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Environnement

La réserve naturelle d’Ehden menacée par un projet d’asphaltage de son entrée

Deux décisions de justice ont été émises en l’espace de 48 heures pour arrêter les travaux sur le site.

La réserve naturelle d’Ehden menacée par un projet d’asphaltage de son entrée

Les travaux à l’entrée de la réserve. Photo Dina Mouawad

Les travaux d’asphaltage d’une route d’un kilomètre et demi dans le périmètre même de la réserve naturelle d’Ehden, au Liban-Nord, dénoncés par des activistes environnementaux, ont été arrêtés hier dans la matinée conformément à la décision du juge des référés de Zghorta, Tanios el-Hayek. Ces travaux avaient été entrepris par la municipalité de Zghorta-Ehden. La forêt d’Ehden, nichée à 1 500 mètres d’altitude dans les hautes montagnes du Liban-Nord, a été déclarée réserve naturelle en vertu d’une loi datant de 1997 et qui incluait plusieurs autres sites dont la réserve du Chouf et d’autres. La loi en vertu de laquelle a été classé ce site exceptionnel, véritable sanctuaire de biodiversité, interdit toute intervention de ce type dans le site même ou ses environs immédiats. Ce qui explique la réaction des activistes qui se sont mobilisés dès l’annonce de la mise en application de cette décision municipale. La décision du juge des référés qui a finalement abouti à l’arrêt des travaux n’était pas la première. Une démarche similaire avait été entreprise mardi par l’avocat général chargé des affaires environnementales au Liban-Nord, Ghassan Bassil, qui avait ordonné l’arrêt des travaux et la réalisation d’une étude d’impact environnemental, qui devrait recueillir l’aval du ministère de l’Environnement. Or, malgré cette première décision, les travaux se sont poursuivis hier matin durant quelques heures. Ces deux décisions ont fait suite à la mobilisation des activistes de la région qui ont observé un sit-in mardi à 8 heures à l’entrée de la réserve naturelle d’Ehden.


La réserve naturelle d’Ehden. Photo Marina Finianos


900 mètres au cœur de la réserve

C’est durant le week-end dernier que la décision d’asphalter une route d’un kilomètre et demi dans le périmètre du site de la réserve naturelle d’Ehden a été prise par la municipalité de Zghorta-Ehden. Dénoncée par les activistes du caza du Liban-Nord et de différentes régions du pays, l’affaire a suscité une polémique, notamment sur les réseaux sociaux, entre les détracteurs du projet et ceux qui le défendent, parmi lesquels des partisans du courant des Marada auquel est affilié le président de la municipalité de Zghorta-Ehden, Antonio Frangié.

Joint au téléphone par L’Orient-Le Jour, M. Frangié rappelle que la décision « a été prise il y a deux ans et demi par l’ancien président de la municipalité et l’ancien président du comité de la réserve, César Bassim ». « Elle vise à faciliter l’accès des touristes et des randonneurs à la réserve d’autant que l’entrée déjà aménagée ne suffit pas pour recevoir un plus grand nombre de visiteurs », précise-t-il.

Pour Boulos Douaihy, architecte géographe et membre du groupe « Zghorta Zewyi Tantafed », la loi est claire. Selon lui, une grande surface de la route en question s’étend sur 900 mètres au cœur même de la réserve naturelle alors que les 500 mètres restant sont étendus le long de la frontière de la réserve. « Qu’il s’agisse de la partie au sein de la réserve ou de celle à sa frontière, les travaux ne sauraient être entrepris sans la réalisation d’une étude d’impact et sans l’autorisation du ministère de l’Environnement, or cette procédure n’a pas été respectée par les autorités locales en faveur de ce projet », souligne-t-il.

