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Politique - Analyse

Sanctions : pour les États-Unis, « kellon » ne veut pas dire « kellon »

Sanctions : pour les États-Unis, « kellon » ne veut pas dire « kellon »

Le chef du CPL Gebran Bassil, dimanche 8 novembre 2020.

Les États-Unis ont-ils fait un cadeau aux révolutionnaires en sanctionnant vendredi dernier Gebran Bassil, l’homme le plus détesté par la thaoura? Oui. Mais il pourrait bien être empoisonné.

Washington a sanctionné le leader du Courant patriotique libre sur la base du Magnitsky Act, une première au Liban. Le Trésor américain a justifié cette mesure « par le rôle de M. Bassil dans la corruption au Liban », et d’ajouter que celui-ci a « contribué à éroder les fondations d’un gouvernement efficace au service des Libanais ». Washington donne ainsi l’impression d’adapter sa politique libanaise à la rhétorique des révolutionnaires. La lutte contre la corruption a en effet été la thématique la plus populaire de l’intifada libanaise. Comme pour enfoncer le clou, le secrétaire au Trésor Steven T. Mnuchin a souligné que cette décision entre dans le cadre du « soutien des États-Unis au peuple libanais dans leurs appels constants à la mise en œuvre de réformes et d’un processus de redevabilité des comptes ». Conclusion : l’Oncle Sam, meilleur allié des révolutionnaires ?

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On peut en douter. Le gendre du président est pointé du doigt pour des accusations « significatives de corruption » durant les différents postes qu’il a occupés au sein de l’exécutif libanais. Mais Washington n’a pas fourni d’éléments précis qui permettent d’étayer son accusation. Les États-Unis n’ont par ailleurs jamais sanctionné un leader politique libanais hostile au Hezbollah. Du pain bénit pour le leader du CPL qui peut affirmer en réponse qu’il n’aurait pas été sanctionné s’il avait rompu les liens avec le parti chiite. Faut-il en conclure pour autant que Gebran Bassil est victime d’une chasse aux sorcières ?

On peut, là encore, sérieusement en douter. Le chef du CPL, qui se veut le parangon de la lutte contre la corruption, n’est probablement pas blanc comme neige. Les États-Unis ont certainement construit un dossier solide contre lui. Mais le leader chrétien a beau jeu de se poser en victime et de rappeler que, contrairement à lui, les autres leaders politiques sont au pouvoir depuis des décennies. Les chefs de parti proches de ce qui fut appelé le 14 Mars sont-ils ainsi irréprochables en matière de corruption? Le sont-ils parce que toute la corruption, du point de vue américain, est liée à la milice chiite ? Ou tout simplement parce qu’ils sont hostiles au Hezbollah ? « Les sanctions américaines ne sont pas une affaire de morale. C’est un instrument de politique étrangère », rappelle un homme politique libanais bien introduit à Washington.

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Les États-Unis ont fait ces dernières années de l’étouffement du Hezbollah leur principal objectif sur la scène politique libanaise. C’est dans cette logique qu’ils ont sanctionné des membres du parti et des gens évoluant dans sa galaxie, et plus récemment des alliés, comme les anciens ministres Youssef Fenianos (Marada) et Ali Hassan Khalil (Amal). Même si le Trésor américain n’a pas fait mention du parti chiite, c’est dans cette logique aussi que Gebran Bassil est visé aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il est innocent des charges dont il est accusé ou que Washington n’a pas d’autres calculs en tête en « l’assassinant politiquement ». Juste que les Américains ont une politique, comme toutes les puissances, et que celle-ci est forcément, par nature, partisane. On est loin du « kellon yaané kellon » (« tous, ça veut dire tous ») si cher aux révolutionnaires. Ces derniers sont favorables à une politique de sanctions contre les leaders du pays, mais craignent, à juste titre, que celle-ci soit instrumentalisée politiquement si elle ne vise que certains partis.

