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Rencontre

Farah Shaer, la cinéaste qui porte la voix des femmes

« Shakwa » , son troisième court-métrage, est en compétition au Festival du film d’el-Gouna. Rencontre avec une battante.

Farah Shaer, la cinéaste qui porte la voix des femmes

« Shakwa », une femme aux droits bafoués.

« Je suis une faiseuse de films, une narratrice d’histoires et le cinéma est mon outil principal pour raconter les récits des autres femmes. » C’est ainsi que se présente Farah Shaer, cinéaste, actrice et productrice. Elle va présenter son court-métrage Shakwa au Festival international d’el-Gouna et se dit fière de porter la voix de toutes les Libanaises en particulier, et des femmes du Moyen-Orient en général. Depuis qu’elle a adopté le 7e art (ou peut-être l’a-t-il adoptée), cette diplômée (en 2011) de la Lebanese American University (LAU) en arts de la communication et, trois ans plus tôt, en journalisme, prend le cinéma libanais à bras-le-corps. Toujours souriante, positive, malgré les contraintes et les complexités du Liban, elle vit sa passion du cinéma à fond. Ne craignant rien et osant tout, cette battante et militante courageuse n’a qu’un seul souhait : libérer la société libanaise de tous ses tabous. D’ailleurs, son premier film Wahabtuka al-moutaa (Je t’offre le plaisir), qui dénonçait le fanatisme religieux en 2012 en abordant le thème du mariage de plaisir, a été censuré au Liban et n’a pas pu sortir en salle. Depuis, elle sait qu’elle ne peut présenter ses œuvres au Liban, car elle sera obligée de s’autocensurer. « Je préfère ne pas les présenter, même si cela me peine, car je ne veux pas qu’on impose une censure à mes œuvres. »

Farah Shaer : « Mon cinéma est résistance. » Photos DR

Le cinéma résistance

Jusqu’à aujourd’hui, ses trois courts-métrages Wahabtuka al-moutaa, Soukoon et Shakwa portent sur les droits de la femme et sa présence dans la société. « Nous sommes tous opprimés par les lois de cet État superpuissant, mais les femmes le sont surtout, elles ne sont pas équitablement représentées et leurs droits sont foulés aux pieds. Notre société patriarcale les oblige à se conformer à des règles injustes et fausses. Pour ma part, je sens que j’ai le privilège d’avoir le pouvoir, à travers le cinéma, de les aider. Mon cinéma est résistance. » Et, poursuit-elle, « ce sont des histoires que je raconte, non une cause. Les histoires de toutes ces femmes que j’ai côtoyées durant les manifestations et qui m’ont fait part de leurs soucis. Et ne croyez pas, dit encore la réalisatrice, qu’elles sont loin de nous. Ce sont des femmes que nous côtoyons tous les jours. Peut-être que dans le futur je travaillerai sur d’autres sujets, mais pour l’instant je souhaite mettre la lumière sur ces Libanaises-là, qui sont mes héroïnes ».

Infatigable, Farah Shaer passe de la production à l’écriture et la réalisation en un éclair. Elle travaille toujours au coup de cœur. Côté financement, elle saisit l’occasion dès qu’elle en voit une. Shakwa a été par exemple soutenu par la Royal Film Commission de Jordanie. Quant aux acteurs et actrices, elle choisit selon un casting en ligne. « Mais c’est toujours le talent qui compte pour moi, non le CV », dit-elle. Shakwa raconte un huis clos dans un commissariat entre une femme qu’on voit tout le temps de face et un policier qu’on voit de dos. Venue porter plainte, elle se retrouvera (à cause de son statut de femme) dans une toute autre situation. « Ce film est produit par Lucien Bourjeily avec qui j’ai une grande affinité. J’ai joué dans ses pièces de théâtre et j’ai produit son film Heaven Without People (Ghada el-Eid) dans lequel j’ai également interprété un rôle. Il est lui-même présent dans mes films et notre entente est totale. Par ailleurs, sur le plan non professionnel, nous participons depuis 2015 aux mêmes manifestations du mouvement Vous puez et nous avons les mêmes objectifs. Nous participons également aux manifestations contre la violence conjugale et pour les droits de la femme. » Farah Shaer figure parmi les irréductibles de la thaoura, de ceux et celles qui ne faiblissent pas, qui ne baissent jamais les bras. « Je sais que nous avons affaire à des dinosaures, mais j’essaie par tous les moyens d’être productive et de ne pas me laisser déplumer. Je dois garder quelques plumes pour mes combats artistiques et citoyens. »


« Je suis une faiseuse de films, une narratrice d’histoires et le cinéma est mon outil principal pour raconter les récits des autres femmes. » C’est ainsi que se présente Farah Shaer, cinéaste, actrice et productrice. Elle va présenter son court-métrage Shakwa au Festival international d’el-Gouna et se dit fière de porter la voix de toutes les Libanaises en...

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