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Monnaie

Lentement mais sûrement, le taux dollar/livre continue de grimper

Plusieurs paramètres entrent en compte : l’offre et la demande, la confiance, l’asymétrie de l’information, la manipulation des taux par les agents du marché noir, les décisions de la BDL en matière de subvention aux importations et son niveau de réserves de devises.

Lentement mais sûrement, le taux dollar/livre continue de grimper

Le taux dollar/livre pourrait se stabiliser temporairement à la fin de l’année, selon des observateurs. Photo Patrick Baz

C’est le genre de tendance qui ne rassure pas à l’approche des fêtes de fin d’année. Le taux dollar/livre chez les agents de change n’a quasiment pas cessé d’augmenter depuis la nomination en octobre de Saad Hariri au poste de Premier ministre chargé de former un nouveau gouvernement – que l’on attend toujours.

Selon les différents plateformes et groupes de messagerie dédiés, il fallait environ 8 300 livres hier pour acheter un dollar sur le marché noir, soit une hausse approximative de plus de 15 % en un mois. Une parité qui, selon plusieurs sources concordantes, est également appliquée par les agents de change agréés, au détriment de celle de 3 900 livres pour un dollar que leur impose la Banque du Liban (BDL) via l’application Sayrafa.

Cette hausse est d’autant plus inquiétante que la situation économique et financière du pays est toujours bloquée sur la case « crise » et que la classe politique ne semble toujours pas avoir l’intention –à en juger par le décalage entre les propos des responsables et leurs actes – de lancer ne serait-ce qu’une partie des réformes les plus urgentes que la situation du pays impose. Une réalité matérialisée cette semaine par le désistement d’Alvarez & Marsal, la société mandatée le 1er septembre pour assurer le volet juricomptable de l’audit de la BDL.

Mécanisme de subvention

Le lancement de cet audit, inscrit dans une opération plus large et visant à tracer l’historique des transactions passées par la Banque centrale dont les comptes sont au rouge vif, est une des conditions préalables fixées par les partenaires du Liban susceptibles de l’aider financièrement à sortir de la crise qu’il traverse depuis plus d’un an. Une crise marquée par la mise en œuvre de restrictions bancaires sur les comptes en devises et une dépréciation de la livre. En effet, depuis août 2019, le taux dollar/livre évolue en fonction de plusieurs paramètres en plus de celui de l’offre et de la demande – confiance dégagée par les institutions, asymétrie de l’information, manipulation des taux par les agents du marché noir et décisions de la BDL en matière de subvention aux importations.

Pour mémoire

Retraits en livres : la BDL lâche du lest pour les achats de médicaments

Pour le président du syndicat des propriétaires de supermarché, Nabil Fahed, c’est surtout ce dernier paramètre qui influe actuellement sur le taux. « Il n’y a pas de changement notable à signaler sur le marché en termes de disponibilité de devises, pour les importateurs du moins, que ce soit via la BDL ou sur le marché de change. Mais il faudra s’attendre à ce que le taux augmente encore si la Banque centrale et les autorités diminuent encore la voilure de ses mécanismes de subvention mis en place pour limiter la hausse des prix de certains produits jugés stratégiques ou essentiels », a-t-il commenté – les dollars en question sont fournis par la BDL.

Il rappelle en outre que le 13 novembre, le ministère de l’Économie et du Commerce a retiré plusieurs références du « panier alimentaire élargi », notamment celles dont le prix n’avait pas baissé malgré les subventions accordées. Ce « panier » a été mis en place par une série de circulaires adoptées par la Banque centrale à partir de mai (la plus récente est la n° 564 du 8 juillet). Le dispositif s’était ajouté aux deux autres existants (circulaires n° 530 et n° 535 couvrant le blé, le carburant, les médicaments, les équipements médicaux et les matières premières commandées par l’industrie pharmaceutique locale). Les autorités envisagent actuellement de remplacer ces mécanismes par un système de bons d’achat, tandis que le niveau actuel des réserves de devises disponibles de la BDL ne lui permet pas de maintenir ces aides longtemps, comme l’a reconnu le gouverneur Riad Salamé en août. Une source anonyme citée par l’agence Reuters les a estimées à 800 millions de dollars cette semaine, un chiffre que la BDL n’a pas confirmé. Or, ces subventions mobilisent des montants bien plus importants en un an.

