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Société - L’après-4 août

Les premières pluies tombent sur Mar Mikhaël toujours exposé à tous les vents

Pour se protéger de la saison froide, de nombreux habitants des régions sinistrées par la double explosion du port ont dû couvrir les fenêtres et les portes soufflées avec des bâches en plastique.

Les premières pluies tombent sur Mar Mikhaël toujours exposé à tous les vents

À Mar Mikhaël, la Fondation nationale du patrimoine a sécurisé les bâtiments anciens endommagés par la double explosion du port avec des bâches de protection en plastique alliant imperméabilité et résistance. Crédit Rima Schehadé

À la rue Mar Mikhaël, à Achrafieh, les travaux de reconstruction sont loin d’être terminés, trois mois après la double explosion survenue au port le 4 août, qui avait dévasté plusieurs quartiers de la capitale, et alors que tombent les premières pluies. Des échafaudages sont dressés le long des façades de quelques immeubles. Ici, des ouvriers mélangent sable et béton. Plus loin, des travailleurs transportent du matériel de construction à l’étage d’un immeuble.

Dans le dépôt d’un bâtiment de cette rue, Marie-Rose est plongée dans le tri de caisses. Une ancienne brochure en noir et blanc d’un concert donné dans les années 1980 par le pianiste Wadih Akl est posée sur une table en plastique à côté d’elle. L’endroit est jonché de cartons, de sacs en plastique, de pièces en bois… « Je me suis dit que c’était le moment ou jamais pour mettre de l’ordre », lance la femme, balayant les lieux du regard.

La maison de Marie-Rose est située à quelques mètres du dépôt. « Un ancien immeuble, classé sur la liste du patrimoine, qui est pris en charge par le ministère de la Culture et l’Unesco, explique-t-elle. Les travaux avancent lentement. Ils sont en train de fermer les fenêtres et les murs éventrés avec des bâches en nylon. Depuis l’explosion (le 4 août), je suis déplacée. Je loge chez des cousins à la montagne. Mon séjour risque de se prolonger, mais je viens tous les jours ici pour ranger les affaires, et aussi parce qu’il faut qu’il y ait une présence et surveiller les travaux. »


Pour se protéger de la pluie et en attendant que les ONG fixent les vitres, des habitants de Mar Mikhaël ont recouvert les fenêtres avec des bâches en plastique. Photo N. M.


« À ce jour, pratiquement aucun bâtiment ancien n’a été restauré », explique à L’Orient-Le Jour Fadlo Dagher, architecte et l’un des coordinateurs de Beirut Heritage Initiative. « Nous sommes en train de les protéger avec des bâches en nylon pour éviter que la pluie n’affecte les structures. Nous espérons que cela nous permettra de tenir jusqu’au printemps en espérant pouvoir les restaurer d’ici là », poursuit-il, alors que la nuit précédente à été marquée par de violents orages, les premiers de la saison, et de fortes pluies.

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Un travail similaire est mené par la Fondation nationale du patrimoine (FNP), présidée par Mona Hraoui, qui a réalisé un prototype de couverture en vue de sécuriser les bâtiments patrimoniaux – quelque 600 ont été affectés par la double explosion du port, au nombre desquels une centaine nécessite une consolidation des structures – des fortes pluies. Il s’agit d’une bâche de protection en plastique alliant imperméabilité et résistance, tendue sur une structure en acier, pouvant défier les conditions météorologiques.

« La nostalgie de ma maison »

Un petit sourire éclaire le visage de Marie-Rose. « Je suis dérangée, pour ne pas dire malheureuse, confie-t-elle. Tout cet encombrement est gênant. Il est vrai que je suis bien installée, mais ce n’est pas mon chez-moi. J’ai la nostalgie de ma maison. Tous les soirs, je repasse virtuellement dans chaque pièce et j’essaie de me l’imaginer pour ne pas l’oublier. »

Au premier étage du même immeuble, deux appartements entièrement dévastés se font face. Dans l’un d’eux, François, 91 ans, est assis dans le fauteuil du salon, entouré de sa fille, Rita, et de son gendre, Chucri. Les travaux ne semblent pas avancer dans ce logement où seules les portes ont été refaites, grâce à l’aide d’une ONG. Les fenêtres sont toujours dépourvues de vitres. « Samedi, en prévision du mauvais temps annoncé, j’ai recouvert celles des chambres à coucher avec des bâches en nylon pour que mes beaux-parents puissent dormir, raconte Chucri. Selon l’ONG qui avait promis de se charger de fixer les vitres, ce retard est dû à la fermeture de l’usine pendant deux semaines d’affilée, dans le cadre du bouclage partiel des régions classées rouge (mesure visant à lutter contre la propagation du coronavirus, NDLR). Ils ont promis de venir demain (aujourd’hui). »

Cette famille compte essentiellement sur les donations pour pouvoir reconstruire sa maison. « Le gouvernement est aux abonnés absents, poursuit Chucri. Ce sont les ONG qui prennent la relève. » « J’ai 91 ans, renchérit François. J’ai vécu deux guerres mondiales et la guerre civile. L’explosion du 4 août reste la pire de toutes ces guerres. »

« Pris en otage »

Dans l’appartement d’en face, les travaux n’avancent pas non plus. Pierre vient de rentrer énervé. « L’EDL nous a coupé le courant pour des motifs futiles, martèle-t-il. Ils ont cessé de nous fournir du courant parce qu’ils repeignent une pièce de leur bâtiment endommagée par l’explosion. Mais ils auraient pu repeindre dimanche, pour ne pas nous priver d’électricité un lundi, et nous permettre de poursuivre les travaux ! Ces gens-là n’ont aucune considération pour le peuple. Les travaux vont au ralenti et l’hiver va nous rattraper avant que nous ayons fini. »

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Il se verse un verre d’une boisson gazeuse, allume une cigarette, en tire une bouffée avant de poursuivre : « Non seulement le gouvernement ne nous a pas indemnisés, mais il continue de percevoir les taxes sans aucun scrupule. Depuis le 4 août, le percepteur des factures d’électricité s’est présenté à deux reprises. C’est vous dire à quel point notre gouvernement se soucie de nous. Je me demande si un jour on pourra leur pardonner ou même pardonner à leurs bases ou aux forces de l’ordre qui les protègent. Le peuple est pris en otage. »


À la rue Mar Mikhaël, à Achrafieh, les travaux de reconstruction sont loin d’être terminés, trois mois après la double explosion survenue au port le 4 août, qui avait dévasté plusieurs quartiers de la capitale, et alors que tombent les premières pluies. Des échafaudages sont dressés le long des façades de quelques immeubles. Ici, des ouvriers mélangent sable et béton. Plus loin,...

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