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Commentaire

Le spectre de l’hyperinflation plane sur le Liban

Le spectre de l’hyperinflation plane sur le Liban

Photo d’archives AFP

Au Liban, faire ses courses est devenu une épreuve de plus en plus dure pour les familles : d’un mois à un autre, voire d’un jour à l’autre, les prix s’envolent à mesure que la livre libanaise s’enfonce. Depuis septembre 2019, la monnaie nationale a perdu 80 % de sa valeur face au dollar et les prix ont plus que doublé (+120 % en an, selon l’Administration centrale de la statistique), avec une hausse mensuelle moyenne de 7 %. L’impact sur les produits alimentaires, majoritairement importés, est encore plus sévère puisque leurs prix ont été multipliés par 4 sur cette même période. Et avec la levée annoncée des subventions sur le prix des carburants, des produits pharmaceutiques et de certains produits alimentaires de première nécessité, du fait de la baisse dramatique des réserves en devises de la banque centrale (BDL) qui couvrent en grande partie ces subventions, cette flambée des prix risque fort de s’accentuer de manière rapide et brutale, au point de laisser planer sur le pays le spectre de l’hyperinflation.

Cette forme atypique d’inflation est caractérisée par une hausse générale excessive et incontrôlée des prix à un rythme supérieur à 50 % par mois, selon la définition retenue par l’économiste américain Philip Cagan (« The monetary dynamics of hyperinflation », 1956). L’expérience historique montre par ailleurs qu’une fois que cette spirale hyperinflationniste est lancée, elle devient très difficile à arrêter et aura des conséquences désastreuses et irréversibles sur l’économie et les ménages, dans la mesure où l’hyperinflation détériore la valeur de la monnaie jusqu’à la rendre sans valeur. De l’Allemagne de Weimar au Zimbabwe (2009), en passant par la Hongrie (1946) ou le Brésil (1994), la plupart des pays qui ont subi cette spirale ont ainsi été obligés de changer de monnaie…

Planche à billets

Si cette menace hyperinflationniste plane désormais sur le Liban, c’est principalement en raison de la politique monétaire qu’a continué de pratiquer jusqu’à récemment la BDL. Une politique monétaire qui s’est avérée être le corollaire de la stratégie de gain de temps appliquée depuis plus d’un an par les autorités politiques et économiques du pays pour différer au maximum les douloureuses réformes exigées par les partenaires internationaux du Liban, et surtout, la reconnaissance des véritables pertes du système financier, et leur répartition équitable.

Cette politique monétaire a en effet principalement consisté à « faire tourner la planche à billets » et augmenter de manière délibérée et irresponsable la masse monétaire en livres libanaises en circulation. À fin septembre, la circulation de billets et pièces en LL a bondi de 267 % en glissement annuel pour s’élever à 23 743 milliards de livres, ce qui a favorisé la naissance d’une « cash economy ». Plus précisément, cette explosion de la masse monétaire en livres libanaises en circulation résulte principalement de la conjonction de deux facteurs. L’entrée en vigueur de la circulaire 151 de la BDL, en avril dernier, qui permet aux clients qui ont un compte en devises dans des banques libanaises de retirer des billets en livres libanaises au taux de change en vigueur (aujourd’hui fixé à 3 900 LL/USD) sur la plateforme électronique « Sayrafa », lancée en juin par la BDL. Pratiquement, cette circulaire implique in fine que la BDL rachète des « dollars libanais » (« lollars ») en imprimant, en contrepartie, de la livre libanaise.

Cette impression monétaire est en outre accentuée par les conséquences du choix du Liban de se déclarer, pour la première fois de son histoire, en défaut de paiement sur sa dette en devises, en mars dernier. N’ayant plus accès aux marchés financiers pour continuer à financer un déficit public qui a atteint 3 352 milliards de livres sur les six premiers mois de l’année et à payer les salaires des fonctionnaires (qui représentent désormais plus de 40 % du total des dépenses), l’État a un besoin constant de nouvelles liquidités en livres libanaises, que lui fournit la BDL.

C’est cette explosion de la masse monétaire en livres qui, combinée à la crise actuelle de liquidités en dollars, a contribué à déprécier la livre jusqu’à des niveaux jamais atteints sur le marché noir.

Stabilisation

Certes, la BDL semble avoir fini par prendre conscience du risque en adoptant récemment deux mesures visant à réduire drastiquement les liquidités en livres sur le marché : d’abord en imposant aux importateurs de produits subventionnés de fournir désormais leurs livres libanaises en espèces pour obtenir des dollars ; ensuite en limitant les plafonds de retrait de billets en livres via les propres retraits que les banques réalisent auprès d’elles. Mais outre le fait que ces décisions ont suscité de très fortes polémiques sur leurs conséquences sociales et contraint la BDL à faire – temporairement ? – machine arrière, ces mesures sont de toute façon peu efficaces du fait de l’ampleur de la perte de confiance des agents. Or la condition première au retour de cette confiance reste la formation d’un gouvernement compétent et indépendant à même de mettre en place et adopter un plan de stabilisation et de l’appliquer à la lettre. Ce programme de stabilisation peut en effet échouer si ces mesures n’ont été que des demi-mesures. L’Argentine a mené en vain cinq programmes de stabilisation entre 1984 et 1989, avant de réussir en 1990. Le Brésil n’a réussi un programme qu’après six essais infructueux en douze ans.