Réserves de la BDL

Un des moyens qui, selon l’agence, serait étudié par la BDL pour subventionner plus longtemps les importations consisterait à faire passer de 15 à 10 % le ratio des réserves obligatoires que les banques doivent déposer à la Banque centrale (leur montant serait actuellement de 17,9 milliards de dollars, toujours selon Reuters). Selon l’expert financier Nicolas Chikhani, cette diminution va impliquer une hausse du taux de change dollar/livre car il est défini non seulement par l’offre et la demande, mais également par le montant des réserves en devises de la Banque centrale, donc sa capacité à défendre la livre (elle les utilisait pour vendre des dollars sur le marché afin de réguler le taux). Or, cette baisse prouvera qu’elle n’en est plus capable, impliquant une hausse de ce taux sur le marché noir, selon le financier, bien que « seul un audit juricomptable pourrait permettre de déterminer si la BDL intervient encore sur le marché de change », a-t-il nuancé, tandis que les rumeurs concernant l’existence d’un circuit entre la Banque centrale et les agents du marché noir persistent depuis des mois – sans avoir été étayées. De plus, « si la BDL n’abaisse pas ce ratio, elle ne pourra plus subventionner les importations, ce qui provoquera une hausse des prix (le taux d’inflation en octobre était déjà de 136,8 %, NDLR). Un phénomène auquel elle ne pourra réagir qu’en imprimant encore plus de monnaie, dépréciant donc encore plus sa valeur », résume-t-il. Ainsi, pour lui, quelle que soit l’approche retenue par la Banque centrale, la livre va se déprécier dans un futur proche « car le problème principal est le financement du déficit de la balance des paiements (la différence entre les flux entrants au pays, biens ou capitaux, et ceux sortants, NDLR) », qui trahit donc le fait que le pays attire moins de devises qu’il n’en dépense. Si ce déficit devait diminuer en 2020 en raison de la baisse des importations, il faudrait que cet indicateur soit à l’équilibre ou en surplus pour permettre à la BDL d’intervenir sereinement sur le marché. Pour participer à la couverture du déficit de la balance des paiements et pour stabiliser le taux de change, Nicolas Chikhani préconise alors de miser sur l’exportation de services (marketing, télécoms, applications, etc.) pour attirer du « fresh money » (les devises sur lesquelles ne s’appliquent pas de restrictions bancaires, NDLR) afin de développer l’économie. Mais pour que cela arrive, « il faut une bonne connexion internet et une stabilité politique », soupire le financier.

Dans le Commerce du Levant

Face au danger de l’hyperinflation, l’urgence d’une nouvelle politique monétaire

Son analyse est peu ou prou partagée par une partie des milieux bancaires où l’heure est à la sinistrose, entre la désertion des déposants dont la confiance sera difficile à rétablir et les vagues de licenciements qui s’annoncent à l’aube du vaste chantier de restructuration auquel le secteur se prépare depuis plusieurs mois.

Enfin, un professionnel proche des agents de change souligne qu’il est très difficile de trouver des dollars en grande quantité en dehors des circuits réservés – et auxquels les grands importateurs semblent avoir accès. « En ce moment, les bureaux de change se focalisent presque exclusivement sur les rachats de livres en espèces depuis que la BDL a adopté plusieurs mesures pour limiter la circulation de la masse monétaire dans le pays – qui a presque été multipliée par quatre depuis le début de la crise », explique-t-il. La BDL a en effet adopté en octobre plusieurs mesures dont la finalité est de rapatrier des espèces en livres dans le secteur bancaire. « Depuis, beaucoup d’agents proposent de récupérer des livres en espèces contre des chèques libellés dans la même monnaie, mais dont le montant est majoré », ajoute-t-il. Toutefois, celui-ci n’exclut pas une possible stabilité temporaire du taux de change à la fin de l’année, supposant un retour des expatriés au pays et une vente accrue des dollars stockés dans les foyers libanais, entre autres– des propos corroborés par Nabil Fahed.


C’est le genre de tendance qui ne rassure pas à l’approche des fêtes de fin d’année. Le taux dollar/livre chez les agents de change n’a quasiment pas cessé d’augmenter depuis la nomination en octobre de Saad Hariri au poste de Premier ministre chargé de former un nouveau gouvernement – que l’on attend toujours.Selon les différents plateformes et groupes de messagerie...

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