Cette tendance populaire libanaise à accuser « l’autre », la classe politique, les pays étrangers, la région, les religions, la terre entière, de ses propres maux, occultant ainsi sa propre responsabilité dans le déroulement des événements, me semble tendancieuse. Il prétend tout savoir et n’a besoin de rien ni de personne pour changer !
« L’élève libanais a dépassé son maître ! » C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agissait de la majorité de notre classe politique, qui a démontré être un brillant élève du « penseur de la politique moderne » Nicolas Machiavel, qui déclarait que gouverner, c’est l’art d’administrer la vie du peuple, quitte à instrumentaliser le mal, pourvu que l’on conserver le pouvoir… Ce qu’il qualifiait de « réalisme » !
Le réalisme, c’est l’observation de la réalité telle qu’elle est. C’est voir les citoyens tels qu’ils sont et non tels qu’on voudrait qu’ils soient.
Ainsi défini, ce réalisme objective notre incapacité à faire « du bien ». Nous manquons d’amour, amour de « l’autre » ET amour de soi.
Oui, nous disons bien amour de soi. Il n’y a aucun problème à s’aimer, bien au contraire : comment pourrais-je aimer l’autre si je ne m’aime pas? Quand mon bien-être passe par celui de « l’autre »… C’est le paradis… C’est une relation « gagnant-gagnant ».
Lors d’une conversation, si on la veut intelligible, il serait bon d’avoir le même « dictionnaire », pour que les mots aient le même sens pour tous.
L’amour dont je parle ne demande rien en retour. Ce n’est pas « je t’aime si... », ce n’est pas « je te donne et tu me rends la monnaie » ! Ça, je n’ai rien contre, mais ce n’est pas ma définition de l’amour, c’est plutôt la base du commerce. Que réclame une mère quand elle donne son sein à son nourrisson ?
Mais Machiavel, « dépassé par ses élèves », prône autre chose. Il s’appuie sur le pragmatisme, où seul le résultat (la prise du pouvoir) compte, sans notion du bien, qui serait, selon lui, non conforme à la nature humaine…
Les peuples : des moutons attirés par les apparences, gérés par les sentiments, ne voyant que l’arbre qui cache la forêt. Le pouvoir sur le peuple ? Un exquis tour d’illusionniste : donner l’impression qu’on l’aime et l’obliger à nous aimer par le biais de la peur.
Je suis désolé pour Machiavel. Je suis désolé pour ses « élèves » : je ne veux pas adhérer à son enseignement.
« La peur de la mort dissuade », clamait le philosophe Thomas Hobbes… Donc l’homme, par sa peur et son angoisse de la mort, a décidé de remettre son pouvoir à l’État pour le protéger.
Avec Machiavel, on a observé un renversement de paradigme. Où l’idée du bien n’est plus incontournable, car elle est vaine.
Donc, pour se faire obéir du peuple, il faut :
Être aimé, en lui donnant l’impression qu’on l’aime.
Être craint par le peuple.
Alors, entre l’amour et la peur, c’est la peur qui est plus efficace. Car être craint est plus solide qu’être aimé. Car la crainte de la mort rend le citoyen plus docile que l’amour, et comme « la plupart des hommes ne tiennent pas leurs promesses, alors pourquoi le gouvernant devrait les tenir » !
Donc, un « politique » ne doit pas accomplir une promesse qui lui est nuisible, ou quand les raisons de sa promesse n’existent plus… « Il faut que le politique, tant qu’il le peut, ne s’écarte pas de la voie du bien, mais qu’au besoin, il sache entrer dans celle du mal. »
Que dire de la « réalité » libanaise ? Voyons les réponses dans ce qui suit : c’est quoi un Libanais ? Un adepte du gain rapide. Sans stratégie commune pour le « bien public » ! Ayant un ego surdimensionné ! Son manque de cohésion, quand elle existe, est limitée « aux siens »… Vivant de la devise « diviser pour mieux régner », et par la peur de « l’autre » !
C’est quoi le Liban ? C’est quoi les Libanais ? Qu’est-ce qui les unit ? Leur géographie ? Elle n’est pas naturelle. Leur langue ? Combien de fois on a été surpris d’entendre « Hi, kifak ? Ça va ? Ciao », quatre langues en une seule phrase ! Leurs alliés ou ennemis ? Certainement pas, puisque inchangeables ! Leur religion ? N’en parlons pas, avec les 18 confessions, plus les laïques ou aconfessionnels !
C’est pourquoi les discours des politiques adressés aux « Libanais » semblent sonner faux dès le départ, car on n’identifie pas le destinataire…
Il suffit de regarder l’histoire des « Phéniciens ». Ces peuples ne se sont jamais présentés comme tels, c’est-à-dire des Phéniciens. Ils se disaient de Tyr, de Sidon, de Byblos, d’Arwad… Ce sont les autres, notamment les Grecs, qui les appelaient les Phéniciens.
Or les différents Libanais se considèrent, par leur ADN, comme des Mésopotamiens, Arabes, Turcs, Perses… par leur héritage familial comme des musulmans, chrétiens, druzes… ou Orientaux, s’ils sont d’accord, par les rites et verbes ; Libanais par naissance et volonté commune ; et Français, Canadiens, Américains… par adoption et parcours personnel… Faut-il remonter encore à Socrate avec son « connais-toi toi-même » ?
En toute objectivité, les dirigeants sont à l’image du peuple, et rien n’est plus puissant pour modifier et améliorer son sort que si on ne se remet pas en question pour changer…
Le changement passe par l’éducation dès le plus jeune âge, le sens civique, le respect des institutions et de « l’autre », qui commencent par chez soi, car il ne sert à rien de critiquer sans une volonté commune de construire et de changer…
Le changement, ce mot magique, sur lequel on peut écrire des ouvrages, il est parmi les actions les plus laborieuses, sinon l’unique chantier par lequel il faudrait commencer… En nettoyant chez soi, on finit par avoir une ville propre. En modifiant le mode de pensée égoïste, en essayant, même si peu, de se mettre à la place de « l’autre » pour voir la délimitation de ce qui est tolérable et/ou acceptable.
Rien n’est plus difficile que de tenter de vivre ce que « l’autre » endure pour savoir ce que l’on devrait se permettre ou refuser soi-même !
Il nous manque, donc, ce désir de combattre l’ignorance pour acquérir la connaissance, qui à son tour aboutira à un autre constat : nous manquons d’AMOUR, amour de soi, mais surtout amour de l’autre, qui sont des conditions sine qua none pour pouvoir vivre ensemble. Car il est évident que le « je » n’existe pas sans le « tu » !
En effet, « l’autre » est un ami que je ne connais pas.
Qui n’aime pas est pauvre, très pauvre, malgré ses éventuels signes extérieurs de richesse, c’est dans ce sens que j’ai aimé être riche !
Laissez-moi vous faire une confidence : je ne suis point riche de ce que j’ai, ou ai eu, ou aurai. Je suis riche de ce que je donne, ce que je donne aujourd’hui et maintenant. Et n’oubliez pas que je vous donne car je vous aime...
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