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Musique

« A l’altru mondu », une chanson corse devenue hymne aux victimes de Beyrouth...

Cette très belle reprise par Pascale Ojeil et Charles Eid d’une émouvante mélodie postée sur YouTube, accompagnée d’images de la capitale libanaise meurtrie, fait frissonner les cœurs les plus endurcis.

« A l’altru mondu », une chanson corse devenue hymne aux victimes de Beyrouth...

Pascale Ojeil et Charles Eid signent une émouvante reprise de « A l’altru mondu ». Photos DR

Impossible d’écouter A l’altru mondu, chanson corse d’une suprême mélancolie, magnifiquement interprétée par Pascale Ojeil et Charles Eid, sans se sentir submergé par l’émotion. Impossible de voir défiler, sur la vidéo qui l’accompagne, les terribles images des quartiers de Beyrouth détruits et de ses habitants dévastés par l’apocalyptique traumatisme qu’ils ont vécu un certain mardi noir du mois d’août, sans avoir les larmes qui montent aux yeux.

Réalisée en hommage aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth, cette reprise, postée le 12 septembre sur YouTube, et qui a déjà enregistré plus de 5 000 vues, est absolument bouleversante.

La sincérité, la sensibilité et la pure beauté des voix du duo de chanteurs libanais qui l’interprète, alliée aux paroles de deuil et de réconfort qu’elle véhicule (et qui défilent en traduction anglaise et française au fil des images) en font l’hymne le plus approprié pour célébrer la mémoire de ceux qui ont disparu dans cette atroce catastrophe.

Cette chanson du répertoire des frères Vincenti, chanteurs-compositeurs corses aux musiques inspirées par leur terre et ses traditions, déroule des mots de consolation adressés depuis l’au-delà par un jeune homme décédé à sa mère. Et c’est en pensant à l’incommensurable douleur des mères des disparus du 4 août que Pascale Ojeil a eu l’idée de la leur dédier. La jeune femme qui s’active depuis plusieurs mois en tant que bénévole auprès de l’association Achrafieh 2020 et qui depuis la double explosion se démène encore plus pour aider les survivants à réparer leurs appartements saccagés, sait qu’aucune maison reconstruite, aucun gravât déblayé ne peuvent soulager la douleur de la perte d’un enfant.

Du baume au cœur meurtri des mères
Comment réconforter les cœurs des mamans éplorées ? Celle dont on a cruellement envoyé le fils dans les flammes ; celle qui a perdu son adorable petite fille ; cette autre qui pleure son fils, adolescent au sourire éclatant... « Comment adoucir leur peine, sinon en leur disant que leur enfant est désormais dans un monde meilleur, à l’abri des atrocités que nous vivons dans ce pays. Et quel meilleur moyen pour leur transmettre ce message que par la musique, la plus noble des expressions de compassion », s’interroge Pascale Ojeil, qui décide alors de leur offrir sa propre interprétation de A l’altru mondu.

« Chacun aide à sa façon, à travers ce qu’il sait faire. En offrant cette chanson aux innocentes victimes de la monstrueuse explosion du port de Beyrouth, j’espère apporter, pour ma part, un peu de baume au cœur de leurs proches dévastés. Car malgré la tristesse du thème de cette chanson écrite par Francois Vincenti (récemment disparu) à la demande d’une mère pour son fils mort à vingt ans, il s’en dégage un message d’apaisement et de sérénité », ajoute celle qui mène – avec passion – une carrière de chanteuse en parallèle à son travail à la Banque du Liban.

Pascale Ojeil et Charles Eid signent une émouvante reprise de « A l’altru mondu ». Photo DR

Collaboration gracieuse de plusieurs talents
Sauf que ce projet n’aurait pu voir le jour, et de manière si réussie, sans la collaboration, entièrement gracieuse, de nombreux artistes de talents, amis de la chanteuse. À commencer par le jeune ténor Charles Eid, à la voix d’une prometteuse amplitude, et à la performance en parfaite harmonie avec celle de Pascale Ojeil, mezzo-soprano au timbre d’une douceur veloutée.