« Contre l’impérialisme américain »

Les sanctions américaines sont tout sauf une plaisanterie ou un énième rebondissement. Elles suffisent à sérieusement hypothéquer l’avenir politique du leader chrétien. Mais elles ne devraient pas pour autant faire les affaires des révolutionnaires, au moins dans un premier temps. Elles pourraient même avoir l’effet inverse. Les leaders sanctionnés à travers le monde par les États-Unis ont généralement tendance à surjouer la confrontation directe. Cela permet de conforter le noyau dur des partisans à travers une rhétorique populiste extrêmement efficace et que l’on pourrait résumer ainsi : « Je suis sanctionné parce que je défends les intérêts de ma nation contre l’impérialisme américain. » Gebran Bassil ne peut pas se permettre de couper les ponts avec les États-Unis, partenaire indispensable pour le pays du Cèdre où l’antiaméricanisme, bien que populaire chez certaines catégories, n’est pas pour autant majoritaire. Mais son discours de dimanche reprenait déjà une partie de cette rhétorique. Et il pourrait être amené à durcir ses positions pour sauver le peu qui lui reste. Pourquoi ferait-il désormais des compromis au niveau de la formation du gouvernement ou de la mise en œuvre des réformes, alors qu’il est déjà sur la liste noire américaine et qu’il sait que cela ne suffira pas à l’en retirer ? Pourquoi couperait-il désormais les ponts avec le Hezbollah, alors que son alliance politique avec le parti chiite, bien qu’elle l’ait mené dans le mur, est la seule chance infime qui lui reste d’arriver à Baabda ?

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Pour les révolutionnaires, le principal clivage politique se situe entre l’ancien monde, dont fait partie l’ensemble de la classe politique, et le nouveau. Les États-Unis ont compris le message, au point de le récupérer au service de leurs propres objectifs. Mais au risque de remettre au premier plan l’autre grand clivage qui divise le pays : celui qui oppose les pro aux anti-Hezbollah. Celui dont on ne voit pas aujourd’hui l’issue, alors que le pays a un besoin urgent de réformes.


Les États-Unis ont-ils fait un cadeau aux révolutionnaires en sanctionnant vendredi dernier Gebran Bassil, l’homme le plus détesté par la thaoura? Oui. Mais il pourrait bien être empoisonné. Washington a sanctionné le leader du Courant patriotique libre sur la base du Magnitsky Act, une première au Liban. Le Trésor américain a justifié cette mesure « par le rôle de M. Bassil...

commentaires (12)

Bassil est détesté par la sawra sur l'injonction de certaines ambassades qui ont claqué des millions aux vandales et casseurs afin de saboter le mandat, semer le chaos et déstabiliser le pays pour les beaux yeux du voisin .

Hitti arlette

19 h 41, le 11 novembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (12)

  • Bassil est détesté par la sawra sur l'injonction de certaines ambassades qui ont claqué des millions aux vandales et casseurs afin de saboter le mandat, semer le chaos et déstabiliser le pays pour les beaux yeux du voisin .

    Hitti arlette

    19 h 41, le 11 novembre 2020

  • Mon commentaire au sujet de cet article n'a pas été publié . J'éviterai désormais de publier des commentaires et de lire les articles du journal.

    Moussalli Georges

    13 h 14, le 11 novembre 2020

  • Je ne dis pas pourquoi les ÉTATS UNIS sanctionnent BASSIL , s’ils l’ont fait, c’est à juste raison, c’est un pourrit mais un récent . Quand est il des BERRY , Nabil, de sa femme et de sa sœur , ne sont ils pas les plus pourris et ce depuis des décennies.

    Badi Faddoul

    23 h 59, le 10 novembre 2020

  • Et que disent les orthodoxes , ils sont des chrétiens aussi ?

    Eleni Caridopoulou

    17 h 07, le 10 novembre 2020

  • De grâce : STOP à ces titres communautaires: Le leader chrétien...etc... Ceci est aussi bien "raciste" car il devient salissant pour la religion et puis les libanais "militent" pour la suppression de ce système communautaire par excès. L'OLJ est parait il de cet avis. DONC svp transmettez à votre REDACTEUR EN CHEF, A vos équipes, au PDG: Le leader FL, le leader CPL, le leader d'amal etc..OUI mais pas de LEADER COMMUNAUTAIRE. Dans ce cas, le patriache devient le LEADER DES MARONITES ca convient mieux mais ca sera débile . RETIREZ SVP ce style rédaxtionnel communautaire. Même à l'étranger, les lecteurs étrangers se "moquent" des libanais et de l'OLJ lorsqu'ils lisent ce genre de titres "' leader chrétien" alors qu'il y en a plusieurs qui s'y revendiquent aussi. Merci de vous mettre à jour et à la page de la révolution et des jeunes. C'est un début dans la révolution des mentalités. Merci pour la publication et la transmission à vos manager de l'OLJ

    radiosatellite.online

    14 h 29, le 10 novembre 2020

  • LES SANCTIONS AMERICAINES. UN COUP DE MAITRE. 3A 2BEL EL BE2YIIN !

