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Nos Lecteurs ont la Parole

Aux jeunes du Liban

Une pensée pour les victimes du 4 août et leurs familles.

Le 4 août 2020, à 18h07, la vie continue de se frayer un chemin parmi les temps difficiles que traverse notre pays. La crise économique qui ne cesse de s’aggraver, le Covid-19 qui nous empêche de vivre normalement, la crise politique qui nous empêche d’avancer et de progresser.

Ce jour-là, chacun faisait ce qu’il avait à faire : quelques-uns travaillaient, d’autres étaient sur les routes, certains étaient tout simplement dans leur maison. Aussi, à ce moment-là, une équipe de pompiers était en train d’éteindre un feu qui avait débuté au port à 17h50. Ce qu’on avait tous en commun à ce moment-là, c’est qu’on ne savait pas ce qui se passerait dans la minute qui suivrait.

À 18h08, le chaos absolu.

Le son assourdissant. Le souffle dévastateur. Le cri des morts. La détresse du peuple.

À 18h08, 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, déposées en 2013 au port, ont fauché la vie de plus de 200 personnes, blessé plus de 6 500 personnes et forcé plus de 300 000 personnes à assister à la destruction de leurs maisons. On a eu des grands-parents, des parents, des frères et sœurs, des amis, des cousins, des voisins et en fin de compte des humains qui ont été tués ou blessés, qui ont été victimes de la négligence de nos gouvernants, passés et présents.

Au-delà des victimes le jour de l’explosion, la jeunesse libanaise a reçu, encore une fois, un nouveau défi à relever : l’insécurité. Beaucoup de jeunes ont été affectés par la destruction de leurs écoles et universités, de leurs bars et restaurants préférés, par le départ de leurs ami(e)s qui partent s’installer dans des pays développés et surtout par l’anéantissement de leurs espoirs de voir leur pays sortir de toutes ces crises, et donc de vivre et de grandir dans ce pays qu’ils aiment.

Beaucoup de jeunes ont, malheureusement, vécu l’explosion du 4 août, les uns ont été blessés, d’autres ont été assassinés et privés de leur avenir. Tous les jeunes ont commencé à remettre en question leur avenir au Liban, même pour les plus patriotiques. Beaucoup d’entre nous quittent pour cesser d’avoir peur, mais sont quand même tristes de quitter leur pays. Fuir le pays ne signifie pas l’abandon du pays : lorsque l’on fuit le pays, on s’éloigne pour revenir, mais lorsqu’on l’abandonne, on quitte et on ne revient jamais. Je n’encourage personne à quitter le Liban définitivement, mais nous vivons dans un État qui est régi par la loi du plus fort pour défendre l’intérêt du plus fort. Pour nous, les jeunes, cet État corrompu nous propose un dilemme empoisonné : rester ici et souffrir, ou partir, s’éloigner de sa famille, de son pays, et souffrir.

Le Liban est un pays exceptionnel avec plein de ressources à tous les niveaux, mais ce sont les dirigeants qui nous utilisent pour satisfaire leurs intérêts et ceux de leurs milices. Pendant la guerre de 75-90, des centaines de milliers de Libanais ont quitté le Liban et parmi eux ceux qui avaient l’intelligence et les compétences d’améliorer le pays. Ces politiciens ne désirent que notre départ, en exploitant notre peur, pour renforcer leur emprise sur le Liban.

Nos aïeux, nos grands-parents, nos parents se sont battus pour que nous puissions vivre dans un Liban développé.

Nous étions l’un des premiers peuples à se développer à l’époque de la Phénicie, nous avons inventé l’alphabet, nous étions les maîtres de la Méditerranée. Au fil des millénaires, le Liban a été conquis des dizaines de fois, mais n’a jamais perdu son identité. Nous avons un héritage culturel passant par la France, l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Égypte, la Syrie et l’Iran. Nous sommes le seul pays avec une diversité ethnique et religieuse aussi importante. Pendant les moments difficiles, nous sommes le seul peuple où musulmans et chrétiens marchent main dans la main. Utilisons notre héritage pour développer le Liban au lieu de le laisser à nos gouvernants.

Nous sommes des battants, ne perdons pas notre espoir, ne perdons pas le combat pour lequel nos parents et grands-parents ont tant donné : le combat du développement. Ces politiciens ne survivent que lorsqu’il y a le chaos. Une fois le Liban sur le droit chemin, ces personnes tomberont, eux et leurs milices, un à un et jusqu’au dernier.

Nous avons le droit de vivre dans un pays qui encourage le développement, nous avons le droit de rêver, nous avons le droit d’avoir une économie qui fonctionne, nous avons le droit d’avoir de bons dirigeants qui représentent le Liban souverain et non pas d’autres pays. Nous avons le droit de vivre.

Pourtant, l’obtention de droits s’accompagne de devoirs : nous, en tant que jeunes, à partir de 21 ans, devons aller voter pour ceux qui ont le rêve d’améliorer le Liban si nous voulons le changement. À tous les âges, nous devons avoir la soif d’apprendre, par le biais de livres, de films, de séries…, d’avoir un esprit critique par rapport à tout ce que l’on voit ou ce que l’on vit. La jeunesse libanaise est l’un des piliers les plus importants pour améliorer le Liban.

Tout empire qui a régné est tombé, ces politiciens ne sont pas différents. Cette dictature s’affaiblit, mais la bataille est encore longue : la jeunesse libanaise n’abandonnera jamais !

Nous n’oublierons jamais vos crimes contre le peuple libanais.

Hyam MALLAT

Élève de terminale

Collège Notre-Dame de Jamhour

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Une pensée pour les victimes du 4 août et leurs familles.

Le 4 août 2020, à 18h07, la vie continue de se frayer un chemin parmi les temps difficiles que traverse notre pays. La crise économique qui ne cesse de s’aggraver, le Covid-19 qui nous empêche de vivre normalement, la crise politique qui nous empêche d’avancer et de progresser.

Ce jour-là, chacun faisait ce...

commentaires (1)

Je suis un fier éleve jamhourien, promotion 1977. Ce collège nous A inculqué savoir culture et amour de notre nation. Mais ma chère Hyam, pouR faire un pays , il faudrait 3 ingrédients à la recette: 1- la méritocratie 2- le pragmatisme 3- l honnêteté 3 ingrédients qui manquent atrocement à la refonte de Notre Liban . Ajoutons à cela la crasse au pouvoir, et voilà une recette inéluctable vers une immigration massive ! Je n y vois pas de remède .....

Robert Moumdjian

04 h 24, le 22 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • Je suis un fier éleve jamhourien, promotion 1977. Ce collège nous A inculqué savoir culture et amour de notre nation. Mais ma chère Hyam, pouR faire un pays , il faudrait 3 ingrédients à la recette: 1- la méritocratie 2- le pragmatisme 3- l honnêteté 3 ingrédients qui manquent atrocement à la refonte de Notre Liban . Ajoutons à cela la crasse au pouvoir, et voilà une recette inéluctable vers une immigration massive ! Je n y vois pas de remède .....

    Robert Moumdjian

    04 h 24, le 22 septembre 2020