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Gouvernement

L’extension des affaires courantes, une menace que pourrait agiter Aoun face à Hariri

Berry réitère son appel à la mise en place d’un cabinet et envisagerait de se mobiliser dans ce sens prochainement.

L’extension des affaires courantes, une menace que pourrait agiter Aoun face à Hariri

Michel Aoun présidant le Conseil supérieur de défense, hier. Photo ANI

Le président de la République, Michel Aoun, s’efforce de se montrer de plus en plus impatient pour que le gouvernement voie le jour dans les plus brefs délais. Incapable de passer à l’acte en attendant la mouture haririenne, le chef de l’État semble être passé à la vitesse supérieure face au Premier ministre désigné Saad Hariri, à qui il adresse désormais des messages politiques forts. C’est ainsi que l’on pourrait interpréter les propos que le chef de l’État a tenus hier.

Présidant une séance du Conseil supérieur de défense, M. Aoun en a profité pour s’exprimer une nouvelle fois au sujet de la formation du gouvernement. « La situation actuelle est exceptionnelle. Elle nécessite donc un suivi exceptionnel et une prise de décisions pour la traiter », a affirmé le président. « Il est vrai que le gouvernement est démissionnaire et se trouve dans une situation d’expédition des affaires courantes, mais les circonstances actuelles imposent une certaine extension de ce domaine pour répondre aux besoins du pays et des citoyens jusqu’à la formation du prochain gouvernement », a-t-il ajouté.

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Au vu du contexte politique dans lequel ils sont intervenus, ces propos ne sont pas sans susciter des interrogations autour d’une probable impossibilité de former la prochaine équipe ministérielle dans un avenir proche. Les propos du chef de l’État paveraient ainsi la voie à un renflouement du cabinet démissionnaire dans la prochaine phase. Il s’agirait ainsi d’un message fort au Premier ministre désigné. D’autant que ce dernier temporise toujours au sujet de sa prochaine rencontre avec Michel Aoun, craignant un veto à toute mouture qu’il lui remettrait.

« Il faut que ça bouge »

Mais à Baabda, on évite de se lancer dans ce genre d’interprétations à même d’envenimer davantage les rapports en dents de scie entre MM. Aoun et Hariri, qui ne se sont pas rencontrés depuis le 9 novembre dernier, faute d’entente autour du cabinet.

Sollicité par L’Orient-Le Jour, un proche de Baabda qui a requis l’anonymat assure que le chef de l’État n’exclut pas l’éventualité de la mise en place d’un cabinet dans un avenir proche, mais qu’il est conscient des « échéances énormes » auxquelles fait face le pays. Une façon d’exhorter Saad Hariri à aller de l’avant dans la mise en place de son équipe. « Il faut que ça bouge », lance ce proche de la présidence, avant de rappeler que la communauté internationale maintient sa pression pour que le Liban se lance dans le processus de réformes.

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Il n’en demeure pas moins que rien ne prête à croire que le Premier ministre désigné pourra accomplir sa mission dans un avenir proche. Et pour cause : face à sa détermination à former un cabinet de spécialistes, tel que prôné dans le cadre de l’initiative française en faveur du Liban, les protagonistes campent sur leurs positions respectives. Il s’agit bien entendu du tandem Baabda-Courant patriotique libre. Celui-ci plaide toujours pour que ce qu’il qualifie de « critères unifiés » soient adoptés dans la formation du cabinet, notamment pour ce qui est du partage des portefeuilles et du choix des ministrables. Une position que Michel Aoun a clairement exprimée au cours de son intervention lors de la conférence de soutien au peuple libanais, organisée mercredi dernier à l’initiative du président français Emmanuel Macron. Tout comme le parti de Gebran Bassil, le chef de l’État s’oppose à la volonté de M. Hariri, à la faveur de ses prérogatives constitutionnelles, de nommer des ministrables chrétiens au sein de son équipe, sans en discuter avec lui mais aussi avec le leader du CPL. En tant que chef du plus large groupe parlementaire chrétien, le député de Batroun estime avoir « le droit » de choisir les ministres chrétiens, tout comme le Futur nomme les sunnites, le tandem Amal-Hezbollah désigne les chiites et le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, choisit les druzes.

D’ailleurs, la position de M. Aoun traduit une certaine opposition à la concession faite par M. Hariri aux deux partis chiites. Dans une volonté de faciliter la formation rapide de son équipe, le chef du gouvernement désigné avait accepté que le binôme conserve le ministère des Finances et nomme ses ministrables. Le proche de la présidence précité appelle le leader du Futur à « se libérer de ses craintes et de ses promesses ».

Joumblatt monte au créneau

Il semble que cette position du camp présidentiel ne soit pas le seul obstacle entravant encore la formation du cabinet. Le leader druze Walid Joumblatt est monté lui aussi au créneau pour s’en prendre à Michel Aoun et Saad Hariri, reformulant par la même occasion ses requêtes gouvernementales.

