire Moderna, vont être livrés sur le territoire américain à partir de lundi.
L’Agence américaine des médicaments (FDA) avait annoncé vendredi en fin de journée qu’elle avait accordé à ce laboratoire américain une autorisation d’urgence, une semaine après en avoir fait de même avec celui de Pfizer et BioNTech.
Les États-Unis, où le président élu Joe Biden sera vacciné lundi, sont confrontés à un rebond spectaculaire de l’épidémie, avec plus de 316 202 morts et plus de 17,65 millions de cas confirmés de Covid-19.
La pandémie a fait au moins 1,68 million de morts dans le monde. Derrière les États-Unis, le Brésil est le pays le plus endeuillé avec 186 356 morts pour 7,21 millions de cas. L’Inde a dépassé samedi les 10 millions de cas et compte 145 477 morts.
Source : AFP
La nouvelle souche plus contagieuse du coronavirus inquiète les épidémiologistes
L’apparition au Royaume-Uni d’une nouvelle souche du coronavirus beaucoup plus contagieuse que les autres inquiète les épidémiologistes.
Le conseiller scientifique du gouvernement britannique, Patrick Vallance, avait indiqué samedi que cette nouvelle variante du Sars-CoV-2, en plus de se propager rapidement, devenait aussi la forme « dominante », ayant entraîné « une très forte hausse » des hospitalisations en décembre. Elle serait apparue mi-septembre à Londres ou dans le Kent (Sud-Est), selon lui. « Le Groupe consultatif sur les menaces nouvelles et émergentes des virus respiratoires (Nervtag) considère maintenant que cette nouvelle souche peut se propager plus rapidement », a déclaré le médecin-chef de l’Angleterre, Chris Whitty. Cet avis s’appuie sur le constat d’une « augmentation très forte des cas de contamination et des hospitalisations à Londres et dans le Sud-Est par rapport au reste de l’Angleterre ces derniers jours », indique le professeur de médecine Paul Hunter, de l’Université d’East-Anglia, cité sur le site de Science Media Centre. « Cette augmentation semble être causée par la nouvelle souche », a-t-il ajouté, en se référant aux informations fournies par les autorités sanitaires. Pour autant, « rien n’indique pour le moment que cette nouvelle souche cause un taux de mortalité plus élevé ou qu’elle affecte les vaccins et les traitements, mais des travaux urgents sont en cours pour confirmer cela », ajoute Chris Whitty.
L’information « sur cette nouvelle souche est très préoccupante », selon le Pr Peter Openshaw, immunologiste à l’Imperial College de Londres, cité par Science Media Centre. Notamment parce qu’« elle semble de 40% à 70% plus transmissible ». « C’est une très mauvaise nouvelle », renchérit le Pr John Edmunds, du London School of Hygiene & Tropical Medicine : « Il semble que ce virus est largement plus infectieux que la souche précédente. » Le généticien français Axel Kahn rappelle qu’à ce jour, « trois cent mille mutants de CoV-2 ont été séquencés dans le monde ». La nouvelle souche porte notamment une mutation, nommée N501Y, dans la protéine de la « spicule » du coronavirus, la pointe qui se trouve à sa surface et lui permet de s’attacher aux cellules humaines pour les pénétrer. « Les coronavirus mutent tout le temps et il n’est donc pas surprenant que des nouvelles variantes du Sars-CoV-2 émergent », rappelle le professeur Julian Hiscox, de l’université de Liverpool. « Le plus important est de chercher à savoir si ce variant a des propriétés qui ont un impact sur la santé des humains, les diagnostics et les vaccins. » « Plus il y a de virus produits, donc de personnes infectées, plus il y a de mutations aléatoires et plus grande est la fréquence de mutations avantageuses pour le virus », relève encore le Pr Axel Kahn.





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