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Nos lecteurs ont la parole

Tu m’as promis

On écrit et je lis des « Je t’aime Beyrouth, j’ai peur Beyrouth, Beyrouth je suis désolée ».

Moi, je ne t’aime pas, je ne vais plus jamais t’aimer, et ce n’est pas en te voyant t’incliner pour enfin t’éteindre que mon cœur oublierait. Ce n’est pas que tu n’es pas belle, ce n’est pas que tu ne m’as jamais aimée. Une mère peut être parfaite, mais ça n’empêcherait pas ses enfants de la haïr.

Est-ce que tu m’entends ? J’ai des cauchemars, j’ai des images, plein d’images que le temps ne peut pas guérir. Qu’est-ce que ça me fait, tes beaux souvenirs et tes gens bruyants, quand je vois mon petit frère trembler de terreur ? Quels mots inventer pour lui expliquer que le monde est réel, qu’on a tellement aimé ma cité jusqu’à même l’étrangler, qu’on l’a désirée jusqu’à la faire mourir ?

Que faire quand je vois dans les yeux de ma mère des années de peur et d’horreur se défiler. Le même ciel du 4 août, ce même ciel, je l’ai vu dans ses yeux, dans sa voix et dans sa main me guidant vers la porte en courant.

Mais non, Beyrouth, je ne te pardonne pas. Ça m’est parfaitement égal se savoir à qui la faute. Moi je sais que tu n’es qu’un espace vidé de sa lueur et de sa mémoire. Les monstres t’ont détruite à force d’envier ta beauté. Ils t’ont nommée « Guerre ». Ces monstres, tu les as aimés pourtant, tu les as nourris de peur de te tuer. Je t’ai tant suppliée de les abandonner. Est-ce que tu te souviens de ta réponse ? Tu m’as dit : « Je ne peux pas. »

Tu me parles du Liban, tu me parles des étoiles. Mais moi, les étoiles, c’est dans ton ciel que je les ai vues pour la première fois et dans tes rues qu’elles s’étalent pour la dernière fois. Je t’ai aimée même quand tu ne pouvais rien me donner en retour. J’ai choisi de saigner à travers toi. Mais cette fois, tu as beaucoup pris.

Tu sais bien que mon Liban, ce n’est pas l’aéroport, ni les pleurs ni l’électricité coupée. Mon Liban n’a jamais existé que dans les rires de mes amis et le calme des prairies. C’est trop pessimiste peut-être, beaucoup trop poétique. Tous les autres, ils t’aiment, ils parlent de toi comme si on parlait d’une victime. Ils ne savent pas que tu as promis, ils ne savent pas que tu me chantais la nuit, que tu me prenais en me disant que ça va aller.

Dis-moi, cette culpabilité, qu’est-ce que j’en fais ? Un lourd fardeau, une marche éternelle que je suis, juste pour t’oublier.

Pas d’adieu entre nous car quelque part en moi, je me dis que je ne veux pas être sans toi, qu’on ne tourne pas encore la page.

Mais voici mon secret, Beyrouth : ton cœur, je le porte, je le porte à jamais dans le mien. Mais je ne regarderai plus derrière moi.

Je me sauverai car tu sais bien que si on roule notre wagon dans le même chemin de boue, ce sera bientôt le seul chemin qu’on pourrait prendre.

Je ne vais pas te combattre, je t’ai aimée et donc j’ai déjà gagné.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

On écrit et je lis des « Je t’aime Beyrouth, j’ai peur Beyrouth, Beyrouth je suis désolée ».Moi, je ne t’aime pas, je ne vais plus jamais t’aimer, et ce n’est pas en te voyant t’incliner pour enfin t’éteindre que mon cœur oublierait. Ce n’est pas que tu n’es pas belle, ce n’est pas que tu ne m’as jamais aimée. Une mère peut être parfaite, mais ça n’empêcherait pas ses enfants de la haïr. Est-ce que tu m’entends ? J’ai des cauchemars, j’ai des images, plein d’images que le temps ne peut pas guérir. Qu’est-ce que ça me fait, tes beaux souvenirs et tes gens bruyants, quand je vois mon petit frère trembler de terreur ? Quels mots inventer pour lui expliquer que le monde est réel, qu’on a tellement aimé ma cité jusqu’à même l’étrangler, qu’on l’a désirée jusqu’à...
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