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Nos lecteurs ont la parole

Pour un État fédéral afin de vivre en harmonie dans le respect de l’autre

Pour un État fédéral afin de vivre en harmonie dans le respect de l’autre

Respecter la liberté de conscience et la liberté de manifester ses convictions religieuses dans les limites du respect de l’ordre public.

Avant le 17 octobre 2019, tout allait bien au Liban. En fait, cela faisait quelques années que la situation économique empirait... Mais doucement ! Les gens se débrouillaient. Il a fallu qu’un pauvre ministre propose d’augmenter le coût de la communication via WhatsApp pour que la population se réveille.

Pratiquement, ce qui a changé, c’est la perte du pouvoir d’achat. Celui qui menait une vie honnête trouvait son bonheur dans son travail, et celui qui magouillait avait un parti ou un dirigeant derrière lui. On sentait une impuissance du peuple face aux partis politiques qui nous ont gavés de leur « peur de l’autre qui va nous tuer ».

La révolution du 17 octobre a fait peur aux dirigeants qui ont été pris de court et ont fait fuir leurs fortunes hors du pays, ce qui a déclenché un domino de perte de confiance et de dégringolade monétaire.

La thaoura est toujours là, bravo ! Elle s’organise, et c’est tant mieux.

En fait, la question que je pose aujourd’hui est la suivante : quel Liban voulons-nous ?

Il est clair qu’il y a plusieurs Liban. Nous, Libanais, ne sommes pas les mêmes. Des cultures différentes avec des us et coutumes différents et des visions différentes !

Le Liban du pacte national est mort ! Il a été mis en place pour protéger la communauté chrétienne à long terme afin d’éviter la loi du nombre en distribuant les tâches principales entre maronites, sunnites et chiites. Cela a mis de côté d’autres communautés religieuses qui se sentent jusqu’à ce jour lésées. Cela a conduit à des problèmes, deux guerres civiles et un État corrompu. Cela a aussi renforcé l’autorité religieuse qui a eu plein pouvoir pour imposer des avis et contrôler l’état civil.

Ce pacte ne marche plus. Il est temps de chercher autre chose. Il est temps de trouver une formule qui empêcherait tous ces problèmes de se répéter.

Dans ce pays multiconfessionnel et multiculturel, la solution est dans le respect d’autrui. Respect de son identité religieuse, respect de son identité culturelle et respect de son identité d’appartenance.

Il y a bien longtemps, j’ai regardé un film belge intitulé Majnoun qui se déroulait pendant la guerre civile libanaise. Le thème comparait des familles riches à d’autres démunies, chrétiennes et musulmanes. Ce film voulait montrer qu’il n’y a pas de différences entre les communautés. Ce qui régit leur mode de vie est leur condition sociale et leur pouvoir d’achat. Je ne suis pas d’accord ! Il est peut-être vrai que le pouvoir d’achat délimite un mode superficiel de vie, mais il n’efface pas les principes et les valeurs de chaque communauté religieuse.

L’identité religieuse est bien ancrée en nous, et essayer de le nier relève de la politique de l’autruche. Il est clair que la majorité des citoyens sont influencés par leur appartenance religieuse. Le respect de l’autre et l’égalité des droits pour arriver à une cohabitation constructive, et non pas réductrice, ne peuvent se faire que dans un État laïc qui permet la liberté du culte religieux, mais interdit la transposition du culte vers une application politique religieuse de quelque forme qu’elle soit : parti, idéologie ou autre. Il suffit de quelques centaines de fanatiques religieux, quelle que soit leur appartenance, pour enflammer une nation.

Il y a beaucoup de travail à faire pour convaincre les autorités religieuses de se débarrasser de leur pouvoir au profit d’un État de droit laïc. En effet, cet État permettrait à chaque communauté religieuse de pratiquer son culte librement dans le respect d’autrui. Certains disent que les musulmans n’accepteraient pas ! Et pourquoi les musulmans de beaucoup de pays européens, américains, asiatiques et de l’Océanie vivent bien dans des États laïcs ? Pourquoi le musulman libanais devrait se sentir différent ?

