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Nos lecteurs ont la parole

Lettre d’une Libanaise de 15 ans à Macron : Aidez-nous à avoir le droit de vivre de grands rêves

Monsieur le Président Macron,

J’ai quinze ans et mon histoire se résume en trois petits mots déjà : je suis libanaise. Il est difficile parfois de décrire une personne, mais ces mots-là semblent déjà me raconter et même déterminer mon futur. Je ne sais plus élaborer davantage sur ma personnalité, sur mes passions, sur ma vie. Aujourd’hui, tout ce que je sais sur moi-même, c’est mon état de profonde tristesse. Depuis l’explosion du port de Beyrouth, je me demande chaque jour : qui suis-je aujourd’hui? Je ne trouve aucune réponse. Traumatisée. C’est la vie qui m’entraîne et rien ne me diffère de toutes ces âmes attristées.

Les hommes acceptent la souffrance, en partie peut-être, parce qu’ils en tirent des leçons, mais moi, je ne progresse plus depuis ce désastre. Je sens que chaque jour est détaché et ne contribuera plus à construire un lendemain. Je ne trouve pas d’évolution. Je ne trouve pas le courage d’aider autrui, ni même l’envie de travailler sur moi-même. Pourquoi mon pays ne m’offre pas l’opportunité d’être une personne qui grandit, peu importe sur quel plan ? Pourquoi les défis de la vie ne me propulsent pas plus loin dans l’avenir ?

Cette explosion a fauché des vies, éploré des familles, détruit des quartiers, des maisons, des rêves, notre espoir, mais surtout notre futur. Quand on passe par des moments difficiles, une partie de nous est consciente de la possibilité d’un progrès, mais on l’ignore, puisque à quoi bon souffrir pour une petite différence ? Actuellement, ma ville morte me torture pour rien, pour m’enterrer avec elle, elle que j’ai tant aimée.

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Je sens aujourd’hui le besoin urgent de partir. Je ne vois pas à l’étranger une utopie, au contraire, je vois encore plus de différentes et difficiles épreuves qui vont surgir, mais c’est ça la vie. Je suis consciente qu’en traversant les mers, les injustices ne diminueront pas, mais je peux oser croire qu’elles seront réglées.

Suite à la crise économique qui a affecté tout le pays et ma famille, on m’a beaucoup facilité la tâche et je ne ressentais pas vraiment la présence de cette épreuve énorme. Toutes les fêtes étaient généreusement célébrées et je n’étais pas vraiment privée de mes envies, parce que mon père, ma famille ne voulaient pas me confronter à ce problème. Malgré tout, ce privilège ne m’a pas aveuglée. Je voyais toujours les visages vieillir, s’accabler et dans ma maison maintenant macabre et endommagée, j’étais témoin sidérée de la négligence et de l’injustice.

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Ma sœur, après beaucoup d’années de sacrifice, devait rejoindre la France pour continuer des études de philosophie, sa passion, à la Sorbonne. Quant à mon père, devenu une machine à travail, il ne pouvait même pas se plaindre, ni même pousser un soupir.

Et le 4 août, quel crime ! Un bruit ancré dans ma mémoire jusqu’à la fin de mes jours : l’explosion, les larmes de ma mère, les gémissements de douleur... Et tout ça, pourquoi ? J’ai beau réfléchir à ce qui réglerait tous ces tourments en moi, mais je me retrouvais à rêver, à explorer des issues pratiquement impossibles. Le rêve, pour nous, peuple libanais, est un mécanisme de défense, dont l’absence serait probablement une des causes de notre fin.

Je rêve loin, loin à des kilomètres, et dans ces images-là, rien en commun avec la réalité, comme si elles étaient des envies fantastiques. Ni la profession, ni les amis, ni le pays, ni les lois ne sont les mêmes. Ces désirs-là sont inaccessibles parce qu’on n’a aucun outil pour y accéder. Je sais que les rêves ne sont pas tous réalisables, mais au moins, au minimum, envisageables.

Pourquoi est-ce que mon lendemain ne change pas ? Rêver de l’impossible juste pour survivre ne permet pas de progresser. Pour clôturer ma journée, je ne pense plus à vivre un lendemain plus beau, je rêve, pour me reposer et pour tenir bon.

Au moment où j’écris cette lettre, je suis très consciente que la probabilité que vous répondiez est minime, mais j’espère et me voilà à l’heure du coucher du soleil, songeant.

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Votre première visite m’a énormément marquée. Vous aviez réussi à me faire passer une journée pleine d’espoir et presque joyeuse. J’ai découvert, à travers la télévision, un homme profondément humain, proche d’autrui, à l’écoute, qui essaye d’aider au possible et qui donne de la place et du sens à ces rêves-là. Je vous admire énormément...

Après cette belle journée d’espoir, je finis par être confuse. Un espoir, mais pourquoi ? Est-ce que j’étais heureuse parce que j’avais découvert qu’il existe plus prospère ailleurs ? Ou parce que je sentais que mon pays allait être aidé ? Je ne sais toujours pas répondre à cette question. Le temps court en ce moment, mais, en vérité, la planète Terre prend son temps, et c’est moi qui suis en train de perdre mes jours pour rien.

On dit souvent que lorsqu’on émigre, on se met à désirer son pays. Je préfère souffrir de ma déchirure, être séparée de ma terre natale, mais au moins, me remettre à l’aimer, à la rêver.

La gratitude que je ressens envers vous est gigantesque. Vous avez partagé, sur les décombres de ma ville, avec nous, notre malheur. C’était un soutien qui a beaucoup compté. Je suis navrée de n’avoir pas pu pouvoir vous le dire en face lors de votre seconde visite, mais je vous dis merci, même si vous l’avez probablement déjà entendu plein de fois. De tout mon cœur, merci.

Pour récapituler, je me présente : libanaise et je passe mon temps à rêver pour oublier que je souffre...

Monsieur le Président, aidez-moi, aidez-nous à avoir le droit à de grands rêves et surtout à avoir la possibilité de les vivre.

Je suis heureuse que vous ayez pris le temps de me lire, je vous remercie et je salue la France, votre si beau pays.

Collège Melkart, 15 ans

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Monsieur le Président Macron, J’ai quinze ans et mon histoire se résume en trois petits mots déjà : je suis libanaise. Il est difficile parfois de décrire une personne, mais ces mots-là semblent déjà me raconter et même déterminer mon futur. Je ne sais plus élaborer davantage sur ma personnalité, sur mes passions, sur ma vie. Aujourd’hui, tout ce que je sais sur moi-même, c’est mon état de profonde tristesse. Depuis l’explosion du port de Beyrouth, je me demande chaque jour : qui suis-je aujourd’hui? Je ne trouve aucune réponse. Traumatisée. C’est la vie qui m’entraîne et rien ne me diffère de toutes ces âmes attristées.Les hommes acceptent la souffrance, en partie peut-être, parce qu’ils en tirent des leçons, mais moi, je ne progresse plus depuis ce désastre. Je sens que chaque jour est...
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