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Égypte

Le meurtre d’une femme réveille la colère face aux violences sexuelles

Le crime a nourri l’indignation des Égyptiens, en particulier les groupes féministes mobilisés depuis plusieurs mois afin de mettre fin aux préjudices entourant ces affaires.


Le meurtre d’une femme réveille la colère face aux violences sexuelles

Miriam Mohammad. Photo Twitter

Sur les réseaux sociaux égyptiens comme sur les grands médias du pays, l’histoire de Miriam, assassinée mardi soir dans une banlieue chic du Caire alors qu’elle rentrait chez elle, a réveillé une colère latente depuis plusieurs mois. « Miriam Mohammad, jeune fiancée de 24 ans, se préparait au bonheur. Alors qu’elle marchait dans la rue 9 du quartier de Maadi, trois hommes tentent de la voler, la harcèlent, avant qu’une voiture ne la renverse », déplore une image partagée sur les réseaux sociaux.

D’après l’enquête en cours, les auteurs du crime seraient trois hommes qui étaient alors au volant d’un minibus. Ils auraient tenté de voler le sac de la jeune femme, avant de la traîner par terre et de la renverser avec la voiture. Une ambulance est arrivée sur le lieu du drame 30 minutes après le crime, trouvant la victime décédée. Selon les médias égyptiens, elle aurait souffert de plusieurs contusions à la tête, de fractures et de blessures au corps.

L’affaire a rapidement attiré l’attention des groupes féministes, mais également de la presse nationale, à l’instar du quotidien al-Ahram, Egyptian Street ou encore du site d’information Youm7, qui ont dénoncé un crime à caractère sexuel.

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Le meurtre a aussi suscité l’émoi des internautes. Sur Twitter, les élans de solidarité et la colère s’exprimaient autour des hashtags « la fille de Maadi » ou encore « où est la justice pour Miriam ». Certaines, minoritaires, tentent de relativiser l’ampleur du drame. « Les médias ont parfois tendance à amplifier l’importance de ce genre de faits divers, qui en réalité ont lieu partout dans le monde », affirme à L’Orient-Le Jour une journaliste égyptienne basée au Caire, avant de poursuivre : « Ce type de violence existe ailleurs : au Liban, en Irak, aux États-Unis. La différence est qu’en Égypte nous ne disposons pas de loi spécifique pour empêcher les criminels d’agir. »

Harcelée et assassinée

Mais la plupart entendent dénoncer le crime haut et fort. « Elle n’est pas juste morte, elle a été assassinée ; elle n’a pas juste été importunée dans la rue, elle a été harcelée. Utilisez les bons mots, prononcez son nom et continuez d’en parler », s’indigne sur son compte Twitter une internaute. Beaucoup considèrent que le système politique et judiciaire, comme la société, couvrent trop souvent ce genre de violences, passées sous silence. « À l’inverse des hommes, nous rentrons chez nous apeurées et tremblantes. Combien de temps va encore durer l’assassinat, le harcèlement et l’insécurité des femmes ? » s’interroge une Égyptienne sur Twitter.

Dar al-Iftaa, l’une des autorités religieuses du pays, a condamné le crime et insisté dans un communiqué sur la nécessité de combattre le harcèlement sexuel. « Ceux qui harcèlent par les mots ou par les actes sont des criminels qui méritent une sanction sévère dans ce monde ainsi que dans l’au-delà », affirme le texte.

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Depuis plusieurs mois, une campagne en ligne, surnommée le « #metoo égyptien », tente de briser le silence autour de ces violences en mettant en avant les témoignages de femmes victimes. Le compte Instagram « Assault Police » a été créé à cet effet, autour du mot d’ordre « nous ne nous tairons pas ». II est aujourd’hui suivi par plus de 200 000 personnes. Pour beaucoup, le meurtre de Miriam s’ajoute à cette longue liste de crimes qui ont été mis en lumière au cours des derniers mois et qui sont, pour la plupart, restés impunis malgré les déclarations officielles attestant d’une volonté politique de punir plus sévèrement les violences sexuelles.

Le bureau du procureur général égyptien s’est saisi de l’affaire et annonçait sur Facebook, mercredi en fin de soirée, avoir ordonné l’arrestation des trois présumés coupables de l’attaque, tout en révélant l’identité de la victime.

Une déclaration qui a permis d’apaiser une partie de l’opinion publique. « Tout le monde est évidemment attristé et en colère, mais nous savons que les criminels seront désormais jugés et tomberont sous le coup de la loi. À ce stade, manifester ne servirait à rien », confie une habitante du Caire. Mais si la justice s’est saisie de l’affaire, le communiqué officiel en revanche ne fait mention ni de harcèlement ni d’agression sexuelle, ni même d’aucune agression, soulignant poursuivre l’enquête à l’aide des témoignages et preuves collectés.

L’Égypte arrive en deuxième position du classement mondial, après l’Afghanistan, concernant la gravité des violences sexuelles à l’encontre des femmes. En 2013, une étude d’ONU Femmes indique que 99,3 % des Égyptiennes auraient été victimes de harcèlement sexuel au moins une fois dans leur vie. En parallèle, certaines femmes impliquées dans la récente campagne contre les violences sexuelles ont reçu des menaces de mort et des dizaines de femmes ont été arrêtées et poursuivies depuis le début de l’année pour « indécence » suite à leurs publications sur les réseaux sociaux.

Pour l’activiste et journaliste Mona el-Tahaoui, attendre de l’État qu’il protège les femmes du harcèlement relève donc de l’illusion. « Quand l’État se permet de vous traiter de la sorte, la rue fera de même et traînera votre corps à travers les rues avant de le jeter, brisé et couvert de sang », écrit sur son compte Twitter la journaliste égypto-américaine, en commentaire d’une photo illustrant un groupe d’officiers de l’armée traînant à terre le corps d’une femme. Des propos qui ne peuvent que rappeler que le procureur général en charge de l’enquête, Hamada el-Saoui, a été nommé par décret il y a un peu plus d’an, en septembre 2019, par le président Abdel Fattah al-Sissi en personne.


Rq : Cet article a été corrigé le 16/10 à 23h. L'emploi malheureux du mot "incident" a été remplacé par le terme "crime".


Sur les réseaux sociaux égyptiens comme sur les grands médias du pays, l’histoire de Miriam, assassinée mardi soir dans une banlieue chic du Caire alors qu’elle rentrait chez elle, a réveillé une colère latente depuis plusieurs mois. « Miriam Mohammad, jeune fiancée de 24 ans, se préparait au bonheur. Alors qu’elle marchait dans la rue 9 du quartier de Maadi, trois hommes...

commentaires (1)

Il n'y a que moi qui suis choquée par votre façon d'écrire "l'incident" à propos du meurtre d'une femme ?

Florence TRAULLE

22 h 06, le 16 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • Il n'y a que moi qui suis choquée par votre façon d'écrire "l'incident" à propos du meurtre d'une femme ?

    Florence TRAULLE

    22 h 06, le 16 octobre 2020