C’est pourquoi ce plan de stabilisation doit répartir une bonne fois pour toutes les pertes accumulées par l’État, le secteur bancaire et la BDL. Sans une répartition définitive claire et juste des pertes, il ne sera pas possible au secteur bancaire d’attirer de nouveau des capitaux et de retrouver son activité de moteur du secteur privé, ni de stabiliser la livre libanaise… C’est seulement une fois ce travail fait que la communauté internationale pourra consentir à débloquer une injection supplémentaire de liquidités. Cette aide permettra une restauration relative de la confiance, une stabilisation de la situation financière et le lancement des réformes structurelles maintes fois repoussées. Afin que l’ajustement soit durable, ce nouveau gouvernement ne pourra pas non plus faire l’impasse sur les réformes budgétaires en s’attaquant aux lourds chantiers impopulaires tels que la réduction de la taille du secteur public, à travers notamment la suppression des emplois fictifs, la réforme de l’électricité, la lutte efficace contre l’évasion fiscale et douanière.

Compte tenu de ses conséquences dramatiques et de son caractère irréversible, il y a donc plus que jamais urgence à cesser de gagner du temps et à éloigner le spectre de l’hyperinflation. De fait, la situation monétaire actuelle souligne que la monnaie n’est pas juste un moyen d’échange, une réserve de valeur et une unité de compte ; elle est aussi, à travers sa valeur, un reflet de la stabilité des institutions sociales et politiques d’un pays.

Par Jean TAWILÉ

Économiste et président du conseil économique et social du parti Kataëb


Au Liban, faire ses courses est devenu une épreuve de plus en plus dure pour les familles : d’un mois à un autre, voire d’un jour à l’autre, les prix s’envolent à mesure que la livre libanaise s’enfonce. Depuis septembre 2019, la monnaie nationale a perdu 80 % de sa valeur face au dollar et les prix ont plus que doublé (+120 % en an, selon l’Administration centrale de la...

commentaires (5)

yaani ca m'est impossible d'exonerer 1 seul responsable -1 seul conseiller-dans cette merdique nation ! pas faute d'avoir essaye, meme voulu a force de me dire: pas possible que Kelloun aient ete aussi cons, aussi imprevoyants, aussi stupides,aussi incapables apres avoir ete kelloun voleurs ! pr exemple, cette liste de produits subventionnes soumise par le soit-disant expert en economie raoul nehme a riad salame qui l'a acceptee?, subventionner pistaches, biscuits, spagettis et autres..... NON MAIS NON MAIS ! Apres ca ils continuent a refuter, a rejeter haut et fort la notion de KELLOUN avec force indignation !

gaby sioufi

10 h 56, le 31 octobre 2020

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Commentaires (5)

  • yaani ca m'est impossible d'exonerer 1 seul responsable -1 seul conseiller-dans cette merdique nation ! pas faute d'avoir essaye, meme voulu a force de me dire: pas possible que Kelloun aient ete aussi cons, aussi imprevoyants, aussi stupides,aussi incapables apres avoir ete kelloun voleurs ! pr exemple, cette liste de produits subventionnes soumise par le soit-disant expert en economie raoul nehme a riad salame qui l'a acceptee?, subventionner pistaches, biscuits, spagettis et autres..... NON MAIS NON MAIS ! Apres ca ils continuent a refuter, a rejeter haut et fort la notion de KELLOUN avec force indignation !

    gaby sioufi

    10 h 56, le 31 octobre 2020

  • pour reussir serieusement il est imperatif d'expliquer aux citoyens QUI A DECONNE EN QUOI ET COMMENT ILS ONT FAIT POUR NOUS RUINER. NOMMEMENT PAS EN ESQUIVANT DE CITER LEURS NOMS. LES CITER POUR QUE, AU MOINS-LES PAUVRES PARTISANS SACHENT ENFIN QUI SUIVRE DORENAVANT, OU PLUTOT QUI NE PLUS SUIVRE-CAR DECIDER QUI SUIVRE RELEVE DE L'IMPOSSIBLE - EN ATTENDANT LE MIRACLE

    gaby sioufi

    17 h 12, le 28 octobre 2020

  • Pour redresser une économie, il faut qu’il y ait de véritables responsables à la gouvernance du pays. Pas une bande de politiciens véreux, incompétents qui se prennent tous pour de demi dieux. Avant de repartir les pertes, il faut faire le ménage en profondeur parmi cette mafia

    Liberté de Penser

    09 h 42, le 28 octobre 2020

  • ON Y EST DEJA A PLEINS PIEDS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 58, le 28 octobre 2020

  • "... L’Argentine a mené en vain cinq programmes de stabilisation entre 1984 et 1989, avant de réussir en 1990. Le Brésil n’a réussi un programme qu’après six essais infructueux en douze ans. ..." -> Sans oublier que l’Argentine et le Brésil disposent de grandes ressources naturelles, qu’ils n’hébergent pas des réfugiés qui se montent à 50% de leur population, ni de milices mieux armées que l’armée nationale... donc on est mal, très mal barrés...

    Gros Gnon

    07 h 39, le 28 octobre 2020