Pour graver leurs voix sur cet hymne corse, le producteur Jean-Marie Riachi a mis ses studios à leur disposition. Et l’ingénieur du son français Laurent Binder, « que je ne connaissais pas », signale Ojeil, « mais qui a été ému par l’objectif de cette reprise », a lui aussi offert son travail en solidarité avec le Liban. Enfin, c’est Pierre Dawalibi qui a signé la vidéo au magnifique montage réalisé à partir des photos de la dévastation de Beyrouth magistralement immortalisée par Élie Bekhazi.

Et puis, en introduction de la vidéo sur YouTube de cet hymne qui évoque l’éternité, cette dédicace spéciale du juriste et écrivain Alexandre Najjar : « Beyrouth est de ces lieux mythiques que nul ne peut détruire. Elle a la résistance du cèdre et sa majesté. »

En ouverture de son opus musical, l’artiste a également choisi d’insérer Le cri du cèdre de Sandra Sahyoun, une œuvre picturale devenue le symbole de la douleur et la rébellion des Libanais meurtris par cette année 2020. « D’autant que je lui trouve aussi des similitudes avec la figure au bandeau illustrant le drapeau corse », ajoute la chanteuse libanaise amoureuse inconditionnelle de l’île de beauté. Et de conclure en signalant qu’elle a offert cette reprise, diffusée régulièrement sur la MTV, à l’association Achrafieh 2020. En témoignage de soutien et de solidarité aux habitants de ce quartier particulièrement touchés. Une petite musique de consolation qui ne manquera pas de vous faire « ressentir sur la peau ce frisson qui vient du cœur ». À découvrir absolument.

« C’est la plus belle version... »

Parmi les commentaires élogieux sur l’interprétation libanaise de cet air corse, voici celui laissé par les filles de François Vincenti, l’auteur et son frère Dominique, son premier interprète.

« Bonjour Pascale. Quel cadeau sublime vous nous faites aujourd’hui... Je suis la fille de Dominique, et la fille de François se joint à moi, pour simplement vous dire merci... Les mots nous manquent pour pouvoir vous dire à quel point nous sommes touchées ; touchées au plus profond de notre âme, car c’est la plus belle version que nous avons pu entendre de cette chanson ; votre douceur, votre sincérité et celles de ceux qui vous accompagnent touchent au sublime, à l’indicible. La puissance de cet hommage à votre peuple meurtri a donné à cette chanson toute sa dimension universelle ; peut-être qu’un jour la vie nous permettra de vous rencontrer, nous l’espérons. Encore merci pour cet immense cadeau qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. Et c’est avec un profond respect que nous nous joignons à la souffrance du Liban dans ces moments si terribles. Avec toute notre amitié et notre reconnaissance. »


Impossible d’écouter A l’altru mondu, chanson corse d’une suprême mélancolie, magnifiquement interprétée par Pascale Ojeil et Charles Eid, sans se sentir submergé par l’émotion. Impossible de voir défiler, sur la vidéo qui l’accompagne, les terribles images des quartiers de Beyrouth détruits et de ses habitants dévastés par l’apocalyptique traumatisme qu’ils ont...

commentaires (4)

C est vraiment une joie que d excellents chanteurs libanais trouvent de l intérêt et du réconfort à des chansons corses, dans la situation où se trouve leur pays. La prononciation du corse est parfaite. D Ajaccio. Jean-Marie Arrighi

Orsoni Dominique

17 h 29, le 22 septembre 2020

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Commentaires (4)

  • C est vraiment une joie que d excellents chanteurs libanais trouvent de l intérêt et du réconfort à des chansons corses, dans la situation où se trouve leur pays. La prononciation du corse est parfaite. D Ajaccio. Jean-Marie Arrighi

    Orsoni Dominique

    17 h 29, le 22 septembre 2020

  • Excellente interprétation! Bravo Pascale Ojeil et Charles Eid, sans oublier le pianiste et le violoniste...

    Georges MELKI

    12 h 26, le 22 septembre 2020

  • Tres belle reprise! un texte qui touche le coeur

    mariejoe jamous

    03 h 49, le 21 septembre 2020

  • Sublime !

    Gros Gnon

    02 h 46, le 21 septembre 2020