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Nos lecteurs ont la parole

Beyrouth, la muse du bon Dieu

Beyrouth, tu danses quand on te fusille, tu chantes quand on te gronde, tu souris quand on te méprise. Apparemment, on te surnomme « la résiliente ».

Quelle nation peut-on comparer à toi ? La France est peut-être la fierté du Bon Dieu, l’Italie son œuvre d’art, l’Afrique du Sud son chouchou, les États-Unis son regret, le Canada sa manifestation de justice, mais toi.... Toi, tu es sa muse. Il t’a créée pour te voir souffrir et aussitôt te relever. Il te fait rire comme une folle puis s’amuse à te regarder pleurer. Il t’a créée pour prouver au reste du monde qu’il y a une seule et unique façon de vivre pour être heureux, c’est de vivre le moment.

Parce que c’est ce que tu fais, Beyrouth. S’il y a une chose que tu maîtrises en tout naturel, c’est de le vivre, ton moment. Qu’il soit moment noir ou moment de gloire, tu ne te priveras jamais de ce plaisir. De ton intensité sont nés les plus beaux souvenirs, mais malheureusement aussi, les plus grands drames.

Ces jours-ci, tu manques de tant de choses. Une santé en chute libre depuis des mois, les médecins ne t’accordent plus grand temps à vivre. Certains sont plus optimistes que d’autres en disant que tu te relèveras comme tu le fais toujours. Souvent, l’on te prescrit des traitements éphémères, vraiment rien d’utile à long terme.

Quand je pense au dilemme que tu infliges dans le cœur de tout Libanais. On ne te quitte jamais de plein gré, quoiqu’on ne reste jamais de plein gré non plus. Il faut dire que la dualité est notre seconde nature depuis la naissance. Toutes ces contradictions auxquelles on doit faire face sans jamais vraiment trancher.

Tu es l’amante et la femme. L’œuf et la poule. Le noir et le blanc.

On descend dans tes rues cassées, mais l’on se sent chez soi. On se bat contre un système destructif, mais l’on se sent quand même chez soi. On perd nos proches et nos maisons, mais l’on est toujours... chez soi.

On ne naît pas libanais, on le devient à la force des épreuves. Si l’on pouvait retracer notre passé, on regretterait certes quelques choix, mais rarement nos endurances. Ce sont elles qui font de nous, indéniablement, le peuple le plus adaptable au monde. Ce sont ces épreuves qui font de notre cerveau cette espèce de réservoir informatique qui malgré tout est capable de sourire encore, d’aider, de se battre et de garder espoir.

Pour rien au monde, je ne changerais mon identité et mes origines. Je suis tellement fière d’être née à Beyrouth, d’avoir souffert à Beyrouth, d’avoir aimé pour la première fois à Beyrouth, d’avoir méprisé Beyrouth et de l’avoir adorée des années plus tard, quand je l’ai comprise.

Si un jour mes enfants ont la chance de te connaître, je ne leur dirai pas que tu es une ville ou une terre. Beyrouth, tu es un peuple. Tu es la force d’un peuple. Toutes les villes sont constituées d’une économie, d’une force de sécurité, d’un système éducatif, d’un plan sanitaire. Les villes ont un maire, des municipalités, un espace routier. Des choses tangibles. Des théories qu’on illustre dans les livres.

Toi, on ne t’explique pas. Tu es chaque émotion que chaque Libanais ressent. Tu es chaque larme que chaque Libanais verse. Tu es chaque rire, chaque espoir et chaque obstacle. Tu es du sang vif. Inutile de te cerner, on ne peut que te vivre et te respirer.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Beyrouth, tu danses quand on te fusille, tu chantes quand on te gronde, tu souris quand on te méprise. Apparemment, on te surnomme « la résiliente ». Quelle nation peut-on comparer à toi ? La France est peut-être la fierté du Bon Dieu, l’Italie son œuvre d’art, l’Afrique du Sud son chouchou, les États-Unis son regret, le Canada sa manifestation de justice, mais toi.... Toi, tu es sa muse. Il t’a créée pour te voir souffrir et aussitôt te relever. Il te fait rire comme une folle puis s’amuse à te regarder pleurer. Il t’a créée pour prouver au reste du monde qu’il y a une seule et unique façon de vivre pour être heureux, c’est de vivre le moment. Parce que c’est ce que tu fais, Beyrouth. S’il y a une chose que tu maîtrises en tout naturel, c’est de le vivre, ton moment. Qu’il soit moment...
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