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Rencontre Hamas-Hezbollah

Assez, c’est assez !

Assez, c’est assez !

Sur cette photo diffusée par le Hezbollah le 6 septembre 2020, Hassan Nasrallah recevant Ismaïl Haniyeh lors de la visite de ce dernier au Liban. Photo AFP/Handout

Lors de l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982, une des factions palestiniennes venue du camp de Sabra installa un émetteur-récepteur sur le toit d’un bâtiment (en construction) de la rue Mar Élias. L’édifice était collé à l’immeuble où je logeais avec ma famille, dans un des appartements du septième étage. Ayant détecté cet équipement, les Israéliens tirèrent trois obus au phosphore depuis la mer. Les trois obus manquèrent leur cible et s’abattirent sur l’immeuble où se trouvait mon appartement. L’un des obus traversa le salon et explosa dans le centre commercial de l’Association islamique des Makassed. Le deuxième atterrit sans exploser devant l’entrée de l’immeuble. Le troisième explosa dans notre salon.

Le feu des bombes au phosphore dévasta l’appartement. Grâce à Dieu, ma famille et moi n’étions pas à la maison. Nous avions trouvé refuge au Holiday Beach, à Antélias, dans un petit meublé que je n’aurais jamais pu louer sans une recommandation personnelle du président Amine Gemayel. Autrement, nous serions restés à Beyrouth et personne ne serait en vie, aujourd’hui, pour raconter cette histoire. J’évoque ces faits en songeant à la rencontre qui s’est tenue la semaine dernière à Beyrouth entre le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et le chef du Hamas, Ismaïl Haniyé, lors de laquelle le Liban fut évoqué comme un « poste avancé de la Résistance ». Un statut octroyé sans consultation de l’État ou du peuple libanais.

Au moment même où, explicitement ou en secret, plusieurs processus de normalisation des relations entre des pays arabes et Israël sont en cours, le Liban resterait ainsi le seul avant-poste du monde arabe (de l’océan au Golfe) à devoir assumer le poids de la résistance à l’agression israélienne !

C’est douloureusement que nous évoquons la manière dont la résistance palestinienne isola le Liban et la façon dont l’agression israélienne l’isola à son tour, détruisant son infrastructure et son unité nationale. Et comment le Liban a payé au prix fort – et continue de payer à ce jour – ces deux destructions.

L’expérience nous a appris que nous pouvons aller loin dans le sacrifice en faveur des droits spoliés du peuple palestinien et pour faire face à l’expansionnisme agressif israélien ; mais qu’il ne faut pas le faire au détriment de notre unité nationale et de notre commune destinée.

Ces deux erreurs, nous les avons commises en tant que Libanais et nous les avons payées très cher. Les conséquences de ces erreurs dépassent en gravité celles que nous avons commises en laissant l’armement palestinien déborder des camps et être utilisé à l’intérieur du Liban, et non seulement à partir du Liban ; en laissant l’action armée au nom de la résistance empiéter sur la souveraineté et la légitimité de l’État libanais. L’erreur aussi de se libérer de l’allégeance nationale et de tomber dans les bras de l’agression israélienne à la recherche d’un allié (imaginaire).

L’expérience a montré que ni la protection des armes palestiniennes ni le pouvoir d’intimidation des armes israéliennes n’ont sauvé le Liban, ni ne l’ont aidé à se sauver lui-même. Le résultat fut que ces deux erreurs ce conjuguèrent et participèrent au processus d’autodestruction de l’État et de sa souveraineté, aucune d’elles n’ayant pu annuler l’autre ni même l’affaiblir. Bien au contraire, involontairement, leurs efforts conjugués aboutirent à un surcroît de massacres et de destructions, de sorte que toute trace de l’État libanais finit par disparaître.

Partant, pour que le Liban soit capable aujourd’hui d’appuyer la cause palestinienne, le Liban doit passer en premier.

Il faut aussi qu’il dispose des moyens de sa politique. Contourner l’État en tant que seule instance disposant du monopole de la force organisée et du droit souverain de déclarer la guerre ou la paix conduira le Liban en des lieux où il ne doit pas aller, c’est-à-dire sur un front militaire où il affrontera, seul, un ennemi vers lequel tous les pays arabes se précipitent pour faire la paix !

Le Liban n’a aucun intérêt à se joindre à ce processus, d’autant plus qu’il n’a absolument aucun moyen pour supporter les conséquences d’une guerre.

Le mouvement Hamas forme, au sein de la bande de Gaza, un mini-État au sein du projet d’État palestinien, tout comme le Hezbollah au Liban forme un mini-État au sein de l’État libanais. Rien de bon ne peut sortir de ces deux négations de l’État, fussent-elles justifiées par la plus sacrée et la plus noble des causes, celle de la résistance.

Le Liban n’a pas été invité aux accords de Camp David. Il n’a pas été associé à Wadi Araba. Ni été témoin à Oslo. Il n’a pas applaudi non plus au « deal du siècle ».

Les Libanais n’ont jamais commis de faute à l’égard de la cause palestinienne, ils ne le feront pas aujourd’hui... Pourtant, ils ont payé et continuent de payer le prix des péchés d’autrui... Assez, c’est assez !

Coprésident du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien


Lors de l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982, une des factions palestiniennes venue du camp de Sabra installa un émetteur-récepteur sur le toit d’un bâtiment (en construction) de la rue Mar Élias. L’édifice était collé à l’immeuble où je logeais avec ma famille, dans un des appartements du septième étage. Ayant détecté cet équipement, les Israéliens tirèrent...

commentaires (2)

Rencontre d'hypocrites, et rien que pour la forme.

Chahine

06 h 10, le 20 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • Rencontre d'hypocrites, et rien que pour la forme.

    Chahine

    06 h 10, le 20 septembre 2020

  • Malheureusement Mr Sammak, le tandem n'a toujours pas accomplit sa mission... l'avenir du Liban et celui de nos voisins sera âpre

    Wlek Sanferlou

    02 h 47, le 14 septembre 2020