À titre de rappel, la laïcité repose sur trois principes : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public ; la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses ; et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient les croyances ou les convictions. L’identité culturelle découle d’un enseignement reçu, d’une façon de vivre, des us et coutumes ancestraux, et, pour certains, d’une identité religieuse. Dans le cadre du respect mutuel, il est clair qu’on ne peut pas imposer à un Arménien de Bourj Hammoud de vivre comme un chiite du Sud-Liban, ou à un sunnite de Tripoli de vivre comme un maronite du Kesrouan, ou à un latin de Beyrouth de vivre comme un alaouite du Nord ou comme un druze du Chouf. La diversité culturelle est enrichissante et ne devrait pas être choquante. Pour cela, il serait bon d’instaurer un État fédéral qui permettrait à chaque culture de se sentir chez soi dans sa fédération. Le vin fait partie de la communion pour un chrétien et la présence de ce même vin provoque un refus de partager un repas convivial chez un responsable de parti islamiste. Le respect d’autrui est difficile dans des situations où les croyances religieuses divergent.

L’État fédéral permettrait de vivre en harmonie et donnerait le choix à chaque citoyen de vivre là où il lui plaît, en attendant qu’il y ait une maturité culturelle et sociale qui nous amènerait a accepter l’autre dans ses différences sans pour autant être divisés. Un Liban divisé est trop petit pour être viable, d’une part, et, d’autre part, il perdrait sa richesse multiculturelle et multiconfessionnelle. Le pape saint Jean-Paul II dit que le Liban est un pays-message ! Il n’a pas tort ! Cela n’empêche pas de vivre dans un Liban fédéral. Prenons l’exemple d’un immeuble avec plusieurs propriétaires. Chacun vit comme il veut dans son appartement, et respecte ses voisins et les lois communes de l’immeuble.

L’identité d’appartenance est la plus difficile au Liban. Elle consiste à considérer le Liban comme étant notre patrie définitive, celle qui définit notre appartenance unique et qui nous rend fiers de cette appartenance. Il faudrait reconnaître que chacun de nous se sent plus ou moins proche d’un autre pays. Qui n’essaye pas d’avoir une double nationalité, certaines personnes en ayant même plusieurs ? Une garantie dans la poche. Savoir qu’on peut facilement s’en aller, redémarrer ailleurs, alors qu’en fait, cela ne devrait pas exister. Le jour où le Libanais refusera de quitter le Liban et d’avoir plusieurs nationalités, et acceptera son identité libanaise, ce jour-là, nous pourrons dire que le Liban est sauvé.

Le respect des lois et leur application relèvent de cette appartenance. Combattre la corruption, le favoritisme et le népotisme relève de cette appartenance. Une fois que nous sommes sécurisés dans notre petit canton fédéral, que la loi du nombre n’est plus importante, que nous nous acceptons mutuellement et acceptons nos concitoyens dans le respect de ce qu’ils sont et dans la pleine connaissance de l’enrichissement qu’apportent nos différences, à ce moment-là, nous aurons abouti au Liban que je rêve de construire. Il ne nous reste qu’à le faire !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Avant le 17 octobre 2019, tout allait bien au Liban. En fait, cela faisait quelques années que la situation économique empirait... Mais doucement ! Les gens se débrouillaient. Il a fallu qu’un pauvre ministre propose d’augmenter le coût de la communication via WhatsApp pour que la population se réveille. Pratiquement, ce qui a changé, c’est la perte du pouvoir d’achat. Celui qui menait une vie honnête trouvait son bonheur dans son travail, et celui qui magouillait avait un parti ou un dirigeant derrière lui. On sentait une impuissance du peuple face aux partis politiques qui nous ont gavés de leur « peur de l’autre qui va nous tuer ».La révolution du 17 octobre a fait peur aux dirigeants qui ont été pris de court et ont fait fuir leurs fortunes hors du pays, ce qui a déclenché un domino de perte de...
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Troppo. tarde !

Robert Moumdjian

02 h 26, le 31 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • Troppo. tarde !

    Robert Moumdjian

    02 h 26, le 31 octobre 2020

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