Interrogé au sujet du caractère illégal des travaux entamés par la municipalité, M. Frangié n’a pas voulu se prononcer en attendant de se réunir aujourd’hui avec les ministres de l’Environnement et de l’Intérieur. Toutefois, M. Frangié a rappelé que le périmètre de la réserve est large et qu’une route du côté de Nabeh Jouit (à proximité de la réserve) a été asphaltée l’année dernière sans problème et sans la réalisation d’une étude d’impact. Pour ce qui est de la poursuite des travaux hier matin en dépit de la décision d’arrêt, il a précisé qu’il s’agissait de travaux entrepris par le propriétaire d’un terrain privé adjacent à la route en question et non des travaux d’asphaltage.


Une carte montrant la superficie de la réserve et la route visée par le projet d’asphaltage. Crédit Boulos Douaihy


« Une violation flagrante »

Pour Paul Abi Rached, fondateur de l’association Terre-Liban et du Mouvement écologique libanais (LEM), ces travaux d’asphaltage constituent une violation flagrante de la loi sur les réserves naturelles. « Conformément à l’article 4 de la loi 121/1992, il est strictement interdit d’entreprendre des projets qui pourraient nuire à la réserve, à son paysage naturel ou encore porter préjudice à ses ressources », précise M. Abi Rached. Et de poursuivre : « Les arguments présentés par les autorités locales, selon lesquels l’accès des visiteurs et touristes, ainsi que celui des pompiers en cas d’incendie, à la réserve devrait être facilité, ne sont en réalité que des prétextes ». Partout dans le monde, les pompiers sont équipés pour accéder à des sites agricoles ou naturels, note-t-il, et s’il est question de faciliter l’accès des visiteurs à la réserve, d’autres solutions plus écologiques peuvent être mises en place.

« Notre bataille est d’ordre juridique avant tout », lance M. Douaihy. « Les violations de la loi dans le caza de Zghorta se sont multipliées au cours des années et il est grand temps aujourd’hui de mettre fin à la politique des deux poids, deux mesures », affirme-t-il. « Tout le monde est appelé à respecter la loi et personne n’est en exempté », conclut-il.


Les travaux d’asphaltage d’une route d’un kilomètre et demi dans le périmètre même de la réserve naturelle d’Ehden, au Liban-Nord, dénoncés par des activistes environnementaux, ont été arrêtés hier dans la matinée conformément à la décision du juge des référés de Zghorta, Tanios el-Hayek. Ces travaux avaient été entrepris par la municipalité de Zghorta-Ehden. La...

commentaires (4)

Veulent ils donc remplacer par une route asphaltée le Cèdre du Drapeau Libanais?? Tout comme l'asphalte remplace la matière grise de bien de nos politiciens.... aaaakh ya baladna

Wlek Sanferlou

22 h 24, le 24 septembre 2020

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Commentaires (4)

  • Veulent ils donc remplacer par une route asphaltée le Cèdre du Drapeau Libanais?? Tout comme l'asphalte remplace la matière grise de bien de nos politiciens.... aaaakh ya baladna

    Wlek Sanferlou

    22 h 24, le 24 septembre 2020

  • Heureusement que certains libanais et libanaises continuent à défendre l’environnement et les droits des citoyens. On voit que Frangié a demandé à rencontrer les deux ministres intérieur et environnement sans omettre auparavant de défendre le bilan de Aoun et prendre la défense de HB et Berry en avançant comme argument intelligent: Berry a toujours demandé ce ministère des finances qui lui a été accordé, alors pourquoi pas aujourd’hui? C’est dire le niveau intellectuel du mec qui doit vivre sur une autre planète et continue à espérer trôner sur le fauteuil en continuant à exercer le léchage de bottes qui ne lui pas abîmer la langue depuis le temps.

    Sissi zayyat

    21 h 56, le 24 septembre 2020

  • Quelle indignité cette route.

    Je partage mon avis

    21 h 50, le 24 septembre 2020

  • Que de batailles à mener sur tant de fronts en même temps!!! Courage, patience et surtout MERCI aux défenseurs de nos droits!!!

    NAUFAL SORAYA

    07 h 47, le 24 septembre 2020