Il fut un temps, pas très lointain, où le Liban était plus ou moins divisé en trois camps : le 8 Mars, le 14 Mars et la majorité silencieuse.
Aujourd’hui, la donne a l’air d’avoir changé, le pays du Cèdre, du Phénix et de la révolution, est désormais disloqué en deux plaques tectoniques : les partisans du pouvoir et du système, et les non-partisans de ce même pouvoir et de ce même système.
La majorité silencieuse aurait donc pris position finalement. Alléluia ! Mais alors, pourquoi mon Dieu a-t-on encore du mal à l’entendre ?
Pour l’amour du Liban, descendez dans les rues, nombreuses et nombreux aux côtés des révolutionnaires, pacifiquement, et surtout restez-y, faites-vous entendre et que votre voix crève le tympan de nos responsables irresponsables jusqu’à ce que leur pouvoir ploie. Un pouvoir qui leur a permis, durant plus de trente ans, on l’aura su, de se remplir les poches, d’asseoir leur autorité, de ne privilégier que leur personne et leurs proches au détriment du peuple, de n’avoir aucune vision pour le Liban, tandis que la plupart des pays avancent et se modernisent…
Le déni les caractérise, et ils sont convaincus, dur comme fer, qu’ils sont les seuls au monde à pouvoir redresser le pays et qu’il n’est pas question de démissionner, dixit le président de la République et le gouverneur de la Banque centrale; le pays irait à sa perte sans eux parce qu’il est loin, toujours selon eux, d’être dans le creux du creux de la vague, qui elle-même est dans le gouffre du gouffre de l’abysse. En effet, et pour tous ceux qui sont au pouvoir, il n’y a pas d’effondrement total du pouvoir d’achat, il y a beaucoup moins que 45 % de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, il n’y a pas d’hyperinflation dont le taux est loin d’être à plus de 100 %, la livre libanaise n’a pas chuté de 75 %, la dette publique n’atteint pas 170 % du PIB dont la baisse est loin des -13 % en 2020… En même temps, et face à ces évidences, pourquoi diable cette révolution ne s’unit-elle pas ?
Oui, il y a certainement en son sein des positions qui peuvent être légèrement différentes, mais rien qui ne puisse être surmonté.
Mais alors, encore une fois, pourquoi fichtre cette union, tant attendue par tant de gens, n’est toujours pas d’actualité ?
Les ego ne sont probablement pas étrangers à cette situation. Les responsables de ces dizaines de groupuscules de la thaoura ne se rendent-ils pas compte qu’ils s’opposent à des personnes accoutrées de ces mêmes ego surdimensionnés? Et qu’il leur faut les combattre avec une autre approche ?
Ne se rendent-ils pas compte que tirer la couverture vers soi dessert totalement la révolution ?
Ne se rendent-ils pas compte que pour arriver à des résultats concrets, il faut mettre en avant l’union, la solidarité et l’intérêt général en lieu et place de nos petites personnes ?
Certes, la révolution a bien fait tomber deux gouvernements, a permis que le monde entier prenne véritablement conscience de la situation catastrophique et apocalyptique du Liban, ainsi que de la corruption institutionnelle et galopante des personnes au pouvoir ; elle a prouvé irréfutablement l’incompétence et la négligence des responsables en place et endosse bien d’autres actions à son actif pour le bien du pays…
Ne nous leurrons pas, et quitte à énoncer une lapalissade, il n’y aura pas de solutions concrètes et durables sans union, sans solidarité et donc sans un comité représentatif de la révolution, élu par l’ensemble des entités et autres groupuscules et non pas choisi ou décrété.
Ce comité devra avoir un seul et unique objectif pour lequel tous les efforts devront se concentrer et se déployer : les élections législatives de mai 2021.
Le Liban aura alors une chance d’intégrer à nouveau le concert des nations.
Fondateur et ex-président de l’association La Troisième Voix pour le Liban
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Tellement juste. Urgent de nous unir tous, libanais de bonne volonte qui aiment leur pays et ne veulent pas le voir mourir. De tout coeur avec vous
22 h 13, le 03 octobre 2020