Dans une interview accordée à la chaîne panarabe Sky News, Walid Joumblatt a tonné : « Le jeu d’enfants articulé autour du partage des parts (au sein du gouvernement) entre Michel Aoun et Saad Hariri est une mascarade. » Et de déplorer le fait que le chef de l’État et son camp aient obtenu les ministères de l’Intérieur, de l’Énergie, de la Défense et de la Justice. « Ils contrôlent donc les instances de l’État, surtout que le tandem chiite a obtenu les Finances », a regretté M. Joumblatt. Et d’ajouter : « Nous avons eu écho d’une plaisanterie grossière selon laquelle le Tourisme ou les Affaires étrangères seront accordés au Rassemblement démocratique (groupe joumblattiste). » « Merci, je ne veux pas du Tourisme. Et puis les Affaires étrangères, pourquoi faire dans un pays aussi divisé ? Et pour quelle politique étrangère ? » s’est interrogé le leader druze, estimant que le Hezbollah, « qui contrôle le système bancaire, est le plus grand bénéficiaire » de l’impasse actuelle.

De son côté, le président de la Chambre Nabih Berry a saisi au vol la pression internationale exprimée lors de la conférence de mercredi, pour appeler à former le cabinet sans tarder. S’exprimant devant le ministre d’État britannique aux Affaires du Moyen-Orient James Cleverly, en visite au Liban, M. Berry s’est posé la question de savoir pourquoi on tarde à former un cabinet si une entente existe autour de sa mission (les réformes et la lutte contre la corruption, mais aussi autour du fait qu’il soit formé de spécialistes, et alors que la situation frôle le rouge).

Comment cette indignation se traduira-t-elle en pratique ? Une source proche de Aïn el-Tiné laisse entendre, mais sans en définir les modalités, que le chef du législatif pourrait se mobiliser dans les prochains jours. Une source politique informée croit savoir pourtant que des contacts seraient actuellement en cours entre Baabda, Aïn el-Tiné et la Maison du Centre pour accélérer les tractations, au vu des pressions internationales exprimées récemment.


Le président de la République, Michel Aoun, s’efforce de se montrer de plus en plus impatient pour que le gouvernement voie le jour dans les plus brefs délais. Incapable de passer à l’acte en attendant la mouture haririenne, le chef de l’État semble être passé à la vitesse supérieure face au Premier ministre désigné Saad Hariri, à qui il adresse désormais des messages...

commentaires (7)

Hariri a le droit de former seul son cabinet. Les législateurs n'ont jamais conçu un chef d'Etat à dent de scie avec son premier ministre, puisque celui-ci a été nommé par une majorité du parlement. Si besoin, le gouvernement peut être descendu par ce même parlement. Le président n'a pas fini de nous perturber avec ses convoitises.

Esber

16 h 15, le 06 décembre 2020

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Commentaires (7)

  • Hariri a le droit de former seul son cabinet. Les législateurs n'ont jamais conçu un chef d'Etat à dent de scie avec son premier ministre, puisque celui-ci a été nommé par une majorité du parlement. Si besoin, le gouvernement peut être descendu par ce même parlement. Le président n'a pas fini de nous perturber avec ses convoitises.

    Esber

    16 h 15, le 06 décembre 2020

  • Pour une fois, je pense que le tandem Baabda/CPL a raison. Des critères unifiés: Si on accorde au frères jumeaux chiites le droit de contrôle sur un ministère et une communauté, aucune raison que les autres communautés n'aient pas les mêmes droits. Cela étant dit, le problème est d'avoir accordé ce droit au tandem, pas celui de l'avoir refusé aux autres. Mais on connais bien la vigueur légendaire de notre premier ministre désigné...

    Bashir Karim

    13 h 08, le 04 décembre 2020

  • Tout est bon pour compliquer encore plus les affaires et les rendre impossibles à résoudre. Aoun déborde d’imagination lorsqu’il s’agit de saquer le pays. Il en a encore combien dans son chapeau jusqu’à ce qu’il s’en aille?

    Sissi zayyat

    12 h 01, le 04 décembre 2020

  • CELUI QUI MENACE D,EXTENSION DES AFFAIRES COURANTES PORTE LE COUP DE GRACE AUX REFORMES ET AU PROJET MACRON D,AIDES ET D,INVESTISSEMENTS POUR REMETTRE SUR PIEDS ET SAUVER LE LIBAN.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 58, le 04 décembre 2020

  • "... Une source politique informée croit savoir ..." - mais vous vous rendez compte de ce que vous écrivez? Quand on n’a pas de meilleures sources que ça, il vaut mieux ne rien écrire...

    Gros Gnon

    09 h 27, le 04 décembre 2020

  • Pourquoi nos chers "responsables politiques" de toutes les couleurs n'admettent-ils pas tout simplement et honnêtement...qu'ils attendent de voir ce qui se passera...après le 20 janvier 2021...chez Joe Biden ou...Donald Trump...pour savoir sur quel pied il devront danser...??? - Irène Saïd

    Irene Said

    07 h 45, le 04 décembre 2020

  • Le bal des vampires autour du corps exsangue du Liban.... Ce n’est pas en agitant de l’ail qu’on va les en éloigner, mais avec des pieux et des marteaux...

    AntoineK

    07 h 07, le 04 décembre 2020