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    13 h 26, le 10 novembre 2020

  • DETESTE DES CHRETIENS, DES SUNNITES, DES DRUZES SURTOUT, D,UNE BONNE PARTIE SILENCIEUSE DES CHIITES ET DES AUTRES COMMUNAUTES MINORITAIRES.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    13 h 22, le 10 novembre 2020

  • PAS LE PLUS DETESTE SEULEMENT DES REVOLUTIONNAIRES. FAUT LE DIRE.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    12 h 52, le 10 novembre 2020

  • ILS SAVRNT LES AMERICAINS CE QU,ILS FONT ET TOUT EST CALCULE A L,AVANCE. IL Y AVAIT TOUJOURS DE LA CORRUPTION ET LES DEPENSES DE L,ETAT ETAIT AVANT LE CAPORAL 5/6 MILLIARDS DE DOLLARS. DEPUIS QUE LE CAPORAL ET SON GENDRE SONT AU POUVOIR LES DEPENSES DEPASSENT LES 11 MILLIARDS DE DOLLARS PAR AN. ET TOUS POUR EXEMPLE NOUS SAVONS LE SCANDALE DES BARGES TURQUES QUI ONT ENRICHIT CERTAINS SANS APPORTER UN KWH DE PLUS AUX CITOYENS. ET AUSSI ETC... ETC... ETC... LES SANCTIONS TRES BIEN FAIT. ELLES DEVRAIENT CIBLER DE PLUS HAUTS PERSONNAGES AUSSI, GOUPIL PAR EXEMPLE.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    12 h 02, le 10 novembre 2020

  • Gebran est bien plus astucieux que ces imperialistes américains et ne les laissera pas continuer a détruire le pays : Il a déjà accepté l'appui de la Russie avec lequel le Liban sortira renouvelé . Les américains périclitent

    Chucri Abboud

    11 h 38, le 10 novembre 2020

  • Les fractures de la société multi-ethnique et multi-cultuelle libanaise • Une majorité des chiite trouve leur intérêt et de l’émotion de rouler pour l’IRAN • Une majorité des sunnites trouve leur intérêt de rouler pour l’ARABIE. • Une partie des sunnites trouve leur intérêt de rouler pour la TURQUIE • Une partie des sunnites trouve leur intérêt de rouler pour la SYRIE • Une partie des chrétiens, trouve leur intérêt de rouler pour les alliés de l’IRAN • Une partie des chrétiens trouve leur intérêt pour rouler pour la SYRIE. • Une partie des chrétiens trouve leur intérêt et de l’émotion de rouler avec le MODÈLE OCCIDENTALE. Reste-t-il des citoyens qui roulent pour leur patrie.

    DAMMOUS Hanna

    11 h 37, le 10 novembre 2020

  • les americains ne peuvent pas etre plus clairs en accusant jobran de corruption a la fois financiere ET politique(corruption du systeme).POINT. maintenant si ses partisans veulent continuer a croire en lui en depit de tout, s'ils ne veulent pas voir en sa declaration pathetique de se montrer en defenseur des chretiens du MO, alors tant pis. tant pis aussi pour ceux qui continuent a croire en celui qui a ete deja tance par quelques tenors des medias etrangers a qqs reprises-qui s'en foutent royalement des 14 ou des 8 mars... tant pis pour ceux la s,ils contineuent a l'adorer malgre l'omnipresence de hezb rendue possible grace a lui . pour nous LIBANAIS les sanctions "politiques" comme se plaisent a se plaindre les moumanaistes pourraient servir. aux interets US comme au Liban pourquoi pas.

    Gaby SIOUFI

    09 h 52, le 10 novembre 2020

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